Avec un soupir de satisfaction, Antonio s’allongea dans une tache de soleil, savourant la caresse des rayons sur sa peau déjà hâlée.
La digestion s’annonçait longue et lourde, mais ce n’était pas de sa faute si les plats avaient été si copieux !
Il se tapota le ventre avec un sourire béat, tirant sur sa chemise et desserrant sa ceinture de quelques crans.
– Je te dérange pas ? Râla-t-on.
– Ah, Romano, ta voix est si mélodieuse !
Belgique gloussa alors qu’elle pliait la nappe, amusée par le rougissement de fureur qui prenait de l’ampleur sur le visage du plus jeune.
– Doucement, tu vas tordre les couverts, l’apaisa-t-elle.
Plus loin, Pays-Bas sortait les bouteilles de la rivière, vérifiant leur état.
Ronchonnant, l’Italien passa à côté de son imbécile d’ancien tuteur, portant le panier, dans l’idée de le placer à l’arrière de leurs vélos. Mais une main autour de sa cheville l’arrêta. Bon, surtout parce qu’il ne voulait pas casser la vaisselle. Et qu’il adorait les verres aux motifs de tortues qu’Espagne possédait, mais il ne lui avouera jamais.
– Vire ta main de là si tu tiens à tes doigts, siffla-t-il entre ses dents.
L’iris vert était visible grâce aux paupières légèrement entrouvertes.
Peut-être que s’il allait un peu rapidement, il pouvait attraper le couteau à rôti et…
Mais Antonio connaissait bien cette nation qu’il avait accueillie sur ses terres, des décennies plus tôt, et, très vite, Romano se retrouva allongé à son tour, délesté de sa charge, les joues rougies par des sentiments contradictoires.
Près d’eux, Belgique finit de ranger les derniers reliefs du repas puis quitta leur compagnie, rejoignait son frère, camouflant avec peine son amusement.
– Regarde les nuages, conseilla Antonio sans se tourner vers lui.
Sa prise sur son épaule était ferme et assurée. Il ne comptait pas le relâcher et Romano avait conscience qu’il ne parviendrait pas à l’en libérer, alors il cessa tout mouvement, fixant le ciel, une moue boudeuse clairement visible.
Espagne le laissa tranquille un temps avant de recommencer à le taquiner, tentant de remettre un sourire sur ce visage.
– Le pique-nique était si bon que tu as estimé nécessaire d’en garder le surplus ?
Mais l’attention de Romano resta sur la voûte céleste imperturbable. Même lorsqu’il appuya sur ses joues qu’il avait gonflées d’air pour souligner son mouvement d’humeur.
Le meilleur moyen de faire tourner en bourrique Espagne, ça restait de l’ignorer, et de loin !
Et c’est ce qu’il fit, puisant dans des ressources inconnues pour ne pas gigoter sous les chatouilles, serrant les dents à la suite des bêtises énoncées à voix haute, et s’aiguisant les griffes sur les mains baladeuses.
Mais Antonio avait une carte maîtresse.
Il se hissa à califourchon sur sa tête de mule préférée et, souriant largement, il plongea son regard dans le sien, attirant son attention.
Et Romano s’en voulut, pour ça.
Car là, son champ de vision n’était composé que d’un seul sujet : les yeux de l’autre nation.
Antonio avait les yeux verts. Mais pas un simple vert, banal, trop clair ou trop foncé, non ! Ils étaient d’un vert qui vous rappelait les vertes contrées irlandaises. D’un vert paradisiaque et tendre. Lumineux.
Romano sentait ses barrières chuter, une à une.
Pourquoi s’entêter à jouer les statues de marbre alors qu’il pourrait simplement éclater de rire et se fondre dans l’étreinte proposée ? Pourquoi ne pouvait-il tout simplement pas se redresser et ravir ces lèvres moqueuses ?
Son tourmenteur ne cacha pas son sourire, clairement conscient de son débat intérieur. De toute façon, il était trop occupé à se fustiger mentalement pour se rendre compte du mouvement de ses lèvres.
Enfin, il en prit pleinement conscience à l’amorce du baiser.
Le sale petit…
Mais se séparer, quitter l’étreinte et se libérer de ses lèvres, ce serait de nouveau perdre, rater la victoire que l’on effleure du bout des doigts.
Ses doigts se crochetèrent aux cheveux mis à mal par ses idioties précédentes, tirant dessus suffisamment pour se venger mais pas assez pour qu’Antonio recule dans leur embrassade.
À lui, maintenant, d’imposer le rythme, de reprendre le dessus. De devenir le maître de cet enlacement.
La caresse glacée des mains froides de son tuteur se faufilant sous sa chemise avait la saveur d’un encouragement, mais il les chassa, appuyant sur les hanches de cet envahisseur, le repoussant par petits centimètres, tout en douceur et en surprise.
Quand, enfin, il parvint à la réussite de son entreprise, tout s’arrêta.
Le torse secoué par son souffle court, Romano surplombait son tourmenteur, la narguant dans toute sa fierté d’ange corrompu, le forçant à se rallonger.
– À mon tour ! Déclara-t-il d’un ton sombre empli de promesses.
Et, en effet, ce fut au tour de l’Espagnol de subir les mêmes assauts que son cadet avait dû supporter plus tôt, le forçant à supplier, pleurant sans fin, sous le regard dépité de Pays-Bas et faussement réprobateur de sa sœur.
