Une décision à deux

Une décision à deux – 5/5

-MAMAN, MAMAN, MAMAN !

-Demande à papa, trésor, marmonna Tinö en se retournant.

Il essaya de s’enfouir sous son oreiller. Il était vraiment trop tôt, vraiment.

-Mais papa, il veut pas ! Chouina le plus jeune.

Est-ce qu’on lui en voudrait si il l’assassinait ? Certes, il était plutôt jeune, mais l’expérience d’une première mort n’était jamais trop mauvaise.

Tinö resserra sa prise sur le poignard qu’il cachait sous son oreiller par habitude.

Remarque, le sang partait mal sur les draps.

-Qu’y-a-t-il, Peter ? Soupira-t-il en se retournant.

-Je veux des crêpes !

-Bah, va les faire tout seul, proposa-t-il avec espoir.

Ça va, il était bien assez vieux pour utiliser la plaque chauffante sans mettre le feu à la maison, non ?

-Mais papa, il veut paaas…

-Normal, c’est lui qui paye les factures, commenta-t-il du fond du lit.

Agitant ses pieds gonflés sous les draps, Tinö cherchait un argument qui lui permettrait de rester au lit encore un moment. Si il pouvait profiter de l’absence de son compagnon, il n’allait pas s’en plaindre, il y avait ainsi plus de place pour lui étant seul ! Et autant vous l’avouer, au vu de son tour de taille actuel, il avait un besoin conséquent d’espace !

-Tiens, tu sais ce que tu vas faire, Peter ? Tu vas voir Berwald et tu lui dis que si c’est pas lui qui cuisine ces satanées crêpes, je vais être obligé de me lever. Et au vu de mon état, vous allez crever de froid avant que je n’atteigne la cuisine.

C’était complètement exagéré, bien évidemment, mais si il pouvait ne pas avoir à subir l’odeur grasse dès le petit-déjeuner, il ne s’en plaindrait pas. Bien au contraire.

Certes, les nausées matinales avaient fini par passer -et heureusement- mais certains mets et odeurs lui soulevaient encore et toujours le cœur.

Alors, bon, il devait l’avouer, il en profitait sans vergogne pour se faire chouchouter par un Be’ qui en faisait des tonnes.

Danemark s’amusait à le prendre en photo afin de constituer un dossier des plus compromettants… Rabroué par son petit-ami qui lui tirait l’oreille lorsqu’il se trouvait à porté de main. Ce qui n’était pas toujours le cas.

Pas grave, ça permettait à ses armes de sortir de leur rouille. Et à Søren de montrer ses qualités de danse.

Bon, après, Be’ râle un peu parce qu’il doit réparer, mais tant pis. C’était trop drôle.


-C’est trop long, râla Peter.

-Plains-toi, répondit Tinö. Qu’est-ce que je devrais dire, tiens…

Allongé de tout son long sur le canapé, le pauvre gestant essayant tant bien que mal de lire, sous le regard scrutateur de son fils adoptif.

-Dis, maman, lorsque mon petit-frère sera là, vous m’aimerez toujours, hein ?

-T’as le chic pour poser de ces questions, râla-t-il.

Il aurait bien sortit une plaisanterie du genre « non, on comptait d’ailleurs te revendre » mais Tinö savait qu’elle n’aurait pas été si bien prise. Après tout, Peter avait été très marqué par sa vente aux enchères de la part de sa propre famille, le sujet restait assez douloureux.

-Bien sûr qu’on t’aimera toujours, finit-il par déclarer. Regarde, on s’occupe toujours de Hanatamago alors que tu es arrivé après elle !

-C’est pas pareil ! Se défendit l’enfant en gonflant les joues. Hana, c’est juste un chien !

-Et pourtant, elle se tient mieux que toi.

Le commentaire fit bouder Sealand, mais au moins c’eut le mérite de le faire taire, permettant ainsi au silence de s’installer. Tout ce que voulait Tinö depuis plus d’un quart d’heure. Il allait peut-être pouvoir terminer sa lecture, maintenant ?

-Je suis rentré, annonça-t-on dans l’entrée.

-PAPA !

Raté.

Berwald entra dans le salon, Peter dans les bras, et vint saluer sa « femme ». Qui lui lança un regard noir qui le fit reculer prudemment. Qu’avait-il fait ?

-Bonjour ? Tenta-t-il.

Ça ne suffit pas à l’amadouer, mais au moins Tinö abandonna son regard de reproche et reprit sa lecture. Allez, avec un peu de chance, il arriverait au chapitre suivant ?

-Comment s’est passée ton échographie ? L’interrogea Berwald.

Tenant toujours leur fils dans les bras, il prit place dans un fauteuil.

-Bien, comme toutes les autres. J’ai bien cru que le mec allait vomir dans sa corbeille à papier. C’était plutôt marrant.

Les humains et leurs intolérances…

-L’infirmière a enchaîné les signes de croix à une vitesse hallucinante, j’avais jamais vu ça, poursuivit-il en tournant une page.

-Et le bébé ?

-Il nage dans le bonheur et dans sa poche utérine, répondit-il en levant les yeux au ciel. Et il me prend pour un puching-ball, accessoirement.

La lutte entre un sourire éclatant et un vague air coupable s’engagea sur le visage de son compagnon, à la fascination de la future « mère ».

