« Par tous les moyens, converser avec les humains, dans ton propre langage et dans tes propres termes. »
-SADIQ ! Hellas recommence !
-Foutez-moi la paix, les mioches. Je m’en fous.
Aussi sec, il reprit sa lecture, ne prêtant pas la moindre attention aux autres gamins qui continuaient de pépier autour de lui. Ce qu’ils pouvaient être chiants, alors.
Qu’ils se démerdent.
Neoklos écoutait patiemment son grand-frère discourir sur des sujets qui restaient bien obscurs pour un enfant de son âge. Malgré son statut de nation, il restait un petit garçon. Et pour cette même raison, il était très content des petits moments passés avec son aîné, tant pis si celui-ci racontait des choses qu’il ne comprenait pas. Ce n’était pas grave.
Depuis ce matin, ils étaient inséparables, et ça ravissait son petit cœur.
-Bon, vous deux, vous venez manger ? Ça fait des heures qu’on vous appelle, râla Vlad.
–Nous mangeons beaucoup trop, un petit jeûne ferait plus que du bien à nos corps.
Le regard méprisant qu’il reçut ne le fit même pas sourciller.
–Mais la nourriture est bonne, ici ! On devrait en profiter, non ?
–Il ne faut jamais trop prendre, après il est difficile de faire face à l’amertume de la vie.
–Mais les pâtisseries seront gâtées si nous ne les consommons pas, ce serait du gâchis ! Et il ne faut jamais gâcher les aliments.
Héraklès pencha la tête sur le côté, un air de profonde réflexion sur le visage.
–Je te concède ce point. Allons déjeuner, alors.
Ils rejoignirent alors les autres nations attablées qui avaient déjà commencé depuis un moment, n’ayant plus la patience de les attendre. Si ils voulaient manger, ils n’avaient qu’à venir à l’heure !
-Eh bien, il n’est jamais trop tard, soupira leur aîné.
–Le temps n’est qu’une chimère à laquelle s’accroche les gens pour donner un sens à leurs gestes et à leur vie. Vous feriez mieux de ne pas compter dessus pour régenter votre existence.
Neo le regarda avec de grands yeux, saisissant tout juste la portée de ces paroles. Les autres l’ignorèrent, continuant de manger.
–Le temps est bien pratique pour faire quelque chose de ses journées. Tout le monde n’a pas la fabuleuse chance d’être une larve entretenue.
Surpris -et offensé- Hellas releva la tête vivement et croisa le regard moqueur de son tuteur qui jouait avec sa cuillère en une attitude détendue.
–Tiens tiens, le vieil homme ne serait pas aussi inculte qu’il semble l’être ?
–Le vieil homme a connu ta mère, morveux.
Ils ne détournèrent pas le regard un seul instant, tout à leur défi visuel.
–Maintenant, mange, et arrête de faire ton gamin gâté, compris ?
Vexé, Héraklès quitta la pièce en feulant.
