La vie devant soi

La vie devant soi – Choix 9/15

La tête renversée sur le côté, Atsushi patientait.

Enfin, il engloutissait des sachets de friandises sous le regard agacé des clients et celui un peu désespéré du personnel.

Mais il s’ennuyait, lui, il n’y était pour rien, zut à la fin ! Avait-on idée de le faire s’asseoir sur une chaise trop petite sans source de nourriture à proximité ?! Heureusement qu’il avait songé à se constituer des réserves, tiens, il aurait pu succomber à une hypoglycémie… Et au vu de sa taille, nul n’aurait pu le transporter.

Là, un peu plus loin, Shintarô penchait la tête, esquissant tout un tas de moues, l’air peu convaincu. Lors d’un entraînement, il avait reçu un ballon en pleine face, fêlant ses lunettes pour le coup. Pas le choix, il dut se résigner à en changer. Ce qui n’était pas rien, en soi.

Détrompez-vous, la question n’était pas sentimentale ou quoi que ce soit dans ce sens, non. Elle était toute autre. Le même problème se posant à des centaines de porteurs de lunettes.

Comment choisir la bonne paire puisque vous ne voyez rien sans ? Limite, autant les choisir complètement au hasard, les yeux fermés, en entrant dans un magasin au pif !

C’était la raison de la présence de Atsushi. Takao ? Il aurait été capable de lui faire choisir une paire bien ridicule et convaincre le lycée de jouer le jeu, juste pour le plaisir de se moquer !

En plus, c’était à cause de lui si les lunettes précédentes avaient été abîmées.

Rancunier, Shintarô ? Impossible, voyons.

-Que penses-tu de celles-ci, Murasakibara ?

Un regard ennuyé se porta sur la nouvelle paire qu’il avait glissée sur son nez. Une de plus.

Il hocha négativement de la tête. Une de moins.

À ses côtés, la conseillère paraissait à deux doigts de faire une crise de nerfs. C’était QUI ce fashionista de lunettes pour être aussi exigeant ? C’est vrai, quoi, d’ordinaire les gens fixaient leur choix en moins de dix paires et puis basta ! Mais pas lui. Surtout pas lui.

Grignotant un pocky, Atsushi observait pensivement le ballet occasionné par le personnel et les clients, indifférents et inconscients d’une telle fascination de sa part. Ça occupait.

Il ne cherchait pas à deviner la vie de ces gens. Il s’en moquait, même. Ils n’étaient… que des passes-temps dont son cerveau se gavait avec la même insatiabilité que les biscuits pour son estomac.

-Mido-chin, je m’ennuie… se plaignit-il subitement.

Dans sa main, son paquet vide se froissa, montrant son inutilité.

-Eh bien, aide-moi à trouver la paire de lunette qu’il me faudra et nous irons ailleurs…

Se retournant vers lui, il lui indiqua celle qu’il venait d’enfiler. Mais elle fut aussitôt refusée par le sens de l’esthétique hors pairs de Atsushi. Enfin, si on partait du principe qu’il en possédait un…

-Mido-chin réfléchit trop.

-Si je ne choisis pas les bonnes lunettes, ça pourrait influencer mon jeu. Et il doit être parfait.

Évidemment, on ne changeait pas un joueur de la Génération des Miracles, cette réponse était à prévoir. Alors Atsushi n’ajouta rien, se contentant de fouiller ses poches à la recherche de nouvelles confiseries.

Malgré le fait qu’il ait bien prévu le coup, il dut se résoudre à une horrible constatation : il était à court de sucreries. Ouch…

À ce moment-là, deux choix s’offraient à lui : il quittait la boutique afin de s’en racheter ou il patientait le temps que Mido-chin trouve les lunettes qui lui conviennent.

Mais aucune des deux solutions ne lui plaisait.

À cause de la première, il se faisait gourmander par son ancien partenaire pour l’avoir abandonné, à cause de la seconde, son estomac grognerait de manière audible. Un truc bien honteux.

