La vie devant soi

La vie devant soi – Gourmandise 5/15

Complètement dans le cirage et se guidant au radar, Daiki sortit de la chambre.

Il prit la direction de la cuisine, espérant y trouver de quoi le réveiller suffisamment pour pouvoir se doucher sans se noyer. Une fois, il s’était lavé avec une bouteille de shampooing. Littéralement.

Fouillant les placards à l’aveuglette, il grommelait contre le soleil qui lui arrachait la rétine. On n’a pas idée d’être aussi brillant à… à… Il est quelle heure, déjà ?

Ah, dix heures cinquante-deux.

Il lança la cafetière puis se laissa tomber sur une chaise, la tête dans les bras. Pourquoi s’était-il levé ?

Son estomac grogna, lui donnant une réponse claire.

-Mine-chin devrait manger. Le petit déjeuner est important.

Un grommellement de fin du monde s’échappa de sous ses bras et il ne bougea qu’une fois le café prêt. Au vu de la nuit passée, il était hors de question de commencer la journée (à onze heures passées, pas grave) sans une bonne dose de caféine dans l’organisme.

Il finissait sa deuxième tasse lorsqu’un assortiment de pâtisseries fut poussé vers lui. Il se servit, tentant de cacher le petit sourire qui prenait place sur ses lèvres. Ce genre de petites attentions le gênait autant qu’il en raffolait. Un combat perpétuel entre sa fierté et son besoin d’affection. C’était éreintant.

Le seul qui pouvait le faire chier, c’était lui-même.

-C’est toi qui les as faites ? Marmonna-t-il.

-Mine-chin a le sommeil lourd et il dort trop longtemps, bouda Atsushi. Fallait bien que je m’occupe.

La moue qu’il esquissa était adorable.

-Tu dois y être habitué depuis le temps.

Ça faisait quand même presque deux années qu’ils avaient emménagé. Et cinq ans qu’ils étaient ensemble. Depuis tout ce temps, ils avaient pris leurs habitudes l’un envers l’autre. Et les grasses matinées de Daiki les jours de congé faisaient partie de ces habitudes.

-Mais je m’ennuie quand même.

-Que je sache, je n’ai fait aucun commentaire sur ta manie de manger au lit. Et pourtant, ça gratte. Quand je ne trouve pas directement l’emballage.

-Mais quand je t’ai demandé si ça te gênait tu m’as dit que non !

Grognon, il mâcha énergiquement une pâtisserie. S’imaginant un instant subir le même sort, Daiki le fixa quelques secondes, les yeux agrandis et une sueur froide coulant entre ses omoplates.

-De toute façon, que je refuse ou non, tu grignoterais quand même, marmonna-t-il, le nez dans la tasse.

Atsushi gonfla encore plus ses joues et continua d’écraser les gâteaux sous les meuleuses qui lui servaient de dents. Le bruit que cette action prodiguait était réellement effrayant.

Daiki tendit la main, agrippant un survivant du plateau et rétracta son bras à la vitesse de la lumière, effrayé que son géant de petit ami ne le confonde avec la nourriture. En plus, il était sûr qu’il n’était pas comestible.

Avait-il seulement ses vaccins à jour ? Il faudrait qu’il vérifie, tiens…

Sur cette pensée un peu étrange, il quitta précipitamment la cuisine pour la salle de bain. La journée était suffisamment entamée pour qu’il continue de paresser en bas de pyjama.

Connaissant son « petit » ami, une fois qu’il aura englouti la dernière miette des pâtisseries, il viendra sûrement se plaindre qu’il s’ennuyait. À lui, après, de se creuser la binette pour trouver l’activité qui leur plaira à tous deux. Dans ces moments-là, il avait l’impression de rejouer aux dating game de son adolescence. La moue boudeuse de Atsushi avait tendance à lui rappeler cette phrase désagréable : « Oh non ! Tu as raté ton rendez-vous ! » avec la même voix pleurnicharde qu’à l’époque.

