Calendrier

Calendrier – Juin 6/12

À leur âge, les températures n’avaient plus trop d’impact sur eux. Seules les extrêmes pouvaient les mettre dans l’embarras, mais il fallait les trouver.

Faisant la planche dans l’eau cristalline d’une crique reculée et accidentée, Héraklès savourait la tranquillité des lieux.

Bon, il y avait des avions dans le ciel, la vie animale et humaine si on tendait bien l’oreille pour la dernière. Mais, comparé au palais gouvernemental qui fourmillait d’activité, c’était un véritable royaume du silence.

Il ferma les yeux, diminuant l’agressivité du soleil sans s’y soustraire pour autant. À quoi bon ? C’était l’été, après tout…

– Ne me dis pas que tu vas t’endormir…

– La ferme, maugréa-t-il.

Il entrouvrit les yeux mais les referma bien vite, le soleil était toujours là. Et l’ombre n’était pas suffisante.

– C’est vraiment agréable de profiter de ta présence.

– Tu es venu de ton plein gré, assume et supporte, tu veux ?

Une giclée d’eau salée atteignit son visage, brisant sa planche pour le coup et le faisant se tenir droit, crachotant légèrement.

– C’est vraiment agréable de partager du temps avec toi, on te l’a déjà dit ? Finit-il par articuler.

– Des tas de fois, bien sûr ! Tout le monde m’adore !

– Le monde va vraiment mal, alors.

Immergés dans l’eau jusqu’à la moitié du torse, ils se turent.

– Plus sérieusement, pourquoi tu as accepté, Sadiq ?

– Je pourrais te renvoyer la question. Pourquoi m’as-tu invité ?

Ne sachant quoi répondre, Héraklès détourna le regard et plongea un peu plus dans l’eau, un peu boudeur.

Ce qu’il pouvait détester quand il avait le dernier mot ! Et encore plus quand c’était avec raison !

Il n’avait pas la moindre idée de ce qui l’avait poussé à lui proposer de le rejoindre lors d’une de ses escapades. Hormis son frère et quelques humains à la relation intime, il ne le faisait jamais, préférant rester seul lors de ces rares moments volés à son fardeau de vie.

Quittant finalement la surface de l’eau des yeux, il les reporta sur son vis-à-vis qui scrutait les falaises à pic, oublieux de l’échange précédent.

Le masque était resté sur la plage de galets, avec leurs vêtements et leurs sacs, permettant au soleil de glisser sur son profil avec la même liberté que le vent et ses cheveux dérangés par ce dernier.

– Une pulsion, marmonna-t-il.

Il ne releva pas, ses yeux verts toujours tournés sur les côtes. Peut-être la brise s’était emparée de ses mots avant qu’ils ne parviennent à ses oreilles ?

Soupirant, il se remit en position de planche, savourant de nouveau la caresse des rayons sur sa peau.

Du mouvement secoua la mer, indiquant la mise en branle de son voisin. Il ne jouait donc plus les statues de sel. Il était temps, il aurait pu se dissoudre, à force !

Un simple sourire illustra son amusement mais il ne bougea pas. Il ne le fit pas non plus lorsqu’un obstacle se plaça dans la lumière.

– Barre-toi de mon soleil ! s’exclama-t-il en esquissant une moue.

– Sympa ton nouveau tonneau, Diogène. Tu m’y invites aussi ?

– T’es lourd.

Il racla la surface de l’eau du bras pour la lui projeter. Chacun son tour, na.

Mais, loin de se démonter, Sadiq l’attrapa par les épaules, le forçant à se redresser, le plaquer contre lui et tirant sur les mèches bouclées gorgées d’eau, s’amusant de ses feulements de chat alors qu’il se débattait mollement.

– T’es vraiment lourd. Lâche-moi.

– Tu en as autant envie que moi. C’est-à-dire : pas du tout.

Ils cessèrent tout geste mais ne se séparèrent pas pour autant. En fait, il était bien, là, dans ses bras et contre son torse. Il y grappillait la chaleur que l’eau lui volait, petit cycle de grand confort.

– Sérieusement, Héraklès, pourquoi m’as-tu invité ? Souffla-t-il contre ses cheveux, les caressant du bout des doigts. Et sans mentir…

– Parce que j’en avais envie, j’imagine, avoua-t-il de mauvaise grâce.

Il fut récompensé d’un baiser… et d’une mèche tirée violemment.

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