Une décision à deux

Une décision à deux – 2/5

Islande : Jökull (glacier, islandais)Danemark : SørenNorvège : Nils


Sealand fixait Suède sans rien dire. Il était rentré depuis quelques jours et il avait bien senti que l’ambiance avait changé.

En soit, l’absence de Finlande n’était en rien choquante ; il n’était pas souvent là à cette période, occupé par les préparatifs de Noël. Mais dans l’ambiance était sérieuse et enjouée, pas sombre et déprimante.

Les repas étaient traditionnels mais savoureux et non répétitifs et insipide. La maisonnée était claire, propre et fleurait bon le propre. Là, la poussière s’installait et ça ne sentait rien.

Mais Peter n’osait pas demander à son père adoptif ce qui s’était passé lors de son absence. Pas qu’il lui faisait peur, il l’avait un peu domestiqué avec le temps, mais il voyait la tristesse voiler les prunelles glaciales, il devinait les cernes mauves cachés par les lunettes.

Alors, avec son imagination d’enfant, Peter crut que Tino était partit, qu’il ne reviendrait plus jamais. Et si c’était de sa faute ? Après tout, il n’avait pas été très sage avant de partir et s’était de nombreuses fois remonté les bretelles, avec ou sans la participation de Berwald.

Une nuit, terrifié par les cauchemars où le finlandais l’abandonnait en lui hurlant que tout était de sa faute, Peter alla se glisser dans le grand lit double froid. Il se blottit contre l’oreiller qui gardait encore un peu de l’odeur du petit blond et y sanglota tout bas.

Ce n’était pas son premier cauchemar mais bien la première fois qu’il venait se réfugier dans la chambre conjugale. Mais lorsque Berwald décida enfin d’aller se coucher, il n’en fut pas si surpris que ça et le serra même contre lui, l’apaisant dans son sommeil.


Finlande lisait les lettres des enfants et listait les commandes. Bien qu’il ne soit pas le seul Père Noël et qu’il préférait se charger des nations, il aimait bien se plonger dans les missives maladroites aux différents langages. Et puis il voulait se changer les idées.

Depuis son départ, il se traînait là où sa présence était réclamée mais sans la douceur de vivre qui le caractérisait tant, ni l’énergie.

-Tino si tu veux, Alberich peut te remplacer…

Le Père Noël des États-Unis pointait celui du Canada qui avait presque fini sa tâche.

-Non, ça va aller, je t’en remercie. Il faut que je m’en occupe.

À peine rassuré par le faible sourire, Dirck repartit au service courrier en se promettant de garder un œil sur lui.

« Allez, Tino. Inspire un bon coup, serre les dents et chasse les pensées sombres ! C’est Noël, c’est Noël, c’est Noël ! »


-C’est Noël ! C’est Noël ! C’est Noël ! S’exclamait Danemark.

Il courrait en criant depuis dix bonnes minutes, cherchant à avaler les flocons qui tombaient doucement, le tout sous le regard blasé de Norvège, resté au chaud.

Sealand était dehors lui aussi, faisant un bonhomme de neige avec application.

-Peter ne semble pas aussi excité qu’à l’ordinaire… déclara Islande.

Il jouait aux échecs avec Suède qui se renfrogna.

-Depuis combien de temps n’as-tu plus de nouvelles de Tino ?

-Deux mois. Peut-être plus. Je ne m’amuse pas à compter, non plus…

Il soupira et avança son fou. Qui fut aussitôt pris par le cavalier adversaire.

-Il reviendra après Noël, ne t’en fais pas.

-Tu es sûr de toi ?

Berwald semblait presque suppliant, serrant dans ses poings le pion stylisé.

C’était un vieux plateau d’échec aux pièces gravées de créatures sorties de la mythologie scandinave. Dragons, elfes, trolls, macareux…

Ces derniers n’étaient en rien mythologique, mais ce fut le seul moyen d’intéresser Jökull à ce jeu. Et depuis il était devenu un adversaire redoutable.

-Échec et mat, déclara-t-il platement.

Dehors, Søren et Peter s’envoyaient des boules de neige, toujours sous la surveillance de Nils qui faisait semblant de ne pas les entendre. Il ne participera à la conversation que si on l’y invite.

-Tu n’es pas concentré.

-Désolé, grogna le Suédois.

-Tu ne l’es pas non plus.

Il aurait pu se recevoir le plateau dans la figure, mais Berwald expira bruyamment avant de déclarer qu’il allait faire la sieste.

Il put sentir le regard des deux frères dans son dos alors qu’il gravissait les marches.

C’était le jour de Noël.

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