Secret Santa 2014

Secret Santa 2014 – FrUK 2/5

Francis suivit pensivement du regard la fumée colorée qui s’échappait de sa bouche entrouverte. Il releva ses grosses lunettes colorées et se frotta machinalement les yeux, se moquant bien d’étaler les couleurs qu’on y avait appliqué afin de former le slogan du mouvement hippie « Peace & love » et le logo se trouvait quelque part sur sa joue et sûrement sur le début de barbe qu’il sentait sous son autre main.

Autour de lui, des corps affalés dans l’herbe dans le parc où ils s’étaient échoués après avoir défendu leur cause avec pas mal de bruit, à défaut de violence. Car la violence, c’était pas cool. Pas cool et pas dans l’esprit du mouvement hippie.

-Fais tourner, man, marmonna une voix à côté de lui.

Une main s’agita faiblement sous son nez et il y déposa le mégot qu’il lui restait. À peine de quoi tirer deux taffes, mais ça parut être un trésor dans le regard aux veines éclatées de son voisin.

De l’autre côté, une main agrippa son épaule, lui faisant tourner la tête, et il eut le temps de reconnaître une jeune fille qu’il voyait régulièrement, avant que celle-ci ne l’embrasse violemment et ne l’entraîne dans des caresses passionnées.

Se retrouver nu, à forniquer avec un visage flou et quasi inconnu, au regard de tout un chacun et à moins d’un mètre d’autres membres de leur groupe, ne le choquait pas. Ce n’était pas une acte sortant de l’ordinaire, c’était… banal.

Et, ce soir, il rentrerait en titubant chez lui, adressant à peine un regard à sa mère au regard hagard et au teint pâle, ou à son père à la colère rentrée et aux lèvres pincées. Non, il montera directement dans sa chambre, allumant son mange-disque et vibrant aux notes psychédéliques des accords de guitare.

Et tou les jours se ressembleront, auront ce goût acre de la fumée et amer de la drogue, la sensation lourde des regards désapprobateurs et les caresses douces des corps autour de lui.

Si Francis rêvait de paix, il ne rêvait pas d’amour. Du moins, pas pour lui. À ce sujet, il était désabusé. L’amour, c’était pour les autres, pas pour lui.


Un soir où Francis rentra chez ses parents plus tard que d’habitude -minuit passé- il se trouva face à une porte close et personne ne répondant à ses appels. La réalité le frappant de plein fouet : il était enfermé dehors pour un bon moment.

-Je dors où, moi ? Soupira-t-il.

Il ralluma un pétard qu’il fuma sur place durant quelques minutes, le temps que ses neurones affaiblis prennent une décision sur ce qu’il allait devoir faire pour les heures à venir.

Il pourrait se réfugier dans des bars pas trop regardant sur son âge jusqu’aux lueurs de l’aube, ou encore rejoindre son groupe qui profiterait des parcs ouverts toute la nuit afin d’y jouer de la guitare, allumer des feux de camp et s’échanger diverses drogues entre deux baisers. Et, sinon, il pouvait aussi errer dans cette ville sombre et morose jusqu’à ce que le hasard décide de lui trouver une occupation.

Se décidant pour la dernière option, Francis se remit en marche, prenant des directions au hasard, là où ses pieds le menaient.

Autour de lui, les lampadaires s’éteignaient ou grésillaient, agrandissant les ombres de manière quasi menaçante. Mais Francis planait loin de tout ça, rejetant ses longues mèches derrière ses oreilles, espérant les y faire tenir, ce qui était peine perdue.

-Je suis où ? Demanda-t-il à personne en particulier.

-Je dirais bien les tréfonds de l’enfer, mais ça serait d’un cliché…

Tournant la tête dans la direction de la voix, il aperçut le point rouge d’une cigarette dans l’obscurité d’une ruelle. S’y dirigeant à pas lents, Francis tentait de percer les ténèbres qui masquaient le visage de son interlocuteur.

-Et si ce n’est pas les enfers, où sommes-nous ?

-Dans une vieille ruelle puant la pisse et les poubelles éventrées. L’endroit par excellence pour nouer de nouvelles amitiés, ricana sarcastiquement l’inconnu.

-L’amitié est comme les fleurs. Il en pousse dans les endroits les plus étonnants.

-Si tu le dis.

L’odeur acre et désagréable de sa cigarette lui prit en plein visage, le faisant tousser.

-Petite nature.

-Ta clope pue, gros.

La lune glissa un faible rayon sur eux, faisant briller les bijoux. Que ce soit la boucle de ceinture ou colliers à l’insigne du « Peace & Love », les piercings sur tout le visage, les chaînes sur les vêtements ou les bagues et les bracelets de force.

-Hippie.

