Turquie se mirait avec difficulté dans son grand miroir de cuivre poli, essayant divers accessoires pour paraître plus adulte. Jusqu’à ce qu’il reçoive de la visite…
-Sadıq ! L’appelèrent deux femmes à l’unisson.
Il sursauta et fonça, sans réfléchir, à leur rencontre. Il comprit son oubli lorsqu’elles éclatèrent de rire à sa vue. Il se renfrogna avant de ôter son énorme turban mais garda son caftan à la couleur flamboyante.
-Égypte… Grèce… Si c’est pour glousser comme des poules, vous pouvez aller dans la cour, vous savez…
Calmant leurs rires, elles s’approchèrent de lui afin de lui emmêler les cheveux du bout de leurs longs doigts.
-Il ne faut pas prendre la mouche comme ça, voyons !
-Tu ris encore, Néferet. Et laissez mes cheveux tranquilles !
Il s’éloigna d’elles et de leurs mains agiles, grommelant tout bas.
-Dis-nous… pour quelle jolie fille te pares-tu ainsi ? Roucoula Eurydice avec un air conspirateur.
Elle échangea un regard avec son amie.
-C’est vrai ça, renchérit cette dernière. Qui donc est cette femme pour que tu fasses des frais de vesture ?
Elles se rapprochèrent l’une de l’autre, se soutenant mutuellement.
-Et quand je pense que nous n’avons jamais eu cet honneur !
-Quel malheur ! Serions-nous donc toujours aussi mal considérées ?
Elles soupirèrent avec exagération alors que la cible de leur moquerie tremblait de colère contenue, serrant avec force son turban.
-Avons-nous une chance de plaire aux yeux de ce beau mâle ?
-Aucune, hélas, une autre est passée avant nous et lui a ravi le cœur !
-Nous voici donc seules dans l’amour, déçues par les hommes…
Elles rapprochaient leurs visages, plongeant leurs yeux dans ceux de l’autre, dans une ambiance quasi romantique… avant qu’un turban n’entre en collision avec leurs visages, les arrêtant net.
-Vous êtes vraiment deux gourdes sans cœur ! Cria Turquie avant de s’enfuir, les larmes aux yeux.
-On dirait qu’on l’a blessé… énonça Grèce en prenant le turban dans la main.
-On dirait bien, oui…
Elle s’étira longuement, mettant son corps fin en valeur.
-On devrait le chercher, tu ne penses pas ?
-Si. Allons-y.
Bien que imposant, le palais n’était pas aussi grand que ceux où elles vivaient, elles n’eurent donc que peu de difficultés à retrouver leur ami.
Le fait qu’il soit entré par erreur dans le harem y avait pas mal joué, à vrai dire, et elles purent le sauver des bras aimants des femmes s’y trouvant.
-Toujours apeuré par ces femmes ? Demanda Eurydice sur le ton de la conversation.
-Je ne comprendrai jamais… souffla son amie.
Elles observaient Turquie se faire soigner par un guérisseur, tremblant encore de peur.
-Pourtant, la présence d’autres femmes ne lui apporte pas ce souci.
-Si les femmes comprenaient les hommes, ça se saurait, fit remarquer Eurydice.
Elle s’approcha de Sadıq qui remerciait le vieil homme qui partit alors.
-Tu as encore tellement à grandir…
Grèce le serra contre elle, le berçant comme un enfant. Le rouge aux joues, il se laissa faire, bien assez heureux de ce contact.
De l’autre côté, Égypte alla s’asseoir, les observant en s’amusant.
-Je voulais juste paraître plus vieux… finit-il par marmonner dans l’étreinte douce de Grèce.
-Pourquoi ne l’as-tu pas dit ?
-Parce que je pensais que vous alliez me moquer de moi…
Reculant un peu sur la couche, Grèce se cala contre un coussin. Néferet posa la tête sur ses genoux, serrant de ses bras le corps de son cadet.
-Tu sais bien qu’on fait ça pour rire, et non pour te blesser.
-Et si justement ça me blessait ?
Les étreinte se resserrèrent.
-Tu veux qu’on t’aide pour ton costume ?
-Fie-toi à notre sens de l’esthétique ! Roucoula Grèce.
-Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée…
-Tu préfères demander l’avis aux barbares qui symbolisent les terres nous entourant ? Demanda Égypte en reniflant.
Elle obtint quelques rires, la faisant sourire.
-Allez ! Debout Sadıq ! Amusons-nous à te transformer !
-Je savais que vous étiez des prêtresses ! Gloussa-t-il.
Il les laissa l’emmener jusqu’à la pièce qu’il avait quitté quelques temps plus tôt.
Si les essayages étaient sérieux au début, ils étaient vite devenus un grand cirque où les trois antagonistes avaient mal au ventre à force de rire et dont le sol était jonché de vêtements et d’accessoires divers.
-Attends ! Souffla Néferet entre deux éclats de rire. Tu en penses quoi Eurydice ?
-J’aime bien, ça donne un air mystérieux.
Elles échangèrent un air complice et le toisèrent avec un sourire en coin.
Intrigué, Sadıq s’approcha de la surface réfléchissante, plissant les yeux pour s’y apercevoir.
-Vous voulez parler du masque, là ?
-Bah oui, pas de ta toge ! Gloussa Eurydice.
Il fit mine d’enlever le morceau de cuir pour observer leur réaction et il ne fut pas déçu.
-Ah non ! Tu le gardes maintenant !
-Quand tu auras la barbe qui pousse, tu n’auras qu’à enlever le bas.
Elles le fixaient avec un grand sourire, ce qui le fit rougir et cacher son visage dans les plis sombres de sa tenue.
-Par contre, évite les perruques longues, gloussa Grèce de nouveau.
Il leur tira puérilement la langue avant de les poursuivre dans toute la pièce, armé de foulards qu’il faisait claquer dans l’air.