Repenser à ça le fit ricaner. Non, mais, franchement, c’était quoi, ça ?

Suivi par un nuage de vapeur, Daiki sortit de la salle d’eau, s’essuyant les cheveux.

-Tu veux faire quoi, aujourd’hui ? Lui lança-t-il à travers le couloir.

Une réponse juste incompréhensible lui parvint.

Bon, il avait pas encore fini.

-Avale, tu te fais du mal pour rien, râla-t-il.

Des grommellements toujours aussi inaudibles s’élevaient, il devait sans doute se plaindre de lui à voix haute. Et mettre des miettes partout en même temps.

-Je te préviens, c’est toi qui nettoies !

Marre de passer l’éponge sur des miettes et des postillons.

Retournant dans la salle de bain, il grommela contre la vapeur toujours présente. Hey ! Il voudrait se raser sans repeindre le lavabo, merci ! Grr…

Il se retrouva à se tortiller pour passer outre, concentré sur son reflet brouillé. Allez, on y croit…

-ATSUSHI ! Glapit-il.

Le grand gourmand s’était laissé tomber sur lui, passant ses bras autour de lui et calant son menton sur son épaule. La surprise avait juste manqué à Daiki de se balafrer de manière presque comique. Mais pas de façon permanente, heureusement.

Le regard violet le fixait à travers le miroir, d’un air blasé mais qu’il arrivait pourtant à rendre mignon.

-J’ai l’impression de vivre avec un chat, rouspéta-t-il.

Il lui tira la langue pour seule réponse. Il était pas un matou !

-Tu me lâches, oui ? J’aimerais finir de me raser.

-Mais… Mine-chin est méchant avec moi…

Mine-chin ne voudrait pas finir en tartare. Merci.

Soupirant, il abandonna et reposa son rasoir. Vu comme c’était parti, il était bon pour rester toute la journée avec juste une demi-joue rasée. Ah bah, il était beau, là !

-Voilà, je suis tout à toi, content ?

Passant ses mains sur les joues de son petit ami, Atsushi fit la moue.

-Mine-chin est bizarre.

-Mine-chin n’a pas pu terminer de se raser parce qu’un gros minet violet a décidé de l’en empêcher. On se demande bien pourquoi…

La moue se fit encore plus adorable. Il… fallait… résister…

Atsushi l’embrassa, le précédant dans ses actes, ce qui n’était pas forcément pour lui déplaire.

Bon, il avait résisté que dalle. Mais y’avait triche, là. Y’avait corruption par beau mec trop bien foutu. Ça méritait un procès.

En tout cas, parti comme ils étaient, ça aller déraper. Enfin, aucun des deux n’allait râler à ce sujet, non plus, parti comme ils l’étaient. Bien que le lavabo qui lui sciait les reins, c’était pas glamour. Du tout.

-Et si on continuait tout ça ailleurs ? Un endroit plus confortable ?

Avant qu’on ait à appeler le plombier ou l’hôpital

Lorsqu’il se sépara de lui, il pensa avoir été écouté et le suivit, son habituel sourire pervers bien en place ? Sourire qui disparut lorsqu’il se rendit compte qu’au lieu de la chambre -voire le canapé du salon- Atsushi avait opté pour la cuisine. Et les placards.

Mais… et leur partie de jambes en l’air ? Comment pouvait-il préférer grignoter à ça ?

Croisant le regard habituellement blasé, il fut agréablement surpris d’y lire de la frustration. Ah, quand même ! Il l’attrapa par le bras avant qu’il ne s’attaque à leurs provisions.

-J’ai dit « ailleurs », pas « plus tard », idiot, soupira-t-il en souriant.

Il n’en fallut pas plus pour qu’il se prenne le mur de plein fouet avec un ancien basketteur assez pressant contre ses jambes.

-Mine-chin est quand même bizarre.

-Ta gueule.

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