-Punk.

Francis s’adossa au mur à ses côtés et sortit à son tour de quoi fumer.

Ils restèrent dans le silence pendant plusieurs minutes, tirant sur leurs taffes et mêlant les fumées qui s’échappaient de leurs bouches entrouvertes.

-Par contre, t’as égaré ton chien et tes potes ? Reprit Francis.

-Les clichés, tout de suite…

-T’es couvert de poil de chien.

-Perceval est à la maison, marmonna-t-il.

-Et tes potes ?

-Partis écumer un bar quelconque. Mais, pour rester dans les clichés usuels, tu devrais pas être en train de planer entre deux plantes vertes tout en divaguant sur le nucléaire ?

-Le nucléaire, c’est mal.

-Que de convictions, ricana-t-il.

-Tu fumes quoi ?

-Le genre de goudron qui te ferait rendre tes poumons sur le sol.

-Amateur.

Sans lui demander la permission, Francis se pencha et lui attrapa le poignet, détournant ainsi la cigarette pour ses propres lèvres, prenant une profonde bouffée. Il l’expira longuement, l’air pensif.

-Mouais. Manque un peu de coke pour relever le tout.

-La coke ça se sniffe, ça se fume pas.

-Tout se fume, même les pierres, énonça-t-il philosophiquement.

-Prend pas un air comme ça, on dirait l’aut’ emmerdeur.

-Qui ça ?

-T’occupe, un Grec.

Le silence reprit un droit et deux nouveaux mégots retombèrent sur le sol, les cendres s’envolant.

-Bon, c’est pas que je m’ennuie, mais je suis claqué, je rentre me pieuter.

Pour souligner ses dires, le punk bâilla largement et étendit les bras de part et d’autre, se cognant contre le blond qui râla.

-Veinard. Je ferais bien pareil si mes parents m’avaient pas enfermé dehors…

-Le retour à la nature, y’a rien de mieux, se moqua le punk.

Il étouffa une plainte lorsqu’il reçut son coude dans les côtes.

-Si on ne peut même plus rire, marmonna-t-il, le souffle coupé.

-Ne ris pas à ce sujet.

Il lui tira puérilement la langue et écrasa son mégot un peu plus.

-Bon, t’es donc à la rue, tu me fais assez confiance pour venir chez moi ?

-Tu me fais assez confiance pour m’inviter alors que je ne suis qu’un inconnu ?

-Avoir peur d’un hippie ? J’espère que tu veux rire !

Le hippie en question lui fusilla du regard et tira sur l’une des mèches bleues à sa portée. La grimace de douleur lui rendit le sourire.

-Donc tu m’invitais ?

-Je commence à y repenser…

-Pauvre petit lapin, ricana-t-il.

-Lapin ? Répéta-t-il d’un air abasourdi.

Francis pointa de l’index le lapin à moitié nécrosé qui s’étalait sur son T-shirt en mauvais état. L’autre se massa les ailes du nez d’un air fatigué.

-Bon, tu prends l’invitation ou tu rejoins tes amis les arbres ?!

-Je prends, je prends, calme-toi gros.

Il lui tourna le dos et commença à s’éloigner, ne s’occupant pas de savoir si il le suivait ou non. Un autre son de pas se répercuta dans l’espace réduit, lui indiquant qu’il lui avait emboîté le pas.

-Tu vis seul ? Demanda Francis.

Ils se dirigeaient vers les quartiers chics et huppés, ce qui l’étonnait.

-Non, je suis avec mes frères et sœurs. Mes parents sont souvent absents, donc bon…

-J’aimerais parfois que ce soit le cas pour les miens, ronchonna-t-il.

À ses côtés, il haussa les épaules. Il n’avait pas d’avis sur la question.

Ils pénétrèrent dans une grande propriété dont le gravier crissait doucement sous leurs chaussures, la porte d’entrée s’ouvrit sans bruit et ils la refermèrent de même ? Se déchaussant, ils marchèrent en silence, tentant de se faire le plus discret possible, respectant le repos des autres.

-NIQUE TA MÈRE !

-ON EST FRÈRE ET SOEUR, CRÉTINE !

-Ah, ils sont réveillés, commenta le punk.

-C’est une manière de dire…

Une porte s’ouvrit brutalement, les évitant de peu, alors que deux roux -dont une rousse- roulaient sur le sol et se tiraient les cheveux avec une expression enragée.

-J’aurais dû dormir dehors…

-ARTHUR ! FAUX-FRÈRE !

-Oh, ils m’ont repéré… Tu cours vite ?

-Hein ?

Pas le temps pour Francis de comprendre et encore moins de répondre correctement, qu’il se faisait attraper le poignet et se retrouvait à courir le long de couloirs inconnus et d’escaliers mortels jusqu’à ce qu’une porte claqua derrière eux et que son poignet soit relâché.

