Secret Santa 2014

Secret Santa 2014 – AusHun 3/5

Élizaveta souriait alors qu’elle virevoltait aux bras de son partenaire de danse.

À travers le masque finement découpé, elle pouvait apercevoir des yeux rouges de prédateur qui aurait fait frissonner plus d’une, mais pas elle. Elle se contenta d’un simple sourire poli et quitta son bras dès que la danse le lui permit.

Son partenaire suivant la réceptionna avec adresse et ne marqua pas de temps d’arrêt pour poursuivre le pas. Sa prise sur son corps était ferme et assurée et il la guidait de manière impeccable.

-Je vous cherchais depuis longtemps, soupira-t-elle.

Malgré le loup richement décoré, elle put lire l’étonnement dans les yeux violets.

-Pas vous en particulier, corrigea-t-elle. Mais quelqu’un sachant correctement danser. Avant de vous croiser, j’avais l’impression de trop en demander.

Ils levèrent le bras d’un même mouvement et elle tourna sur elle-même, les yeux fermés et l’air ravie, avant qu’une main ne se pose sur sa hanche et que son dos ne se cogne au torse fin derrière elle.

Elle ne lâcha pas son sourire avant que la musique ne cesse et qu’elle n’ait dû le quitter afin de rejoindre son chaperon et son père.

-Déjà lassée ? S’étonna ce dernier.

-Au contraire, mais j’ai bien peur d’être déçue, à partir de maintenant.

Elle attrapa une flûte sur le plateau du serveur qui passa à côté et y trempa les lèvres, les yeux clos.

-Tu aimes vraiment la danse, commenta son père.

-C’est vous qui m’empêchez de m’entraîner à l’escrime.

-Ce n’est en rien valorisant pour une femme.

Élizaveta ne répondit rien, ses yeux cherchant parmi la foule le loup de celui qui savait la mener correctement. Peut-être pourrait-elle le revoir à un autre bal ? Ce n’est pas vraiment ce qui manquait à Vienne ?

Son père fut bientôt accaparé par de grands pontes, la laissant seule avec son chaperon qui lui sourit doucement.

-J’ai besoin de sortir, marmonna-t-elle.

Suivie, comme toujours, Élie se dirigea vers le balcon où l’air tiède du crépuscule fut bien accueilli, la libérant de l’oppression de l’air brûlant de la salle de bal. S’adossant au garde-fou, elle s’éventa gracieusement de son masque, repoussant ses longues mèches en arrière.

-Quelle ambiance étouffante, soupira-t-elle.

À ses côtés, Lily hocha la tête d’assentiment, son attitude sage contrastant avec l’allure nonchalante de sa maîtresse qui hésitait à ouvrir son corset à cet instant.

-Mon chignon n’a pas tenu, remarqua-t-elle, déçue.

-Je vais vous le refaire.

S’asseyant sur le banc mis à disposition, Élizaveta la laissa remettre en place les mèches sauvages qui aspiraient à la liberté, au même titre que leur propriétaire.

-Ce que j’aimerais sceller ma jument et chevaucher toute la nuit…

La jeune blonde ne fit aucun commentaire, mais tira un peu trop fort sur la mèche se trouvant entre ses doigts, la faisant grimacer.

-Je sais que père n’approuve pas ce passe-temps…

Elle se releva, remettant son masque sur son visage.

-Que la fête continue, soupira-t-elle.

Les lourdes robes virevoltaient, donnant la fausse impression de légèreté.

Accrochées aux bras d’hommes jeunes et vieux, la jeunesse autrichienne s’enivrait de danses pour se donner l’impression d’être heureuse au moins un instant.

Dans les coins de la salle de bal, les parents marchandaient leur progéniture contre un lopin de terre, un boisseau de richesse, un titre ronflant… sans état d’âme ni cherchant l’approbation de ladite progéniture.

Et là, parmi la foule colorée mais insipide, bruyante mais aphone, la marquise Edervary tentait de se trouver un partenaire de danse digne de ce nom. Où pourrait-elle donc retrouver ces pupilles si envoûtantes ?

Une paire de bras l’enserra sans pudeur et la colla à un torse finement musclé, de ce qu’elle put sentir à travers les vêtements.

Tournant la tête, elle croisa de nouveau le regard sanglant.

-Lâche-moi Gilbert.

-Tu me brises le cœur, ricana-t-il.

-Je peux te briser autre chose, susurra-t-elle d’un ton plein de promesses.

Prudemment, il la relâcha et fit quelques pas pour établir une distance de sécurité entre eux.

-Je vais croire que tu as peur de moi, se moqua-t-elle.

-Je tiens à établir la descendance de ma famille, ne t’en déplaise.

-Plein de petits Gilbert aux cheveux blancs et aux yeux rouges, tous imbus de leur personne et se vantant à tort et à travers… Que Dieu nous en protège !

