Aomine surveillait la rue avec attention.
Il sourit aux enfants qui s’agglutinaient autour de lui, attirés par son uniforme impeccable. Merci Momoi !
Dingue l’effet que des bouts de tissu pouvaient occasionner sur les gens, que ce soit ces primaires ou ces adolescentes qui le dépassaient en gloussant. Hé hé hé.
Certes, ses années de lycée étaient loin derrière lui, le terme de « Génération des Miracles » ne parlait qu’aux experts en basket, mais ça ne l’empêchait pas pour autant de jouer les séducteurs. Bien au contraire.
Bombant le torse et relevant la tête, il se plaça sur la route afin d’empêcher les voitures d’écraser les piétons devant traverser. Bon, il n’y avait que des vieux et des gamins, mais ce n’était pas une raison.
-Quel joli planton que tu nous fais là, Daiki !
Il détourna à peine la tête, sachant très bien de qui cela provenait.
-Ah oui, un officier en service se doit de garder le poste, ricana-t-il. Mais mes ordres sont absolus.
-Akashi, fous-moi la paix, grinça-t-il en réponse. Je bosse.
Ne cherchant pas à attirer plus l’attention que ça, il détourna la tête, autant pour éviter ces yeux si rouges que pour reprendre contenance.
-Tiens, tu oses t’adresser à moi sur ce ton ? Ce n’est pas parce que tu as rejoint la force armée du Japon que tu peux te permettre une telle liberté envers ma personne.
Grondant tout bas, Aomine rejoignit le trottoir où il se posta avec une rigueur bien éloignée de son attitude négligée de ses années collège. C’était amusant comme contraste.
-Lâche-moi. T’es vraiment pire qu’une sangsue.
-La comparaison n’est guère flatteuse mais elle a au moins le mérite d’être juste. Quand j’ai trouvé quelque chose, je ne le lâche plus.
-Je ne suis pas « quelque chose », râla-t-il pour faire bonne figure.
L’ignorant, Daiki répondait aux salutations des passants. Pire idée du monde, si on tenait à la vie, mais il avait besoin de penser à autre chose. Et autre chose qui n’avait pas les cheveux ou les yeux rouge alizarine. Genre ce poteau.
Il était plutôt cool, ce poteau, si on y regardait à deux fois. Bon, il ressemblait à n’importe quel poteau existant au Japon. Il y avait quelques inscriptions gravées, de vieilles affiches finissaient de se décolorer, des fils électriques y pendaient…
Un poteau comme des centaines d’autres.
Ce qui le différenciait des autres, c’était… le jeune adulte qui s’y accoudait. Bordel, Akashi…
-Bien, maintenant que les deux neurones qui hantent ta cervelle se sont retrouvés, nous allons pouvoir parler…
-J’ai pas envie de parler, grogna-t-il. Pas avec toi.
-Toujours aussi grognon, on dirait… Sauf que je ne t’ai pas demandé ton avis.
-Ça, on s’en sera rendu compte.
-Tu as dit quelque chose ?
Des années en arrière, Aomine aurait sûrement répliqué, mais il avait changé. Alors il se contenta de plonger son regard dans le sien, tout en arborant son meilleur air blasé. Ça ne le protégera pas plus des sautes d’humeur de son ancien capitaine qu’auparavant, mais il ne pouvait s’empêcher de réagir.
-C’est bien ce que je pensais, ronronnait-il presque. La panthère a coupé ses griffes.
-Tu sais ce qu’elle te dit, la panthère ? Ne put-il s’empêcher de gronder.
Et merde.
-Eh bien, eh bien, il semblerait que le dressage ne soit pas complètement achevé… Quel travail de sagouin… susurra Akashi en le fixant.
-Tu peux parler… Ne m’approche pas.
Loin de lui obéir, Seijûrô avança encore, un petit sourire aux lèvres.
-Je t’ai dit de ne pas m’approcher.
-Et tu crois que je vais t’écouter ? Un Akashi n’écoute personne. Et encore moins un imbécile comme toi…
Serrant les poings, Aomine détourna la tête. Il ne pouvait pas provoquer d’esclandre comme il le souhaitait, il y avait trop de monde. Sans parler du fait qu’il était toujours au travail. Et le feu allait bientôt passer au rouge.
-Recule ou je t’embarque au poste. C’est compris ?
-Oh, vraiment ? Tu crois vraiment que cette petite menace me fait peur ?
Au vu de la fortune de sa famille, Daiki sentait bien qu’il n’aurait même pas le temps de le menotter qu’il recevrait aussitôt un appel lui donnant l’ordre de le libérer.
-Dégage, bordel. Tu me saoules. T’as rien de mieux à faire ?
Il se détourna sans attendre de réponse, reprenant sa place sur le passage piéton. Il fixait droit devant lui, cette fois, à peine attentif aux salutations qu’il recevait.
-Non, je n’ai « rien de mieux à faire », comme tu dis. Je suis tout à toi.
-Quelle chance j’ai, alors, ironisa-t-il.
-Mon temps est très précieux. Tu n’as pas idée de la chance que tu as.
-Je suis extatique.
-Tu connais ce genre de mot, toi ?
-Mais je t’emmerde, okay ?!
Le coup de gueule violent fit sursauter une petite vieille.
-Ah voilà le Daiki que je connais ! Alors, est-ce que tu mords ? Comme autrefois ?
L’air souverain, il se posta à ses côtés alors qu’ils quittaient le passage piéton.
-T’es désespéré à ce point pour revenir vers moi ? T’as pas ton répertoire rempli de mecs comme moi ?
-Si, bien sûr. C’est fou ce que l’argent peut permettre.
-Je suis bien content pour toi, maugréa-t-il en songeant à sa propre paye.
Daiki croisa les bras, détournant le regard. Au moins, avec leur différence de taille, il n’avait aucun mal à éviter la confrontation directe. C’était ça d’être un nain, hé hé hé.
-Ne te crois pas supérieur à cause de notre différence de taille, Daiki. Je t’ai déjà prouvé à plusieurs reprises que je peux aisément prendre le dessus sur toi. Tu comprends ? Te dominer…
Il avait soufflé le verbe à son oreille, s’amusant du frisson occasionné.
-C’est fini, Akashi. Tu peux comprendre ça, non ?
-Ce n’est jamais fini. Pas tant que je l’ai décidé. Et je ne l’ai pas décidé, déclara-t-il posément.
-Je ne suis pas ton chien-chien. Et je suis encore moins à tes ordres.
-Mes ordres sont absolus. Tu es à mes ordres.
Il ricana, se moquant bien des badauds et leurs airs effarés. Il n’était pas fou. Bien au contraire, même. Il reprenait sous sa garde une brebis perdue. Un mouton revêche à la toison malmenée.
-Je ne suis aux ordres de personne. Et encore moins aux tiens.
Sa voix se perdit dans les aiguës lorsqu’une main intruse se referma sur une de ses fesses, le prenant par surprise.
-Dégage tes mains de là, souffla Daiki, très raide.
-Tss, tss, voyons. Je t’ai déjà appris comment demander. Ne me dis pas qu’il va falloir tout reprendre depuis le début… Je ne suis pas sûr d’avoir la patience nécessaire.
Sa voix s’enroulait autour du policier, paraissant l’enserrer, l’enfermer… l’emprisonner.
-Tu es à moi, Daiki. Tu es mien.
La prise se resserra.