Se laissant tomber au sol, sa respiration bruyante et hachée, il laissa son regard voguer sur la chambre où ils avaient établi refuge.

-Du calme Perceval !

Juste à ses côtés, le dénommé Arthur -d’après les cris de tout à l’heure- se défendait contre un Cavalier King Charles noir et feu qui lui faisait la fête à grand renfort de coups de langue.

-Terrifiant, l’animal.

Il n’en fallut pas plus pour que ledit animal se détourne de son maître adoré au profit de son invité et lui fasse un recoiffage en règle.

-J’avais jamais pensé à un chien comme ça pour un punk de ton espèce.

-Percy m’accompagne depuis un moment, j’allais pas le remplacer non plus !

-J’ai pas dit ça, ça fait juste décalé, se moqua-t-il.

Se coulant entre les doigts agiles, le chien n’en pouvait plus de remuer la queue et de s’agiter en tout sens.

-Hé ! C’est mon chien ! S’offusqua Arthur en s’approchant.

Il mêla ses mains à la fourrure douce, rajoutant des caresses à son fidèle compagnon qui lui fit une lèche.

-Au fait, je te remercie pour l’invitation.

Il reçut un haussement d’épaules comme réponse.

Ils finirent par se lasser et se relevèrent dans un silence gêné ?

-Donc on dort par terre où on a droit à un matelas ? L’interrogea Francis.

-Mon lit est juste là.

Suivant la direction de l’index, il put apercevoir le lit double dont la couette roulée en boule dans un coin sous-entendait un sommeil agité.

Sans rien ajouter de plus, le hippie fit voler ses sandales et son gilet sans manche. Se bijoux tombèrent en un tas bruyant avant que le punk ne réagisse finalement.

-Mais qu’est-ce que tu fous ?

-Je vais pas dormir avec tout ces trucs, quand même ! Pourquoi, toi, si ?

-N… non, bafouilla-t-il.

-T’es rouge. Ça jure avec tes cheveux et tes yeux.

Il tourna violemment la tête, faisant craquer son cou, pour éviter son regard. Lorsqu’il se tourna de nouveau, son « invité » s’était déjà glissé dans le lit, mettant en place les draps.

-Tu dors debout ou tu me rejoins ?

Les vêtements sombres tombèrent à leurs tours sur le sol, sonnant avec des bruits métalliques lorsque les chaînes touchaient le sol.

-Laisse-moi de la place.

Se décalant sans mot dire, Francis s’enfonça dans les coussins moelleux, lui tourna le dos, et s’endormit aussi sec, faisant soupirer de soulagement son voisin.

Il n’y avait pensé que trop, une fois qu’il ne pouvait plus revenir sur son invitation. La liberté sexuelle prodiguée par ces pacifistes anti-nucléaire était une rumeur fondée qui circulaire au travers les gens.

S’assurant qu’il dormait bien, Arthur finit par se décider et glissa à son tour sous les draps, lui tournant le dos et fermant les yeux.


-Non Percy, descends du lit, marmonna Arthur en tentant de repousser son chien.

Un jappement intrigué résonna de l’autre côté de la chambre, lui faisant ouvrir les yeux. Si son chien se trouvait aussi loin, alors à qui appartenait cette langue qui glissait dans son cou ? Il y avait aussi cette main qui caressait son torse en effleurant certains endroits sensibles.

-Où crois-tu mettre tes mains ? Grogna-t-il en se redressant vivement.

-Sur un corps des plus désirables, répondit son compagnon de lit d’une voix charmeuse.

Un coup de pied le renvoya sur le sol, empêtré dans les couvertures.

Un regard en direction du lit le renseigna sur l’humeur de son agresseur : c’était pas le moment. En effet, le regard flamboyant, le poing prêt à frapper, les cheveux en bataille, Arthur semblait prêt à en découdre au saut du lit.

-Si on ne peut même pas remercier celui qui nous a évité de dormir dehors, râla Francis en haussant les épaules.

Se relevant, il fourragea dans ses cheveux, les rassemblant dans son dos.

-Tiens, tu as des yeux bleus ? Remarqua le propriétaire de la chambre.

Un nouvel haussement d’épaules. C’est sûr qu’il n’y avait rien à répondre ça.

-Je l’avais pas vu hier, à cause de tes lunettes…

Gêné, Arthur ne savait pas trop pourquoi il énonçait des vérités publiques alors qu’il pourrait tout aussi bien se taire.

-Bref. Petit-déj’ ?

-Ouais, petit-déj’.

Et c’est ainsi que débuta la relation particulière de Francis et de Arthur.

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