Une décision à deux

Une décision à deux – 4/5

Tino scrutait son reflet dans le miroir en pied. Il creusa les reins et gonflait le ventre, l’air rêveur. Caressant son estomac sans y faire attention, il laissa son esprit vagabonder jusqu’à ce que le bruit d’une porte claquant le fit sursauter.

Il soupira et sortit de la chambre, se tenant aux murs et à la rampe sans vergogne.

-Peter ! Ne claque pas la porte ainsi ! Tu vas nous la casser un de ces jours.

Râlant et souriant, il aperçut la micro-nation dans la cuisine, tentant de la vider de la moindre sucrerie.

-Même pas en rêve, mon chéri. Berwald les a caché, et moi-même j’ignore où ils se trouvent !

-Mais maman, geint-il. J’ai faim moi !

-Et moi dont !

-Oui mais toi c’est pas pareil, vous êtes deux, répondit le plus jeune en fixant du regard la petite bosse enfin visible.

Il se reçut un coup de cuillère en bois qui le fit grogner avant que la bonne odeur du miel ne lui chatouille le nez.

Dévorant ses belles tartines dorées, Peter observait son aîné préparer le repas.

-L’école s’est bien passée ?

-Oui oui. On mange encore du saumon ?

-Je croyais que tu adorais ça… Ce n’est pas toi qui a déclaré que tu pourrais en manger à chaque repas ? Le taquina Tino.

Profitant que ce dernier lui tourne le dos, Peter lui tira la langue. Le lendemain de cette déclaration, le Finlandais s’était amusé à lui servir le poisson du petit-déjeuner au souper, et même au goûter ! Il en avait été dégoûté.

-Wy a appelé pendant la journée. Elle voulait savoir si tu venais pour les vacances, continua Tino.

-Et tu as dis quoi ?

-Que ça dépendrait de tes résultats scolaires, répondit Berwald.

-Maieuh !

-Tu rentres tôt ce soir, observa Finlande.

-Je peux repartir, répliqua-t-il en l’embrassant.

-Même pas en rêve, tu es là et tu y restes, ronronna-t-il.

-Hé ! Je suis là, vous savez ?! Râla le plus jeune.

-Comment l’oublier ? Soupira Tino.

Il attrapa son fils adoptif, pour le serrer entre eux deux.

-Le bébé…? Commença Berwald.

-C’est un bébé… il ne bouge pas encore, alors calme-toi.

-Je ne peux pas m’en empêcher…

L’air émerveillé, il passa sa grande main sur l’estomac gonflé de son compagnon.

-Tu recommences…

-Désolé.

Il l’embrassa de nouveau, le serrant contre lui. Ils étaient bien comme ça, dans une petite bulle tiède d’amour.

-J’étouffe, haleta Sealand entre eux deux.


Au début, ils marchaient sur des œufs, il fallait bien le dire. Suède avait peur que Finlande ne s’enfuit de nouveau et celui-ci semblait avoir peur de tout. Et au milieu d’eux, il y avait Sealand, la micro-nation obstinée. Il était hors de question que ses parents ne se séparent de nouveau ! Il avait déjà supporté ça une fois, plus jamais !

-Maman ! On va faire un pique-nique, dis ?

-Avec un temps pareil ? Il neige, Peter.

-Alors une bataille de boules de neige !

-Tu vas prendre froid.

-Mais non ! Pas si je porte mon manteau et mes gants ! Répondit-il avec toute l’innocence des enfants.

Pensez aux vêtements alourdie d’eau et gelés par le froid, la neige rendue boueuse se figeant dans l’entrée, Hanatamago tremblant de froid et au pelage trempé.

-J’ai dit non.

Le ton implacable de sa « mère » adoptive le rendit boudeur. Mais euh, la neige, quoi ! C’était pas juste de devoir rester enfermé à la maison alors que le jardin était en ce moment-même un terrain d’aventure des plus intéressants !

-Pas juste… marmonna-t-il en faisant tomber son soldat de plomb.

Ne préférant pas commenter l’acte d’humain de la micro-nation, Tinö se reconcentra sur son ouvrage bien avancé.

Les travaux d’aiguilles étaient tout ce qu’il avait trouvé pour s’apaiser l’esprit et cesser de vouloir fuir à tout prix… tout ça.

Ce miraculeux bébé qui grandissait en lui sans que quiconque ne sut comment il était arrivé là. Peter ayant mal vécu son absence était accroché à lui comme à une moule à son rocher. Berwald ne le lâchait plus du regard à partir du moment où il entrait dans son champ de vision.

C’était… étouffant… bien trop étouffant…

Il avait déjà fait quelques malaises, quelques mois plus tôt, ne les affolant que plus. Et n’alourdissant que plus l’atmosphère.

Norvège avait été intraitable : il devait prendre du repos. Plus de politique jusqu’à la délivrance. Mais combien de temps pouvait durer une grossesse de nation mâle ? Aucune donnée n’avait été trouvée malgré les moyens mis dessus. Mais il fallait dire qu’une telle acceptation… tranquille ? n’était dû que par l’évolution du genre humain.

Comment une telle atteinte à la virilité, une telle ignominie contre-nature, pouvait-elle être acceptée lors de ces époques révolues ?

Tinö grimaça lorsque l’aiguille lui piqua le doigt, le coupant dans ses sombres pensées. Portant son index à sa bouche, il contempla le motif plus que banal qui naissait sous ses doigts.

Si on l’avait laissé faire, il se serait mis en hibernation, uniquement nourris par intraveineuse. Mais on ne l’avait pas laissé faire, évidemment.


Mal à l’aise, Tinö fronça le nez.

Mais on allait arrêter de l’observer, oui ? Les gens n’avaient jamais vu quelqu’un faire les courses, ou quoi ?

Rajustant son écharpe autour de son cou, il grommela de tout le long alors qu’il faisait son choix.

Malgré que Nils ait réclamé qu’il prenne du repos, Tinö avait dû se résoudre à continuer les tâches ménagères, comme les courses. Surtout les courses. Particulièrement les courses.

Sealand, en bon enfant qu’il était, n’avait rien acheté d’intéressant voir de comestible : des bonbons, des jouets, des pâtisseries…

Quand à Suède, il avait réussi à faire peur à la vendeuse de légumes, au point qu’elle s’était retrouvée aux urgences.

D’ailleurs, lorsqu’il l’avait su, Tinö avait hésité entre rire et pleurer. Les hormones étant ce qu’elles sont, il avait fait les deux, faisant s’accroître l’inquiétude de son compagnon qui s’était bien sentit désemparé, pour une fois.

Ce souvenir le fit sourire et il ne put s’empêcher de caresser son ventre rebondit avant de percevoir des chuchotements assez négatifs envers sa personne. Oups.

Sortant de ses pensées, il fusilla du regard les commères et reprit sa tâche.

De par sa nature de nation, Tinö n’aurait jamais pu se déguiser -même avec juste une perruque- car quiconque le croisait pouvait le reconnaître en tant que représentant de la Finlande. Et en tant qu’homme. Et il fallait être aveugle pour ne pas remarquer son ventre distendu dû à la grossesse.

Pour la plupart, les réactions étaient… hostiles. Froides.

Et pas de blague sur les températures hivernales des contrées nordiques, merci.

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