Tetsuya fronça les sourcils alors qu’il tournait une page. Raah, mais pourquoi ce vocabulaire était-il si obscur ? Les auteurs ne pouvaient-ils pas penser aux débutants ? Aux non-initiés ? Bref, aux gens comme lui qui n’avaient pas pour habitude de se casser la tête pour cuire un œuf ? Il allait devenir fou.
Plissant les yeux, il suit une ligne du doigt, tentant vainement de déchiffrer sa lecture. De son autre main, il remuait machinalement le contenu de son bol, n’y prêtant pas attention.
Il en était à son cinquième essai et il en avait plus qu’assez de devoir vider se récipients dans la poubelle et de devoir refaire les courses en express. Sans parler de devoir cacher ses actions à son petit ami.
Ce n’est pas que ce dernier pourrait se moquer de lui, mais non seulement il n’aimait pas le gâchis, mais il serait capable d’engloutir le résultat de tous ses efforts sans penser à mal.
Soufflant sur de la farine, Tetsuya soupesa une nouvelle fois son sucre, langue tirée et œil clos, avant de le verser dans le bol. Bon, ça n’avait pas explosé.
Amusé à cette réflexion stupide -on n’était pas dans un anime- il remua la préparation, ajoutant régulièrement du lait. Bon, ça avait l’air d’aller pour le moment.
Le four bipa, le sortant de ses songes. Depuis le temps qu’il préchauffait, il allait périr juste en ouvrant la porte, le visage brûlé. Ce serait vraiment débile…
-Je devrais arrêter de regarder des animes avec Kagami-kun. Ce n’est vraiment pas une bonne idée.
Reportant son attention sur son livre de recettes, il gratta machinalement un kanji recouvert d’une tache de nourriture, ça ne facilitait définitivement pas sa lecture. Il grogna en lisant la nouvelle ligne. Super, il n’avait pas fini et le plus dur était encore à venir !
Dans ces moments-là, il avait envie de tout laisser tomber et de foncer à la première pâtisserie venue, acheter le plus gros gâteau qu’elle possédait (tant pis pour ses économies) et fêter ce fichu anniversaire !
Et oui, c’était l’anniversaire de son compagnon, il n’y avait pas beaucoup de raison pour qu’il se démène à ce point pour réaliser un gâteau aussi compliqué ! Et vu comment il galérait en ce moment, il avait plus qu’intérêt à le mériter ! Il ne laisserait rien passer. Na. À la moindre bêtise, il mangera le gâteau tout seul !
Se secouant, Tetsuya reposa son fouet et débarrassa le plan de travail. Il allait faire la vaisselle (encore) le temps que la pâte se repose. Et prier pour que tout se passe au mieux. Mais vraiment au mieux.
-Bon, allez Tetsuya, tu ne peux plus reculer, maintenant…
Inspirant fortement, il s’attela à la deuxième partie de la recette qui était vraiment complexe comparé à tout ce qu’il avait pu faire auparavant. Cette pâtisserie était une œuvre du diable qui voulait sa mort, ça ne pouvait être que ça…
Il arrêta sa bêtise après avoir scruté de l’œil la boule de pâte qui patientait sagement au fond de son récipient. Il était ridicule.
Resserrant les lanières de son tablier, Tetsuya se concentra de nouveau, passant d’un ingrédient à l’autre avec attention. Jusqu’à maintenant, il ratait tout aux environs de cette étape. S’il pouvait arriver au-delà, juste un petit peu… Une ligne de plus, allez…
Lorsque ce satané gâteau parvint enfin dans ce foutu four, Tetsuya soupira lourdement. Il se laissa tomber sur une chaise et remua les épaules, se rendant compte d’à quel point il était tout tendu. Cette constatation le fit même doucement rire. C’est pas vrai, son niveau de stress était même au-delà de ce qu’il ressentait pour les matchs de basket ! C’était aussi ridicule que démesuré…
Il s’éventa de la main, le four était vraiment chaud ! Faut dire qu’il l’avait chauffé des heures durant au lieu de la demi-heure conseillée.
