Calendrier

Calendrier – Obon 8/12

Kiku contempla ses valises, réfléchissant.

Il allait rejoindre Yao et tous ses frères et sœurs pour l’occasion de la fête des âmes. Des fantômes.

Peu importe.

À l’aéroport, il retrouva les jumeaux coréens et Im Yong Soo l’accapara, lui racontant sa vie depuis leur dernier meeting commun. C’était toujours mieux que la radio de la voiture dépêchée pour eux.

Il nota mentalement que le paysage de Shanghai n’avait pas trop changé depuis la dernière fois. Ça lui donnait l’étrange impression de rentrer au bercail, de faire comme son peuple. De retourner à la campagne, auprès des siens, pour rendre hommage aux défunts.

Sauf que Yao n’était pas son père, que les autres nations asiatiques n’étaient pas sa famille, même s’ils se surnommaient « fratrie » pour faciliter les choses.

Son soupir ne fut pas assez discret et il se retrouva avec le Coréen du Sud pratiquement sur les genoux qui l’assomma cette fois de question sur lui.

Encore une heure de route…


Si les parties communes avaient été modifiées, leurs chambres n’avaient été que dépoussiérées et dégageaient une étrange impression de sérénité. Ou ça venait du fait que Taïwan n’était pas encore là, à leur empoisonner l’esprit de ses inquiétudes. C’était fort possible.

Ils arrivaient selon leurs disponibilités, se saluant, plus ou moins contents d’être là, selon si leur présence avait été forcée ou non.

– L’an prochain, on pourrait aller chez Kiku ? Demanda timidement Malaisie.

Un débat démarra aussitôt, encore assez léger. La soirée était jeune, tous n’était pas encore arrivés, l’alcool était toujours dans les placards.

Mais aucune décision ne fut prise à ce sujet.

Ce n’était pas le bon moment.

Il y eut encore quelques autres débarquements, la porte claquant, des mots de salut et de bienvenue s’élevant dans des langues différentes, des froissements de vêtements, des claquements de chaussures…

La « famille » était finalement réunie. Les festivités pouvaient officiellement débuter ! Et les bouteilles d’alcool quittèrent placards et bagages. Enfin.

Ce n’était pas pour détendre l’atmosphère, il en faudrait des camions-citernes avant d’en ressentir les effets ! Mais ça faisait partie du rituel. Des habitudes humaines qui avaient déteint sur eux par la force du temps.

Yao eut un regard de fierté paternelle à les voir tous réunis dans le salon de sa demeure, se chamaillant ou évoquant des sujets légers.

Malgré leurs différents et le froid qui régnait entre certains membres, que ce soit dû à des histoires bassement géopolitiques et humaines ou suite à une énième dispute fraternelle, ils s’étaient rejoints, avaient fait le trajet jusqu’ici, interrompant parfois des projets importants juste pour échanger des piques autour d’une tasse de thé.

C’est un peu ce qui se rapprochait le plus d’une famille, non ?

Juste à côté de lui, Kiku déchiffrant pensivement l’étiquette d’une bouteille de Mehkong apporté par Thaïlande.

– Le grand pudu de cette année promet d’être encore meilleur que les précédents, lança-t-il en guise de préambule. Le temple a été rénové depuis la dernière fois.

Le dialogue avec Japon n’avait été simple à établir. Plus encore quand il était perdu dans ses pensées, triturant l’étiquette jaune…

Durant un bref instant, l’envie de piquer la pagaie de Vietnam et en administrer un vigoureux coup sur la tronche de son fils adoptif lui picota les doigts au point qu’il se jeta presque sur la théière brûlante pour servir le thé. Tout pour ne pas succomber à cette pulsion soudaine.

Son empressement fit se soulever quelques sourcils mais rien de plus. On ne pouvait pas être une nation millénaire et rester sain d’esprit, après tout. Et puis, bon, à son âge… On pouvait bien le lui pardonner, non ?

De son côté, Japon était parfaitement conscient des tentatives de son ancien tuteur mais c’était toujours aussi amusant de le voir perdre patience.

Il fut coupé dans ses réflexions par Malaisie, sautant sur ses genoux et embrayant sur quantité de questions auxquelles il fut bien en peine de répondre. Mais elle paraissait satisfaite malgré tout, alors il avait dû bien s’en tirer.

La soirée et celles qui suivirent furent du même ton, alliant ambiance confortable à querelles intestines. Aux surnoms tendres succédaient quelques promesses sanglantes. Et les aliments possédaient leurs assaisonnements personnalisés.

Mais le grand soir, celui où le grand pudu se déroulait, une trêve implicite fut établie, et la « famille » apparut au grand temple vêtue de ses plus beaux atours. C’était une exposition de soie, de nacre et de pierreries. C’était superbe, clinquant et sorti des placards deux semaines auparavant.

Lorsque, enfin, les dernières lanternes flottantes eurent disparu, cela marqua la fin.

– L’an prochain, on le fera chez Japon ? Lança joyeusement Malaisie.

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