Calendrier

Calendrier – Rentrée scolaire 9/12

Depuis les aurores, et même la veille, Arthur courait partout, les cheveux plus en pétard que jamais -et il partait de très loin- et la cravate de travers.

Il avait passé le mois d’août à retourner la maison et avait poussé la factrice aux larmes en la traitant d’incapable.

Le tout sous le regard de son fils, Peter, qui n’en finissait plus de soupirer, blasé de ce spectacle qui se répétait tous les ans.

Il jeta à peine un œil au calendrier, sachant qu’il trouverait la date du jour barré d’une grande croix, sans oublier l’espèce de décompte commencé un mois auparavant.

-Dépêche-toi Peter, on va être en retard !

Contrairement à ce qui lui avait été ordonné, le jeune homme prit son temps pour siroter son chocolat et terminer ses tartines. Il savait encore lire l’heure et était déjà lavé et habillé, ils étaient donc large en temps.

Et puis, c’était si amusant de recevoir le regard noir de son père, pas du tout intimidant, surtout avec sa mise de travers.

-Je vais me laver les dents, lança-t-il en posant la vaisselle dans l’évier.

Ça l’occupera au moins quelques minutes.

Et, en effet, lorsqu’il revient coiffé et les dents lavées, la vaisselle s’égouttait sur le rebord de l’évier, son père se rongeant les ongles, effectuant les cent pas au milieu du salon.

-Je suis prêt.

-Il était temps ! Allez, on y va !

Peter eut à peine le temps de lever les yeux au ciel qu’il se faisait attraper par le col et traîner jusqu’à la voiture où son cartable attendait depuis la veille.

-Tu es sûr de ne pas vouloir un déjeuner ?

-Je me débrouillerai, t’inquiète.

Et puis, il ne voulait pas finir à l’infirmerie pour un lavage d’estomac, provoqué par les talents inexistants de son père en cuisine.

-Je vais te donner de l’argent, alors.

Arthur fouilla ses poches avant de jurer et de courir jusqu’à l’intérieur, récupérant son portefeuille avant de tendre un billet à son fils.

-Bon, je crois qu’on a tout, décréta-t-il. On va pouvoir y aller !

Docilement, Peter entra dans l’habitacle et attache sa ceinture, imité par l’adulte qui jura de nouveau en se rendant compte qu’il avait aussi oublié les clés. Retour à la maison.

Sans s’émotionner, le futur élève s’accouda à la fenêtre de la portière, patientant. Plus le stress de son père était élevé et plus il était tête en l’air. Ça aidait à relativiser.

-Portefeuille, clé, portable, j’ai tout, c’est bon cette fois !

La voiture démarra -à ce stade, Peter ne s’y attendait plus- et ils purent enfin partir.

-Je vais te poser en avance, j’irai me garer après. Ça ira ?

-Mais oui, papa, je pense pouvoir entrer dans le bâtiment sans déclencher l’alarme incendie !

Son cousin l’avait fait il y a deux ans, par contre. Alfred était consternant, franchement. Au moins, ça mettait de l’ambiance lors des fêtes de famille et autres réunions dans le genre.

Lorsque Arthur revint, il eut la désagréable surprise de retrouver son fils planté devant la grille en fer forgé, le visage tourné vers le ciel ou l’extrémité de l’obstacle. À voir.

-Tu n’étais pas obligé de m’attendre, déclara-t-il, touché.

-C’est fermé. Je n’ai pas pu ouvrir.

Au temps pour lui…

-Il doit être trop tôt, nul besoin de s’inquiéter.

Mais Peter ne fut pas dupe et se tourna vers lui, les sourcils froncés. Et, en effet, le sourcil de son père tiquait, montant et descendant très rapidement. C’était toujours aussi amusant à voir.

-Essayons à l’autre entrée ?

-On ne va quand même pas passer par les cuisines !

-Ce sera toujours mieux que rater ton premier jour de cours !

Heureusement pour leurs fiertés respectives, il n’y avait personne dans la rue pour les apercevoir dans un débat aussi stérile.

-Ou alors, je sonne l’accueil !

-Ouais, faisons ça, grommela Peter, les mains dans les poches.

Ils patientèrent alors que les grésillements de l’interphone s’élevaient, troublés uniquement par la voix un peu robotique de la dame de l’accueil qui s’enquérait de la raison de l’appel.

– […] Et je me demandais donc why is the bloody gate not open?

-Mais mon cher monsieur, la rentrée n’est que demain !

Laisser un commentaire