Akashi plissa le nez alors qu’il compulsait un dossier de taille importante. Nul besoin d’être médium pour deviner que sa lecture ne lui plaisait nullement. Sa main libre tenait un stylo -pour raturer ou signer ?- et était parcourue d’un tic nerveux.
Il tira un peu sur sa cravate, la trouvant trop serrée et le gênant pour respirer. Avait-on idée de créer des costumes aussi près du corps ! C’était sans doute un complot destiné à asphyxier les propriétaires.
-Si Akashi-kun continue de tirer sur son col, il va finir par abîmer sa chemise neuve.
-Tetsuya ? S’étonna-t-il en se redressant. Tu es là depuis longtemps ?
-Suffisamment pour craindre pour tes cheveux.
Il posa les sacs qu’il tenait sur une table à proximité.
-Je ne me les arracherais pas, voyons.
Il ne lui répondit pas, se contentant de hausser les sourcils. Être un Akashi ne le mettait pas au-dessus des humains, après tout.
-Tu as bientôt fini ton dossier, sinon ?
-La réponse risque d’être philosophique. Pour quelle raison en as-tu besoin ?
-Pour le dîner. Je te rappelle que c’est bientôt l’heure.
Par réflexe, il jeta un œil en direction de l’horloge murale. Ah, tiens, déjà si tard ?
-Eh bien, disons que je suis tout à fait prêt à abandonner cette affaire pour quoi que ce soit de plus intéressant. Comme le dîner.
-Tu trouves le dîner intéressant ? Releva Tetsuya avec étonnement.
-Pas vraiment, ça reste un repas. Par contre, la personne qui le prépare…
Un sourire quelque peu joueur étira ses lèvres. Avant qu’il ne reçoive un coup d’atlas sur le coin de la tête.
-Cesse de raconter des bêtises. Et range tes affaires si tu as fini.
Obtempérant sagement, Seijûrô marqua sa page et s’empressa d’ordonner son bureau. Ne jamais aller à contre-courant avec Kuroko si on voulait profiter de ses talents en cuisine.
D’ailleurs, en parlant de ça, il put sentir la bonne odeur qui s’en échappait. Mmh… Il semblerait que le dîner de ce soir lui plaise encore plus que d’habitude !
-Akashi, pourrais-tu mettre la table ?
De n’importe qui d’autre, il aurait refusé, prétendant qu’il était au-dessus de tout ça, qu’un Akashi ne s’abaissait pas à ça. Mais pas avec Tetsuya.
Il était le seul à pouvoir lui donner des ordres. Il ne leur obéissait pas toujours, non plus, fallait pas exagérer.
Dans la cuisine, les casseroles s’entrechoquaient au rythme des gestes de son compagnon. Lorsqu’il y entra, il aperçut les couverts déjà sortis, attendant qu’on les installe. Ils n’étaient que deux deux, donc ça irait plutôt vite. Normalement.
-Euh, Tetsuya, pourquoi est-ce que j’ai six couverts au lieu de deux ?
Au lieu de lui répondre, il se retourna, plongeant son regard vide dans le sien. Il secoua la tête sans rien dire puis se détourna, reprenant où il en était.
-Puisque tu sembles l’avoir oublié, je te rappelle que ce soir Kise, Midorima, Murasakibara et Aomine viennent manger. Raison pour laquelle ton bureau a intérêt à être propre.
-Pardon ? Depuis quand sont-ils invités ?
-Akashi… soupira-t-il. Je crois que tu travailles trop. En tout cas, si t’arrives pas à te souvenir que tu as toi-même invité toute l’ancienne équipe, c’est qu’il faut vraiment que tu lèves le pied…
-Je ne travaille pas tant que ça, maugréa-t-il en mettant la table.
-Oh si. Quand tu es au point d’oublier une soirée pareille, c’est que tu travailles vraiment trop.
