La vie devant soi

La vie devant soi – Puérilité 4/15

-Kurokocchi !

D’un pas sur le côté, le surnommé évita un missile blond qui paraissait en vouloir à sa vie, sous le regard dépassé de l’équipe de Seirin. Ils allaient finir par s’y habituer, à force. Déjà, on pouvait capter un peu d’ennui dans certains regards.

-Ne me saute pas dessus, Kise-kun, demanda Kuroko.

Il remit en place la bandoulière de son sac, évitant ainsi le regard faussement blessé du blond qui s’en rendit compte, le faisant soupirer.

-On rentre ensemble, dis ? Lui proposa-t-il alors.

Ryôta vivait du côté opposé, mais les lycéens n’avaient pas à le savoir. Alors Kuroko accepta avec un tout petit sourire enjoué qui ne fut capté que par les prunelles dorées, habituées à scruter ce visage blasé pour repérer la moindre trace d’émotion.

Sans un mot à l’encontre de Kagami, Tetsuya emboîta le pas à son petit ami qui poussa le vice jusqu’à passer un bras autour de ses épaules, cachant son sourire narquois.

Kagami était peut-être la lumière de Tetsuyacchi (et encore, aux yeux de la Génération, seul Aomine méritait une telle dénomination), mais Ryôta ne le laissera jamais être plus. Jamais.

-On rentre directement ou tu souhaites t’arrêter ailleurs ?

Une étincelle dans l’œil fit sourire le mannequin. L’idée de traîner un peu ne semblait pas trop déranger Tetsuya, bien au contraire. Passer un peu plus de temps avec son copain n’était pas pour lui déplaire. Ils n’en passaient jamais assez, entre les cours, les entraînements, les matchs, leurs propres vies…

-On n’a pas assez de vingt-quatre heures dans une journée, avait un jour chuchoté Ryôta à son oreille.

Ils n’allèrent pas sur un terrain de basket, au cinéma, dans une pâtisserie, une bibliothèque, ou un parc quelconque. Ryôta était, lui aussi, un enfant trop vite grandi, au même titre que Murasakibara.

-Un parc d’attraction ?

Un nouveau sourire étira ses lèvres. Il avait bien envie de rire en apercevant leur destination, mais c’était tellement… tellement Ryôta, que ce n’était pas si étonnant, au fond !

-J’ai obtenu des pass à l’agence, expliqua-t-il. Je me suis dit que ce serait dommage de ne pas en profiter, non ? Y’a même des milkshakes à la vanille !

Ah, évidemment, si on prononçait la formule magique, Tetsuya ne pouvait être qu’intéressé ! C’est qu’à force, Ryôta savait l’intéresser !

Ils passèrent ainsi la suite de l’après-midi à essayer divers manèges et à grignoter en tout sens, oublieux du reste du monde, juste satisfaits de cette petite pause juste entre eux deux.

-Mmh ! Goûte ça, Tetsuyacchi ! C’est super bon !

Amusé par l’attitude gamine du joueur, il se prêta au jeu, penchant son visage afin de prendre une bouchée de la friandise qui lui était tendue. Mais ce fut finalement une bouche à la saveur sucrée qui rencontra la sienne, bien que la saveur s’y retrouvait.

-Tricheur, susurra le plus petit.

-Je n’ai pas précisé quel serait le support, répondit-il sur le même ton.

Ils avaient à peine reculé la tête, yeux dans les yeux, leurs bouches se caressant presque à chaque mot. Autour d’eux, des gens passaient sans leur prêter attention. En pleine semaine et au milieu de l’après-midi, il n’y avait pas grand-monde pour les huer. Malgré ça, Tetsuya le repoussa gentiment, le visage empourpré, autant par la gêne que par l’excitation.

-Ryôta, pas ici, couina-t-il. On peut nous voir…

Il s’en voudrait à jamais si la carrière de mannequin du blond cessait à cause d’un simple baiser dans un endroit public. Particulièrement venant de son fait.

-Oh, cette attraction, juste là ! S’exclama le copieur. J’en ai entendu parler, on doit la faire ! Dis oui…

Il n’eut pas à faire longtemps sa bouille de chaton, Tetsuya hochant la tête pour donner son accord, il n’y avait plus qu’à le tirer jusqu’au manège en question, le faire s’asseoir et s’accrocher.

