Petit poussin

Petit poussin – 2/?

Arborant une tignasse d’un noir sombre, Ace rampait sur le bois inégal du pont supérieur, tentant d’attraper tout ce qui passait à sa porté.

C’est pour cette raison qu’on le retrouva avec un poisson mort dans les bras, le serrant comme un doudou, à moitié couvert d’écailles et de l’isolant pour bateau. Le tout, dans un cordage.

D’ailleurs, lorsque Shanks tenta de le sortir de là, il reçut un coup de poisson dans le nez, le parfumant à son tour.

Si Ace refusait de marcher autrement qu’à quatre pattes (voir, si il ne rampait pas), il avait développé de bons gestes de défense, comme lancer son hochet dans la tête des gens (plutôt moyen lorsque Newgate venait partager du saké), renverser sa bouillie sur le premier passant venu (Roger avait dû racheter des robes à Rouge), s’accrocher à une jambe à sa porté (la tête de Garp avait été hilarante).

En tout cas, Baggy s’était bien moqué de son collègue, se roulant presque par terre en se tenant les côtes. Dommage pour lui, Ace avait trouvé drôle de recommencer le coup du poisson en visant le nez rouge qui s’agitait à son niveau. Il avait été bruyant et énervant. Na.

-Ace ! Râla Rouge en arrivant à leur hauteur. Tu es sale, tu exagères !

L’arrivée de sa mère fut très visible sur le visage de l’enfant. En effet, celui-ci prit aussitôt un air innocent avec de grands yeux et porta son poing à sa bouche pour le suçoter, babillant de manière incompréhensible.

-Ne pense même pas réussir à me faire croire que tu n’as rien fait ! Le gronda-t-elle. Ton père n’y arrive pas, ce n’est pas toi qui réussiras à me faire flancher !

Elle l’attrapa par le col et se dirigea vers les cuisines. Entre nettoyer la frimousse gluante et la nourrir, c’était le meilleur endroit où se planquer.

À son passage, les pirates avaient un air à la fois soulagé et amusé. À dix mois, Ace était un cauchemar à quatre pattes, rendant la vie folle aux autres. Parce que, lorsque bébé était de sortie, personne ne bouge ! Le capitaine ne serait pas du tout content si son héritier passait par-dessus bord, n’est-ce pas ? Et ne parlons même pas de la démone qui lui sert de femme…

Mais à quoi ressemblera-t-il lorsqu’il aura quinze ans ? Rien que l’idée glaçait le sang de l’équipage.


Dans les environs de seize mois, Rouge avait pris l’habitude de glapir toute la sainte journée et de retourner le vaisseau entier. Habitué à la longue, l’équipage la regardait passer sans mot dire.

Généralement, elle avait des vêtements dans les mains et poursuivait un gamin nu comme un ver qui fuyait (au moins, son instinct de survie était fonctionnel. Étrange pour un D.) en hurlant.

Après, il avait tendance à oublier que se cacher, c’était peut-être bien, mais continuer de hurler, c’était stupide.

On pouvait assister à des scènes assez mignonnes, aussi, comme la fois où, alors que les deux mousses turbulents étaient de corvées de nettoyage de pont, il avait attrapé un linge et les avait imité. Puis Rayleigh s’est rendu compte que c’était une carte de navigation et ce fut bien moins adorable.

Rouge avait pris l’habitude de s’installer dans le siège de son mari dans la soirée, bébé Ace sur les genoux, et lui lire des contes de South Blue. Parfois, Shanks et Baggy s’asseyaient à ses pieds et écoutaient. Ce n’était que des enfants, après tout.

-Papa ! S’exclama Ace en tapant de son poing sur une page.

Si Roger fut intenable, sa femme, elle, hésitait à rire. Car elle, elle avait le livre. Elle savait ce que représentait l’image sur laquelle frappait leur fils. Et ça n’avait ni un rapport avec la piraterie ni avec son mari.

C’était juste un gros chat noir aux poils mi-longs et sans queue. Un Cymric.

Mieux valait le laisser dans l’ignorance.


Depuis que Ace savait parler, c’était infernal.

Un équipage pirate, ce n’est pas vraiment connu pour avoir un langage châtié. Au grand malheur de Rouge qui commençait à envisager de s’installer sur la première île venue pour y élever son fils avant que celui-ci ne connaisse que des injures comme seul moyen de communication.

Ça avait au moins le mérite d’amuser Roger. Jusqu’à ce qu’il se fasse talocher. Par Rayleigh.

C’est sûr que ce n’était pas très classe pour un Prince de jurer comme un charretier. Après, c’est un Prince pirate, donc ça irait.

-ROGER ! Si je t’entends encore une fois jurer devant Ace, je… je…

Pas très impressionné ni inquiet, le susnommé attendait la fin de ses menaces, un air un peu amusé sur le visage. Comme si sa douce épouse pouvait lui faire le moindre mal !

Le visage empourpré, la « douce » épouse eut un sourire peu rassurant. Oups ?

-Recommence et je vide tout les tonneaux d’alcool dans la calm belt. Et tu n’auras que ta main droite pour compagnie pendant une durée indéterminée…

Le pire, c’est qu’elle en était capable. Peste soit des D. Surtout les femmes.

Grognant et boudant, Roger fit le dos rond et s’excusa pour son langage de tantôt. Quel beau mari soumis que voici ! Mais loin d’en sourire, Rouge pinça les lèvres et se redressa. Comme si ça allait suffire !

-Il n’y aura pas d’avertissement la prochaine fois, ce sera à effet immédiat. J’espère que tu l’as bien compris.

Ramassant bébé Ace -qui bavait allègrement sur une carte de Alubarna- elle fit volte-face et alla s’accouder à la rambarde de la proue. Au moins, c’était clair, elle boudait.

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