« Faîtes semblant de mourir de faim, jusqu’à ce que votre humain vous nourrisse. Puis, faîtes comme si vous ne mangeriez jamais ça, même c’était votre dernier repas. »
-J’ai faiiiim, se plaignait Héraklès.
Il fixait son tuteur de ses grands yeux verts larmoyants. Tuteur qui grogna en réponse.
Ne vous trompez pas, Sadiq n’a pas pour habitude de laisser mourir d’inanition son entourage. Il n’était pas un monstre (enfin, pas toujours). Non, c’est juste qu’ils sortaient de table.
-J’ai faiiiim ! Reprit le plus jeune en tirant sur son vêtement.
Il ne reçut aucune réponse, de nouveau. C’était le signe qu’il attendait. Il allait pouvoir passer au niveau supérieur. Le challenge n’était pas drôle, sinon.
Il agrippa de nouveau le caftan de l’Ottoman, l’escaladant avec la force de l’habitude, jusqu’à se jucher sur ses épaules. Il poussa le turban au sol parce que celui-ci le gênait, na.
-J’ai faiiiiim, hurla-t-il aux oreilles du plus vieux qui glapit à la fois sous la surprise et la douleur.
Héraklès en fit même une litanie, répétant en boucle ces trois mots. Jusqu’à ce que mort s’en suive. Pardon, jusqu’à ce que ses suppliques soient exaucées.
-RAH ! Explosa l’empire. Mais fous-moi la paix ! Va harceler une vieille qu’elle te gave de loukoums jusqu’à ce que tu te changes en hippopotame !
Il obtint ainsi une paix -relative- d’environ trente secondes. Puis il se reçut des coups de pieds et de poings.
Il ne savait pas vraiment si c’était cet acte qui l’y avait décidé ou parce qu’il connaissait suffisamment le phénomène, toujours est-il qu’il était en train de rejoindre les cuisines à grands pas, fulminant dans sa cagoule noire. Et qu’il avait pour projet de l’enfermer dans le garde-manger, autant pour ne plus le supporter jusqu’à ce qu’il pense à venir le sortir de là, que pour mettre fin aux récriminations.
-VOILÀ ! Maintenant, tu te goinfres et tu m’oublies ! Ordonna-t-il, excédé.
Après avoir posé le gamin turbulent sur une chaise, il avait recouvert la table de tout ce qu’il avait pu trouver. Et il y avait du stock, il fallait le préciser.
Héraklès contempla cet amoncellement de nourriture, caractéristique d’un rang aisé. Il avait vraiment le choix et le meilleur moyen pour se changer en une petite boule de graisse. Alors, il s’empara d’une cuillère à porté de main…
Et l’envoya à la figure de Sadiq.
-J’ai plus faim.