Il glapit lorsque le téléphone sonna, le surprenant. Avisant le numéro qui s’inscrivant sur l’écran (celui de Kise), il soupira de nouveau et décrocha. Il n’avait plus d’énergie, mais après cet appel il allait en avoir encore moins… Joie.
-Kurokocchi ! Désolé de te déranger, mais c’est au sujet de la fête.
-Il y a un souci ? Demanda-t-il avec réticence.
Il y avait toujours un souci avec cette bande de gamins…
-Non non, du tout ! Tout se passe comme prévu ! Akashicchi a réservé la salle, nous venons d’y arriver pour décorer. Bon, Midorimacchi boude un peu, mais tu le connais, et…
-Au fait, Kise-kun. La raison de ton appel ?
Tetsuya l’entendit soupirer. Et un peu de vacarme en fond, d’ailleurs.
-Aominecchi a renversé toute la vaisselle et les boissons.
Il n’en fallut pas plus pour que le joueur en question ne rugisse de sa voix puissante, sortant qu’il n’y était pour rien, etc.
-Comment est-ce arrivé ? Voulut savoir Tetsuya en restant calme.
Ce même calme fit déglutir Kise. Il regrettait d’avoir téléphoné, mais il n’avait qu’à ne pas perdre à la courte paille.
-Eh bien, un ballon de basket traînait dans le coin -ne me demande pas pourquoi, j’en sais rien- alors il a eu envie de nous montrer l’une de ses dernières techniques. Après… je crois que la balle lui a échappé des mains. Je ne regardais pas vraiment.
-Toi qui ne regardais pas Aomine-kun ? Ce serait bien une première.
Ryôta toussota.
-Bref. On parle pas de moi, là.
-C’était toujours plus intéressant que penser aux dernières catastrophes causées par Aomine-kun.
-On fait quoi, Kurokocchi ?
Passant sa main sur son visage, Tetsuya réfléchissait. Il jeta un œil vers le four. Ah, cette fois-ci paraissait être la bonne.
-Eh bien, il semblerait que vous n’avez plus qu’à racheter de la vaisselle et des boissons. Et nettoyer les lieux.
-Oui, évidemment. Mais c’est surtout que ça va nous prendre du temps et que ça risque de tout retarder.
-D’accord. Je vais prévenir Himuro. Mais vous avez intérêt à vous magner.
Ils raccrochèrent, chacun ayant sa mission. Tetsuya eut une petite pensée pour Aomine que Akashi fera payer, tôt ou tard. Il pensa aussi à Himuro qui devait être à court d’idées pour occuper Atsushi. En espérant qu’il ne l’ait pas laissé s’empiffrer comme à chaque fois.
Le minuteur résonna, le faisant sursauter. Oups, comment avait-il fait pour oublier son gâteau ? Vite vite, il fallait le sortir du four et vérifier qu’il était ENFIN comestible.
S’emparant d’une pochette, Tetsuya retint son souffle alors qu’il décorait le gâteau à l’aide de crème fouettée et des petits accessoires achetés exprès. Son téléphone sonna de nouveau, le faisant… hé bien, mettre de la crème un peu partout et ainsi gâcher les deux minutes précédentes.
Le téléphone continuait de sonner alors que son propriétaire fixait la bavure, ses articulations craquant doucement. Quelle que soit la personne l’appelant, il allait commettre un massacre. Facile. À coup de ballon de basket. La victime ne verra rien venir.
-Allô ? Grinça-t-il.
-Kurokocchi ? Couina-t-on. C’est encore moi… On a un autre problème…
-J’arrive, déclara sèchement le passeur.
Il raccrocha, enfila sa veste et attrapa son porte-feuille.
D’abord, la meilleure pâtisserie de la ville, ensuite un magasin de sport afin d’y trouver la batte de base-ball la plus solide… et terminons par appeler Akashi, il avait toujours des bonnes idées.
-Bon anniversaire Atsushi-kun~
