-Aka-chin est méchant ! Se plaignit un jour Murasakibara.
Étonné, Himuro se tourna vers lui. Pour quelle raison disait-il ça ? Avait-il aperçu le rouge en question ?
Il scruta les alentours mais non, aucune trace de l’adolescent en question. Une hallucination liée à de la nourriture périmée ?
Il ne vit pas son ami ranger son portable dans sa poche, mais repéra la moue boudeuse, par contre.
-Que se passe-t-il ? Un souci ?
-Mon week-end s’est libéré, maugréa Atsushi.
Il continua à marmonner tout en broyant énergiquement les chips qu’il amenait à sa bouche. Prudemment, Himuro s’écarta de quelques pas. On ne savait jamais. Des fois qu’il finisse à la place de ladite chips.
-Tu vas pouvoir faire tes devoirs ! Tenta son ami.
Un regard blasé se tourna vers lui, lui provoquant un frisson incontrôlé.
Ne me mange pas, supplia-t-il intérieurement.
-Bof…
Soupirant avec discrétion, Himuro laissa tomber et le trajet se fit plus calme, presque ennuyeux. Mais c’était toujours mieux que de finir en repas pour pivot grognon.
Oui, parce que, pour la petite blague, une fois où toute l’équipe de Yosen avait décidé de passer la nuit ensemble après avoir un peu trop fêté une victoire, Tatsuya s’était une fois réveillé avec la sensation désagréable d’une main engourdie. Mais lorsqu’il ouvrit les yeux, il put découvrir un Atsushi en train de lui boulotter ladite main.
Selon leurs coéquipiers, il aurait crié comme une gamine de maternelle. Impossible, voyons.
Bref, Atsushi avait des pulsions cannibales, parfois. Lorsqu’il était à court de nourriture.
-Muro-chin veut bien venir me voir ? Tenta-t-il.
-Désolé, Atsushi, mais je suis pris tout le week-end. Une autre fois ? Proposa-t-il gentiment.
Mais il ne reçut aucune réponse, le géant poursuivait son chemin, l’air maussade.
Il rentra rapidement chez lui, un peu abattu. Il se coucha rapidement, jouant avec les bonbons en forme de figurine, l’appétit soudainement coupé.
Dans ses grandes mains, son portable restait désespérément muet, refusant de lui délivrer le message qui lui plairait tant.
-T’es qu’un méchant, bouda Atsushi.
Le téléphone apprit à voler, sur une courte distance, et rebondit sur un coussin.
Fixant le plafond, il soupira de nombreuses fois, remuant des orteils par intermittence.
-Vraiment trop méchant…
Normalement, ce week-end, Atsushi aurait dû rejoindre Akashi chez lui, pour deux petits jours tranquilles loin de la civilisation avec les placards pleins. Rien que tous les deux. Et une petite dizaine de serviteurs, mais on ne les compte pas, eux.
Un peu plus tôt, Seijûrô avait subitement annulé leurs retrouvailles sans donner de réels motifs ni d’explication. Bon, il s’était excusé, mais par SMS, c’était si… froid… si impersonnel…
Il ferma les yeux, plissant son visage en une moue enfantine, affreusement craquante.
-Vraiment trop nul…
Il ne remarqua pas la discrète vibration, alertant d’un nouveau message.
Ce week-end avait été planifié plusieurs semaines à l’avance, autant à cause de leurs emplois du temps personnels que les affaires de Seijûrô, et n’oublions pas les privations de confiserie afin d’économiser suffisamment pour payer les frais de transport.
Repenser à tous ces gâteaux et ces bonbons dont il avait dû se passer… Il étouffa un geignement dans son oreiller et resta ainsi, sur le ventre, avant de s’endormir sans s’en rendre compte.
Le téléphone, oublié, vibra de nouveau. Une fois. Deux fois… Cinq fois. Si c’était du même correspondant, ça devait être important. Capital, même. Mais Atsushi dormait, déçu.
Et les messages s’accumulaient, étouffés par le coussinage. Jusqu’à ce que tout cesse et que seule la respiration profonde du pivot s’élève.