Les verres frappèrent la table avec un peu trop de bruit, prouvant que les propos n’étaient pas au goût du jeune chef d’entreprise. Mais il allait devoir faire avec. Parce que Tetsuya ne comptait pas s’excuser et encore moins changer de discours.
-Et pour quelle raison les a-t-on invités ? Voulut-il savoir.
Le regard vide revint sur lui quelques secondes.
-Parce que ça fait deux ans que nous ne nous sommes pas revus et cinq ans depuis la Winter Cup.
-Certes. Mais pour certains, j’aurais bien laissé passer plus de temps, maugréa Seijûrô.
Cette réaction fit légèrement sourire son compagnon. Il pouvait être enfantin dans ses attitudes.
-Bref, on parle, on parle et tu me mets en retard. Tu nous mets en retard.
-Peut-être parce que j’ai envie que cette soirée n’arrive pas. J’ai pas envie de les voir.
-Tu es un ours, Akashi-kun.
Celui-ci couina lorsque la spatule s’abaissa vivement sur sa main.
-Je te défends de taper dans les plats. J’aurais bien assez à faire avec l’appétit de Murasakibara-kun !
-Mais euh… Tetsuya, s’il te plaît…
-Je serai intraitable. Intransigeant !
La tête basse, les bras croisés, il traîna des pieds jusqu’au salon où il s’abandonna dans le canapé.
-Et tu as intérêt à être poli, compris ?
-Oui, oui…
Maintenant seul dans la cuisine, le jeune homme leva les yeux au plafond avant de reprendre où il en était dans la préparation du repas. Le faire soi-même était plutôt risqué -et coûteux- mais il savait aussi qu’aucun d’entre eux ne savait se tenir correctement lorsqu’ils étaient tous ensemble. Une bande de gamins en vadrouille.
-Lorsqu’ils arriveront, tu as intérêt à les accueillir ! Bon, je ne te demande pas de sourire, tu risques de faire peur à Aomine-kun.
Cette idée fit naître un sourire joueur sur le visage de Seijûrô.
-N’Y PENSE MÊME PAS !
La voix claqua comme un fouet, le faisant sursauter. Il était facile d’oublier que Tetsuya avait de la voix. Lorsqu’il le voulait bien.
-Je sais à quoi tu penses, Akashi-kun, et il est hors de question que tu t’amuses à terrifier Aomine-kun ou le reste de l’équipe, juste pour que ce dîner n’ait pas lieu.
-Allez, Tetsuya… J’ai pas envie de faire ce dîner. Vraiment pas…
-Alors, ça tombe bien que ce soit moi qui cuisine.
-Très drôle. Tu t’améliores.
-J’ai un bon professeur.
Profitant qu’il soit toujours dans la cuisine -et hors de vue- Seijûrô roula des yeux. Finalement, délurer son petit Tetsuya n’était peut-être pas la meilleure idée qui soit. Il était trop mesquin. Et sadique. Oui, voilà, il était sadique.
Le bruit régulier du couteau le fit déglutir. Le son était plus audible que d’ordinaire. Soit Tetsuya coupait des pommes de terre dans le salon, soit Tetsuya passait ses nerfs sur lesdits légumes. Et il n’avait aucune raison de cuisiner dans le salon. Ha ha ha.
Quelle soirée à venir fabuleuse.
-Akashi-kun, ça a frappé, tu vas ouvrir.
-Pas envie.
-Akashi-kun, ça a frappé. Va ouvrir.
Il ouvrit de nouveau la bouche, prêt à refuser, encore une fois.
Mais contrairement à tout à l’heure, il se reçut une balle en mousse sur la tête, suivie de Numéro Deux qui récupéra son jouet puis repartit dans la cuisine auprès de son maître.
En tout cas, ça suffit pour décider Seijûrô à se lever et rejoindre la porte d’entrée.
-Akashicchi ! Ça faisait longtemps !
-Ha ha, Ryôta, quel bonheur de te revoir, grinça-t-il en réponse.