Franchement, comment pouvait-on être heureux à l’idée de l’arriver d’un môme braillard et vagissant ?

Sans même s’en rendre compte, il caressait son ventre gonflé avec des gestes lents.


-Oui, juste là, souffla sensuellement Tinö. Vas-y franchement…

Il ondulait sous les mains expertes de Berwald qui observait cette peau si blanche avec un air de franche convoitise.

-Berwald, se plaignit son compagnon. Je te jure, si tu n’y mets pas un peu plus du tien, je vais me débrouiller tout seuil !

La menace fit mouche et c’est donc un Suède tout dévoué qui se remit au travail. Tinö était à lui, et rien qu’à lui !

-J’ai peur de faire mal au bébé, avoua-t-il, tout piteux.

-Tu as bien entendu le médecin, non ? Râla Tinö. Tant que tu suis ses conseils à la lettre, tout ira bien. Sinon, c’est presque recommandé dans mon état. Mais si tu as si peur que ça, je peux toujours aller rendre visite à des professionnels…

Il n’eut même pas à mimer un départ qu’il se faisait presque écraser par le corps de son petit-ami, qui n’était qu’un gros jaloux, fallait pas croire !

Ils échangèrent un baiser tendre avant de se séparer afin de reprendre leurs activités. De toutes façons, Sealand était chez les Kirkland.


Repas bimensuel avec le reste du clan Nordique.

Tout s’était bien passé jusqu’à un mot malheureux de Danemark. Ça faisait donc dix minutes au moins que lui et et Finlande se lançaient des boulettes de pain, le tout sous les regards blasés de Norvège et Islande. Pas un pour rattraper l’autre, sérieux.

-Et si nous passions au désert ?

-Je vais le chercher.

La voix de Tinö avait choqué alors que Søren s’étouffait avec une boulette de mie tombée malencontreusement dans sa bouche.

-Je vais y aller, plutôt, proposa Berwald. Tu es fatigué, ces derniers temps et…

Le regard noir qu’il se reçut en fit couiner plus d’un. D’ailleurs, Suède parut se ratatiner sur sa chaise.

Violent.

L’ambiance resta ainsi, figée et polaire, tout le monde attendant la fin du repas avec appréhension. Qu’est-ce qui allait arriver ?

Bien que méfiant envers tout ce qui a attrait avec la divination, Nils avait un pressentiment qui ne le lâchait pas depuis ce matin. Pas un « mauvais » pressentiment du genre « Danemark a glissé tes DVDs préférés dans le toaster », mais plutôt « Danemark a brûlé le repas et t’invite au restaurant ». Du soft, quoi, qui bouleverse les habitudes sans pour autant provoquer la fin du monde.

ILOTALO ! (bordel)

-TINÖ ! Rugit Be’ en réponse.

Il se précipita dans la cuisine alors que les insultes poursuivaient leurs chemins, charmant les oreilles des autres convives qui redécouvraient la puissance vocale finlandaise.

-NILS ! Tinö a perdu les eaux !

Bien loin de l’agitation des deux futurs parents, Norvège finit son verre et les rejoignit d’un pas posé… et récupéra les desserts avant de faire demi-tour.

-On a le temps avant que junior se pointe, déclara-t-il. Et il est hors de question de gâcher les gâteaux.

Il esquiva sans mal le couteau que lui envoya Tinö.

-Installe-le dans une chambre si il n’a plus faim. Tant que les contractions n’ont pas débuté, je ne sers à rien.

Hochant la tête avec empressement, Berwald s’exécuta et essaya d’installer au mieux son compagnon qui semblait impossible à contenter. L’air penaud, il resta auprès de lui, recevant son lot d’insultes marmonnées et de regards noirs.

La joie de l’accouchement.

-Tiens, je t’ai apporté un assortiment, déclara Nils.

Il posa un plateau sur le bureau, à l’intention du futur père qui en profita pour tenir le dos de Finlande, échappant à son regard, au moins un instant.

-Tu comptes accoucher tout habillé ?

Suksi vituum ! (va skier dans un vagin)

-Sans façon.

N’attendant pas son bon vouloir, Nils entreprit de le déshabiller, s’assurant que Tinö était correctement installé, à défaut de confortablement.

-Avant que tu ne recommences à gueuler, je te rappelle que c’est mon premier accouchement masculin.

-Qu’est-ce que je devrais dire, cingla-t-il en réponse.

Les heures qui suivirent furent rythmés par les injures colorées, les conseils calmes et les excuses.

Étrangement, personne ne vint les déranger. Bon point pour eux.

Ou alors, ils avaient fui lorsque les cris étaient montés d’un cran, entrecoupés d’exclamations de douleur. Non, sérieux, c’était trop flippant. Et les dialogues…

-Tinö, je t’ai déjà dit de relâcher tes muscles.

-Je voudrais bien t’y voir !

-Imagine que c’est la bite de Berwald.

Bref, ce fut une entreprise qui valut son pesant de cacahuètes, et Berwald finit par recevoir le bébé qui gazouilla en le voyant. Son sourire éclipsa le soleil.

Dans son lit, suant comme jamais, Tinö essayait de retrouver son souffle. Et sa dignité, accessoirement. Il n’eut qu’un faible sourire poli en réponse à Suède qui gagatisait déjà.

-J’te préviens, souffla-t-il. Le prochain, c’est toi qui le portes.

Et il s’endormit.

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