Il se passa quelques heures jusqu’à ce qu’un bruit sourd ne secoue Atsushi qui ouvrit, mécontent de se réveiller. Bien que ce soit plutôt le style de Mine-chin, les longues siestes intempestives, il n’aimait pas être sorti de son sommeil pour rien. Surtout qu’à cause des économies citées, il était toujours au régime strict pour les sucreries et il allait donc devoir attendre le dîner pour se remplir le ventre. Autant se rendormir.
Ronchonnant, Atsushi se rendit soudainement compte de la diode clignotante de son portable. Des messages ? Bah, sûrement des spams ou Muro-chin qui tentait de lui remonter le moral…
Il se pencha, histoire de récupérer son téléphone, mais la porte de sa chambre s’ouvrit, le figeant sur place en une action inachevée.
-A… Aka-chin ? Que…
L’air passablement glacé (et royal), celui-ci ferma la porte derrière lui, continuant de le fixer de ce regard bicolore si effrayant. Particulièrement avec ces étincelles de colère et ce profond agacement visible.
-Que fais-tu là ? Je croyais que…
-Seize messages, dix tentatives d’appel, énuméra-t-il glacialement. Je viens de passer un quart d’heure à m’escrimer sur cette sonnette trop haute pour moi, jusqu’à ce que ta mère ne revienne des courses.
Sous ce regard colérique semblable à un cornet deux boules, framboise et mandarine, Atsushi se sentait rétrécir, son portable dans sa main comme si sa vie en dépendait. La DEL continuait de tenter d’attirer son attention, mais c’était peine perdue.
-Je croyais que tu n’étais pas disponible…
Se rasseyant sur son lit, Atsushi fixait le sol en soupirant, les épaules basses. Pourquoi il était venu ? Il devait être dans le coin et avait dû faire un détour de rien du tout, juste parce qu’il n’avait pas répondu à trois/quatre pauvres messages.
-Je ne le suis pas. Ce week-end. Si tu avais lu ou simplement répondu…
Détournant la tête, il soupira bruyamment. Qu’est-ce qu’il pouvait avoir la tête dure, lui alors…
-Bref, si tu l’avais fait, tu aurais su que, effectivement, c’était impossible pour ce week-end mais que nous pouvions passer ce qui nous reste de vendredi jusqu’à demain dix heures ensemble.
Les pommettes légèrement rosies, il avait fini sa phrase en détournant le regard, préférant fixer un ballon de basket égaré par là. Il ne vit pas Atsushi relever la tête et le fixer avec un petit sourire plein d’espoir. Il ne bougea pas non plus lorsqu’il se retrouva contre le grand torse, enlacé avec douceur.
-Aka-chin m’aime bien, alors ? Murmura le géant avec une voix d’enfant.
Sans lui répondre, le surnommé l’enlaça à son tour et ferma les yeux, souriant intérieurement à cette odeur sucrée, si caractéristique de son « petit » ami. Quoique, cette fois-ci, l’odeur n’était pas aussi puissante que d’habitude.
-Ta coach t’a mis au régime ? Voulut-il savoir.
La menace était sous-jacente, telle une lame de rasoir planquée dans une pâtisserie recouverte de chantilly et de fraises juteuses.
-Non, non, je devais juste économiser, marmonna-t-il.
Il y avait de drôles de couleurs devant ses yeux, de légères bulles, des vagues de chaleur, aussi…
Le grand corps se fit plus lourd à la surprise de Seijûrô qui se rendit alors compte du malaise qui l’avait pris.
Euh…
-Une crise d’hypoglycémie, sérieusement… soupira-t-il.
L’air penaud, Atsushi le regardait de sous la compresse froide sur son front. S’évanouir en plein câlin, ça manquait de romantisme, c’est sûr. Timidement, il tendit sa grande main en sa direction, essayant d’attraper la sienne qu’il finit enfin par avoir et qu’il serra tout doucement.
-Tu sais très bien qu’avec ta grande taille tu dois constamment avoir de quoi grignoter, tu as besoin de ta dose de sucre, voyons…
Leurs mains s’enlacèrent, se caressant du bout des doigts, leurs yeux ne se lâchant plus.
-Tu m’as manqué, souffla Atsushi.
