Dix-sept heures.
L’horloge venait à peine de sonner les cinq petits coups que la bouilloire siffla avec mécontentement, pressant son propriétaire de venir l’éloigner de la plaque chauffante, ce qu’il fit, versant de l’eau sur les feuilles de thé.
Il se désintéressa bien vite de la théière pendant l’infusion, surveillant le four où finissait de cuire les scones et les muffins.
-Arthur ?
-Je suis dans la cuisine ! Répondit-il. Encore deux minutes et j’apporte le thé, ne t’inquiète pas.
-Je ne m’inquiète pas, bouda Oliver.
Il tenta de reprendre sa lecture du journal mais il était trop agité pour ça, lorgnant sur la pendule sur le rebord de la cheminée.
-Tu es en retard, grommela-t-il.
-J’ai pris plus de temps que prévu, mais tu ne le regretterais pas.
-Si tu le dis.
Mais sa fausse mauvaise humeur fut vite oubliée lorsque le plateau à thé fut posé sur la table basse.
-Les scones arrivent, contente-toi de nous servir, ça t’occupera.
Résistant à son envie de lui tirer la langue -il était un gentleman !- Oliver obtempéra avec dignité, souriant à l’odeur délicate qui s’échappait des tasses. Mmh, ce thé lui rappelait sa période d’Empire.
-Et voilà !
La déclaration d’Arthur le fit sortir de ses pensées et il sourit aux grognements de douleur et aux « c’est chaud ! » que le Britannique lâchait tous les deux pas, courant presque pour poser les pâtisseries avec le thé. Il sautilla sur place en agitant les mains, dans une vaine tentative pour apaiser la brûlure. Ça ne l’empêcha pas, en tout cas, de jeter un regard noir à Oliver qui s’amusait bien de cette situation.
-Tu veux danser ? Proposa-t-il innocemment.
Quand la douleur s’atténua -très rapidement, elle n’était pas très profonde- Arthur s’assit sur son fauteuil avec un air pincé. Il devait penser que ça lui donnait un air offensé mais il avait juste l’air constipé. Mais hors de question de le lui dire.
À la place, il but une gorgée de thé et se servit un muffin qu’il goûta avec curiosité. Avec Arthur, il y avait toujours de la surprise.
-Mmh, c’est vraiment délicieux !
-J’espère bien, se vanta-t-il faussement.
Très droit, il levait sa tasse pour la vider à petites gorgées.
-Franchement, Arthur, je ne comprends pas pourquoi tu t’obstines à brûler tes plats…
-Et leur faire plaisir ? Hors de question que je me retrouve à nourrir encore plus d’ingrats. Alfred m’a suffit.
Il ronchonna encore jusqu’à ce qu’il se rende compte que Oliver se goinfrait, sans sembler lui laisser la moindre miette.
-Hé ! Laisse-m’en !
–Too late, marmonna-t-il entre deux bouchées.
