Siobhan : Gaule
Demande de Black-cherry8
Rome était une nation bruyante et voyante. Difficile de la rater, donc. Et pourtant il était en ce moment-même en train de développer des trésors d’imagination afin de ne pas se faire remarquer.
L’objet de ses attentions se trouvait dans une clairière calme en train de s’entraîner à l’art de la guerre. Ses lourds cheveux nattés étaient remontés sur sa tête pour ne pas la gêner, dégageant sa nuque dorée par le soleil. Ses gestes étaient brusques, ponctués de petits cris d’effort qu’elle lâchait involontairement.
Son œil de guerrier voyait les failles, les ouvertures dans sa garde, les erreurs de débutant. Elle ne savait pas se battre, du moins pas avec une épée aussi lourde. Et elle l’avait mis au défi ? Elle avait juré de le mettre à terre, mais n’en avait pas les compétences… Du moins, s’il osait perdre contre elle, il ne s’en relèverait jamais, tant la honte l’aurait dévoré.
Mais quand elle se fit de nouveau déséquilibrer après avoir frappé le billot du plat de l’épée, il ne put s’empêcher de sortir de sa cachette et de la sermonner sur sa posture. Il vint à elle, lui assénant conseil sur conseil pour qu’elle ne lâche pas le pommeau à chaque coup porté ou encore qu’elle évite de trop écarter les coudes de ses flancs.
-Je peux savoir ce que tu fais sur mes terres, Rome ? Que je sache, ton général ne m’a encore rien raflé…
-Je venais m’assurer que j’allais pouvoir avoir un vrai combat de possession, mais je t’avouerais être déçu…
Il arrêta la lame de la main sans effort apparent, ce qui augmenta la fureur de Gaule qui le frappa au tibia, ce qu’il n’avait pas prévu.
-Tant de brutalité dans une apparence si délicate… Quel dommage, soupira-t-il théâtralement.
-Mon apparence n’a que peu d’importance en temps de guerre ! Rugit-elle.
-Qui dit que nous sommes en temps de guerre ? Plie-toi à mon empereur et il ne sera fait aucun mal à ton peuple ! Nous vous offrons les progrès romains sur un plateau d’argent, pourquoi t’obstines-tu ?
-Mon peuple est fier, et libre ! Tu veux nous asservir, oui ! Tu veux profiter de mes terres sans avoir à les entretenir !
Elle lâcha sa lourde épée au profit de ses poings qu’elle asséna en pluie violente sur son corps, ressentant un plaisir sadique à l’apparition des bleus et de la grimace de douleur du Romain.
-Une vraie sauvageonne, grogna-t-il lorsqu’il put enfin l’immobiliser.
Elle tenta de le mordre, de lui donner des coups de pieds, mais peine perdue, il se tenait trop loin.
-Maintenant que tu es calmée, si nous parlions ? À moins que tu ne préfères renforcer l’image de barbare incivile ?
Il put la relâcher et elle ne fit aucun geste, fixant le sol. Ses yeux semblaient vouloir brûler la terre à ses pieds. Elle en était peut-être capable, remarque… Après tout, la puissance de ses druides avait déjà fait ses preuves.
-Dégage des mes terres…
Sa voix était suffisamment glaciale pour le faire frissonner, et son regard était assez tranchant pour le faire reculer. Malgré ses piètres aptitudes à l’épée lourde, Gaule restait une combattante, une guerrière, et tout dans son attitude le criait. C’était bien un reflet métallique dans sa main ? Une de ses armes de jet préférées, sans doute…
-Bon, l’accueil était charmant, tout ça tout ça, mais je vais y aller !
Rome déguerpit, aussitôt les derniers mots prononcés, mais la Gauloise ne se détendit qu’une fois sa présence ayant sauté ses frontières.
Relâchant ses tresses, elle s’étira longuement avant de retourner à sa hutte où ses petits l’attendaient sûrement.
X
-Tu l’aurais vu ! Une femme belle et forte ! Un tigre sous apparence humaine !
Ça faisait quelques heures maintenant que Rome assommait son général avec son éloge de la nation gauloise. Et Jules César commençait à saturer. Il en était à supplier les dieux que n’importe qui puisse le sortir de là, lorsqu’un corps de garde demanda à le voir. Retenant son soupir de soulagement, l’empereur disparut avec eux, laissant Romulus tout seul avec son cratère.
Celui-ci ne se laissa pas démonter et rejoignit ses appartements, s’alanguissant sur sa couche, un sourire pensif sur les lèvres. Cette guerrière sauvageonne lui avait tapé dans l’œil, il le reconnaissait sans fard. Son envie d’expansion n’avait de reste que de la posséder. Charnellement.
Et s’il allait violer ses frontières, tuer son peuple et piller ses ressources, il comptait bien la charmer et la faire tomber sous sa coupe. Qu’elle devienne plus qu’une nation vaincue, un combattant défait. Qu’elle lui appartienne corps et âme selon les lois de Rome.
Il en aurait presque salivé lorsque l’image de Siobhan vêtu à la mode romaine fut constituée dans son esprit. Une Siobhan souriant avec timidité derrière ses voiles mais cachant des armes dans le repli de l’étoffe. Belle mais dangereuse.
-Au moins Germanie n’a sûrement pas pu l’approcher ! Ricana-t-il.
-Ôte tes pattes de là.
Le blond leva les mains en l’air, son visage toujours impassible.
-On a partagé suffisamment de nuits ensemble. Alors ne me touche plus et retraverse les frontières !
Le Germanique fronça les sourcils. La Gauloise n’était pas de bonne compagnie ce soir. Enfin, encore moins que d’habitude.
-Mais si c’est pour voir nos enfants, tu es le bienvenu sous mon toit.
Elle s’écarta pour le laisser passer, trois petites têtes blondes se tournant vers leur père avant de courir vers lui.
-Papa est rentré, mes chéris ! S’amusa Siobhan.