Jetant des regards en coin, il observa Shintarô ignorer la vendeuse qui tentait vainement de vanter une marque qui ne l’intéressait nullement. Bon, il était peut-être occupé pendant un moment ?

Aussi discrètement que sa carrure le permettait, Atsushi tenta de quitter le magasin afin de suivre cette délicieuse odeur sucrée qui le tentait depuis quelques minutes, déjà. Sauf qu’il se fit bien vite repérer par le tireur. Oups.

Celui-ci se dirigea rapidement vers lui, son air perpétuellement neutre l’empêchant de deviner ses arrières-pensées. Allait-il se faire réprimander ou juste ignorer ?

-C’est bon, j’ai arrêté mon choix sur celles-ci, déclara Midorima en arrivant à sa hauteur.

Évidemment, elles étaient semblables aux précédentes. Hormis l’absence de verres fêlés, bien sûr.

-Fabuleux. On peut y aller, alors, Mido-chin ?

-Le temps de payer.

Les yeux violets parurent étinceler à cette bonne nouvelle. Vraiment ? Ils allaient pouvoir quitter les lieux ? Vite, il ne fallait pas rater une telle chance !

L’équipe du personnel fut plus que soulagée de les voir partir. Ils allaient en avoir des lunettes à ranger !

Loin de s’en soucier, nos deux compères avaient rejoint la rue, guidés par l’envie de sucrerie du plus grand qui se sentait pousser des ailes à l’idée de refaire son stock mobile.

-Comment peux-tu engloutir toutes tes économies dans de telles… futilités ?

-Des futilités ? Quelles futilités ?

La bouche débordant de sucettes et de bonbons, Atsushi articulait avec difficulté mais avec satisfaction.

Le porte-feuille bien vide mais les poches bien pleines, il déambulait parmi cette foule de nains qui le dévisageaient avec de grands yeux ronds. À ses côtés, Midorima vérifiait les bandages de sa main gauche.

Ils ne se regardaient pas, paraissant même s’ignorer, tels deux inconnus usant du même chemin.

-Je me demande quel poids pourrais-tu atteindre si tu ne faisais pas un peu de sport.

-Mido-chin me trouve gros ? S’inquiéta le joueur de Yosen.

-Je n’ai pas dit ça. C’est une simple réflexion.

Ne l’écoutant que d’une oreille, Atsushi s’était arrêté et se tâtait le ventre d’une main, une moue un peu boudeuse sur le visage.

-Je suis gros ? Demanda-t-il avec une voix enfantine.

Bon, il aurait dû mieux réfléchir à ce qu’il disait parce qu’il semblerait qu’il ait cassé le pivot. Pour preuve, il continuait de tripoter son ventre, comme s’il s’attendait à ce que son absence de bourrelet disparaisse encore plus.

-Oublie ça, soupira Shintarô. Regarde, là-bas, ce ne sont pas les friandises que tu cherchais ?

La technique fonctionna, permettant à Atsushi de penser à autre chose et de goûter aux prototypes de confiserie que proposait un stand non loin de là.

On dirait un enfant le soir de Noël, se fit-il la réflexion.

En effet, les yeux débordant d’étoiles, il passait d’une saveur à une autre, donnant son avis à la jeune fille qui peinait à récolter toutes les informations débitées par ce géant. Une mine d’or pour tout confiseur qui se respectait !

-Tu en veux un morceau ? Lui proposa-t-il en revenant auprès de lui.

-Non merci.

Il finit par accepter après avoir été poussé par son petit ami qui comptait bien lui faire découvrir les nouveaux goûts proposés. D’une manière ou d’une autre.

-Il est hors de question que je t’embrasse en même temps que tu manges. C’est compris ?

-Mido-chin n’est pas drôle…

-Je vais finir par le savoir, dis donc…

-Mido-chin est vexé ?

Il replaça ses lunettes d’une geste de la main et détourna le regard. Puis glissa sa main bandée dans celle poisseuse de l’accro au sucre.

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