Oui, contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’était plutôt les montagnes russes, le train fantôme et le labyrinthe de miroir que les carrousels à chevaux et les tunnels love love que le couple faisait.

Les jambes flasques et le cœur battant à tout rompre, les deux basketteurs s’accrochaient l’un à l’autre pour ne pas s’écrouler, encore un peu secoués par tous ces virages et pointes de vitesse.

-Faudra recommencer, gloussa Ryôta.

La voix encore coupée d’avoir tant hurlé, Tetsuya se contenta de resserrer sa main sur la sienne pour traduire son acquiescement, content de sa journée. Trébuchant, il se rattrapa maladroitement à son bras, murmurant des excuses qui furent vite balayées d’un charmant sourire.

-Si c’est à moi que tu te rattrapes, y’a pas de souci Tetsuyacchi ! S’exclama-t-il en l’embrassant sur la joue.

-Ryôta, râla-t-il faiblement.

Les petites attentions du mannequin le charmaient, malgré lui, et il ne se lassait jamais de ses manières à son encontre. Certes, c’était parfois étouffant, il était bien assez grand pour tirer lui-même sa chaise ou tenir la porte, mais bon, difficile de s’en plaindre lorsqu’il croisait ce regard doré plein de tendresse qui le couvait presque, attentif au moindre froncement de sourcil, au moindre plissement des lèvres.

-Oh, ça te dit de partager une barbe à papa ? Proposa Ryôta en en apercevant un stand.

À peine le temps d’accepter que la sucrerie se trouvait déjà devant lui et que la bouche gourmande l’attaquait, lui lançant un clin d’œil.

-T’es sûr que tu veux la partager ? S’amusa Tetsuya. Tu as l’air bien parti pour la terminer à toi tout seul.

-Oui mais c’est pas drôle si je fais ça, bouda-t-il. Tu trouves pas que ça a meilleur goût quand on partage ?

Le passeur attrapa alors une pincée de la brume sucrée et la lui fourra dans la bouche, en une vaine tentative pour le faire taire. À la place, il engloutit les doigts, refusant de les lâcher, faisant glousser Kuroko qui tentait de les récupérer, arguant que c’était les siens.

Peine perdue, Ryôta avait envie de jouer et ne comptait pas arrêter de sitôt.

-Tu es pire qu’un enfant quand tu t’y mets, rouspéta-t-il faussement.

Vexé, il tenta de s’en défendre mais difficile d’argumenter intelligemment lorsqu’on a la bouche pleine. C’eut au moins le mérite de faire glousser de nouveau Tetsuya qui ne l’aida nullement, voulant voir comment il allait se débrouiller.

Oui, il était un peu sadique, pourquoi ?

Il finit par récupérer ses doigts, les essuyant sur une serviette en papier, tandis que son petit ami lui piquait un peu de milkshake pour avaler son morceau de barbe à papa. Pas qu’il allait s’étouffer, évidemment, mais il savait que ça allait agacer Tetsuya. Et que ça allait se traduire par une bouille adorable devant laquelle il n’aura plus qu’à gagatiser intérieurement.

Parce que Tetsuyacchi n’était pas toujours à l’aise lorsqu’il réagissait -même positivement- au moindre changement d’émotion visible. Ne pas gâtouiller devant sa bouille adorable, ni ses mimiques si mignonnes et encore sur son attitude renfrognée qui le rendait tellement craquant…

-Ryôta-kun est en train de me fixer. Ça me dérange.

-Oh, désolé Tetsuyacchi, j’étais perdu dans mes pensées, s’excusa-t-il maladroitement.

Pour se faire pardonner (et parce qu’il en avait envie, évidemment), il se pencha et l’embrassa sur la tempe après l’avoir dégagée de mèches intempestives. Là, c’était bien mieux ! Parce que, bon, embrasser des cheveux… C’était plutôt moyen.

-Oh, parce que tu sais penser ? Minauda Kuroko, faussement surpris.

Sur le coup, Kise se figea, interloqué, ne sachant ni quoi dire, ni quoi faire. Que…?

Mais, lorsque son petit ami lui tira la langue avant de faire volte-face, il comprit rapidement qu’on venait de se moquer de lui et que ça méritait une punition de ce nom ! Pourquoi pas des chatouilles ?

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