-Euh, Kise, c’est qui le type étrange, derrière toi ?
Tournant légèrement la tête dans la direction donnée, le mannequin sourit doucement.
-Oh, c’est Midorimacchi ! On était…
-Dans la même équipe, à Teiko, finit en chœur le reste de l’équipe.
Joueur, le blond leur balança son ballon de basket à la figure.
-Plus sérieusement, tu pouvais lui dire de dégager ? Au moins, avec l’entraînement du matin on peut éviter ton poulailler habituel, ce n’est pas pour qu’un binoclard un peu strange nous fixe comme s’il nous lisait ! On a des matchs à préparer, on n’a pas besoin d’un espion.
-Midorimacchi n’est pas un espion, râla-t-il en s’éloignant.
Il alla quand même le voir. Ce n’était pas vraiment dans ses habitudes de rendre visite à ses anciens coéquipiers.
-Hey Midorimacchi, tu ne devrais pas être genre… de l’autre côté de la ville pour assister à tes cours ?
-Bonjour Kise. Toujours aussi bavard, à ce que je vois.
-Et toi, toujours aussi plaisant ! Qu’est-ce que tu fais dans le coin ? Je te manquais ?
Il appuya sa phrase d’un clin d’œil séducteur. Généralement, ses groupies gloussaient, en réaction. Shintarô, lui, remonta ses lunettes. Pas drôle.
Comme tous les matins, j’ai écouté l’horoscope d’Oha Asa. Et tu es mon objet chanceux d’aujourd’hui.
-Oui, et alors ? Demanda le copieur.
Puis l’entièreté de la phrase le percuta. Et le fit exprimer sa contrariété.
-QUOI ?!
Il accusa un nouveau ballon dans sa nuque, ainsi qu’une remarque sur le fait qu’il soit bruyant.
-Bien, et donc, tu vas faire quoi ? Parce qu’il est hors de question que j’aille à Shûtoku pour tes beaux yeux ! Je rate suffisamment de cours avec mon job pour ne pas en rajouter !
Le regard éternellement neutre du shooting guard le refroidit. Puis il se reçut une nouvelle balle.
-Bordel, Kasamatsu ! Je parle !
-T’es sur un terrain de basket, alors tu joues au BASKET !
Laissant tomber, il fit volte-face et rejoignit son équipe. Il était temps qu’il s’entraîne. Sous le regard fixe de Midorima qui ne le lâcha pas du regard.
Kise était habitué à ce qu’on le regarde. C’était son métier, attirer l’attention. Avec ses cheveux blonds et ses yeux jaunes, ses longs cils et sa boucle d’oreille. Avec sa voix forte et son attitude de m’as-tu-vu. Il était fait pour être vu.
Mais là, sentir les yeux verts de Midorima sur lui, qui ne le lâchaient pas une seconde, c’était… c’était trop. Il avait fortement envie de hurler. Mais n’avait pas pour autant envie de recevoir une autre volée de ballons. C’est que ça faisait mal, à force !
-Kise, y’a ton pote creepy qui essaye d’entrer dans les vestiaires.
-Bordel, Midorimacchi ! Ton délire sur Oha Asa, ça va bien cinq minutes, mais maintenant j’ai une vie, alors tu vas rejoindre ton pote et m’oublier ?!
Le coup d’éclat du jeune homme surprit son équipe, pas vraiment habituée à une pareille réaction, mais ils haussèrent les épaules. Il devait être énervé et c’était compréhensible.
-Si je te quitte, il va m’arriver malheur, répliqua Midorima, mortellement sérieux.
Soupirant lourdement, Ryôta écarta les bras et haussa les épaules. Autant laisser tomber, il pouvait être borné quand il le voulait. A fortiori lorsqu’on se rapprochait des horoscopes. Et puis, il finira bien par partir, non ?
Non.
Shintarô le suivit toute la journée, ne décrochant pas le moindre mot à qui que ce soit, pas plus aux professeurs qui réclamaient la raison de sa présence qu’aux groupies qui prenaient la défense de leur mannequin préféré.
C’est vrai, quoi, ce binoclard était vraiment louche à le coller jusqu’aux toilettes (le cri de surprise de Kise fut entendu à travers tout l’établissement) et à ne rien dire. Ça faisait gros stalker aux pensées glauques et lubriques.
En tout cas, la plupart des élèves s’accordaient sur cette pensée.
-Sérieusement, Midorimacchi, tu ne peux pas rentrer chez toi ? Souffla piteusement Kise.
Celui-ci s’était affalé sur son bureau, face contre le meuble. Il ne supportait plus les regards compatissants et vaguement moqueurs que portaient sur lui ses camarades de classe.
Depuis le temps qu’on répétait que les membres de la Génération des Miracles étaient bizarres… Kise allait finir par le croire, lui aussi… Il allait aussi finir par s’enfermer dans le vestiaire et ne plus en sortir, mais ça c’était une autre histoire.
-Kise est mon objet chanceux du jour, répéta Shintarô, imperturbablement.
Ça, il allait finir par le savoir… À croire que le membre le plus intelligent ne connaissait que cette phrase !
Lui jetant un regard noir, Ryôta serra les dents en priant que la journée finisse bientôt. Demain, nouvel horoscope, nouvel objet chanceux !
Pris d’un doute, il se retourna vers sa nouvelle ombre.
-Rassure-moi, Midorimacchi… Ce n’est jamais arrivé, hein ? Il n’y a jamais deux fois dans l’année le même objet chanceux ?
-Ça peut arriver.
-Mais est-ce que c’est déjà arrivé ?
Rasséréné par le silence, il blottit sa tête dans ses bras.
-Oui. C’est déjà arrivé. C’est plutôt rare mais pas impossible.
Un nouveau cri à l’actif de notre mannequin. Mais d’horreur, cette fois.
-Kise, tu viens ? Tu vas être en retard à l’entraînement ! L’interpella Hayakawa.
-J’arrive, j’arrive… répondit-il d’une voix sans vie.
Son sac sur le dos, il se traîna lamentablement jusqu’au gymnase, toujours suivi par Midorima qui feuilletait un ouvrage. Mais n’allait-il donc jamais le lâcher ?
C’était stupide, au fond, car il connaissait la réponse. Et c’était non. Il aurait de la chance s’il rentrait seul chez lui.
Oh non… Quand même pas… Il ne ferait pas ça, quand même…
Bon bah, en fait, si. C’est tout à fait son genre. Ne pas lâcher son « objet chanceux du jour » d’une semelle, et aller jusqu’à dormir avec. Oh non, bordel. Il n’allait quand même pas devoir dormir avec lui ?
Mais quelle journée de merde…
Soupirant, il enfila sa tenue de sport et rejoignit le reste de l’équipe qui faisait ses tours de terrain. Avec un peu de chance, l’activité permettra de lui vider la tête. Ou, en tout cas, de ne pas penser plus que d’habitude.
-Bon, cette séance d’entraînement s’est plutôt bien passée… à quelques détails près, grommela Kasamatsu en jetant un coup d’œil en direction du détail aux cheveux verts. On est à trois semaines de notre prochain match officiel, donc interdiction de flancher, c’est compris ?
-Oui capitaine ! Répondirent-ils en chœur.
-Vous pouvez disposer, mais n’oubliez pas les entraînements !
-Oui capitaine !
L’équipe se dispersa en bavardant, bien contente de rentrer enfin. La journée avait été longue. Surtout pour une certaine personne…
-RAAH ! Mais rentre chez toi !
-Non.