Elle soupira théâtralement, provoquant un sourire en coin de la part de son interlocuteur.

-Je perds mon temps avec toi, finit-elle par déclarer.

-Oh, tu avais mieux à faire, je suppose ?

-Je cherchais de beaux yeux lilas…

-Pour t’en faire un collier ?

-Idiot…

Elle lui asséna une faible tape qui ne le fit même pas ciller.

-Il avait une manière de danser…

Elle se tut, plongée dans ses pensées.

-Il est là-bas, ton danseur, se moqua-t-il.

-Le pianiste ? Sérieusement ?

-On ne peut pas tous naître dans des draps de soie ! Je te laisse, Ludwig semble vouloir gifler cette Italienne ! Ou bien l’inverse…

Il la quitta en ricanant bruyamment en direction d’un duo peu discret.

Élizaveta, elle, se tourna vers l’orchestre et plus particulièrement vers le piano à queue luisant où le musicien allait et venait sur le clavier, d’un air profondément concentré qui se traduisait par ses yeux clos. Était-ce vraiment lui ?

Nulle trace du masque, bien que les vêtements étaient semblables. Si seulement elle pouvait voir ses yeux…

Elle se rapprocha du pianiste, l’air rêveur, fixant le dos droit et les mains agiles qui paraissaient danser sur les touches bicolores au même titre que lui sur la piste de danse, tantôt.

Elle se planta à un bras de distance et le dévora du regard, soudainement trop timide pour lui adresser la parole. Elle resta ainsi, figée, les mains serrées sur le tissu délicat de sa robe et le bois de son éventail.

Il avait un profil délicat avec une peau d’une pâleur de porcelaine, frôlée par de longs cils quasi féminin. Les traits étaient fins, la bouche était délicate. Le grain de beauté sur le menton semblait le narguer d’être aussi près de ses lèvres. Il y avait aussi la monture fine des lunettes dont les branches se perdaient dans les mèches brunes.

Elle achevait de détailler le doux visage que les paupières s’ouvrirent alors, dévoilant les iris à la couleur peu ordinaire qui lui rajoutaient un certain charme.

Les dernières notes au piano se figèrent dans l’air alors qu’il reposait ses mains sur ses genoux, l’air concentré.

Le discret applaudissement derrière lui le surprit, n’ayant pas remarqué la présence d’un public proche.

-C’était très beau.

-Ce n’était qu’une interprétation.

Il ne tourna pas la tête un instant, fixant du regard les touches d’ivoire.

-Eh bien vous interprétez à merveille.

Elle s’approcha un peu plus, se trouvant juste dans son dos et l’enivrant de son parfum boisé.

Le reste de l’orchestre se trouvait à quelques mètres d’eux, mais ils ne s’en souciaient guère, focalisés sur la présence de l’autre, à la fois si proche et si loin.

-Je ne mérite pas pareille éloge.

-Laissez-moi vous complimenter sans rebuffade, soupira-t-elle.

-C’est à l’homme de complimenter la femme, pas l’inverse.

Il lui jeta un regard, notant son petit sourire.

-Parfois, il faut voir par-delà l’apparence.

La voix songeuse lui fit hausser un sourcil.

-Je suis Élizaveta Edervary.

-Pas de titre ?

-Nul besoin de se mettre en avant en cet instant.

-Roderich Edelstein.

-Vous ne donnez pas de titre ? Se moqua-t-elle.

-Je ne cherche pas à vous éblouir.

-Et pourtant j’aimerais danser de nouveau avec vous.

Roderich se tourna entièrement, lui faisant face.

Il semblait la jauger depuis son siège.

-Ce que tu vois te plaît ?

-Ce que je ne vois pas, en tout cas.

Il se leva et lui tendit la main pour l’inviter. Elle y posa la sienne et agrandit son sourire lorsqu’il retira ses lunettes au profit du loup décoré.

Ils disparurent parmi les corps tourbillonnants et colorés.

Élizaveta ne cherchait pas son père et son chaperon dans la foule statique, elle savait qu’il ne l’avait pas quittée du regard depuis le début du bal.

Pour une fois, elle se laissait guider, son cavalier dirigeait leur duo et leurs pas d’une main experte et juste comme il le fallait.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin et celle du bal se faisait proche. Déjà, elle pouvait voir son père se rapprocher d’eux.

-Merci pour les danses, murmura-t-elle. J’aimerais qu’elles durent toute la nuit, et plus encore, mais voilà mon père…

-Nous reverrons-nous ? Il ne manque pas de bal, à Vienne.

-Certes non, mais à Vienne, il finira par me manquer, moi.

Leurs regards se croisèrent, semblant passer des messages, alors que le marquis survenait.

-Ah, Élizaveta, je vois que tu as fait connaissance avec ton futur époux, le comte Edelstein.

Quel superbe regard horrifié…

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