Needles and roses

Needles and roses – 2/?

Le soleil brillait haut dans le ciel, telle une invitation à sortir prendre des couleurs… ou un prêt sur vingt ans de fleurs en tout genre.

Ou une cuite à en faire pâlir d’envie celle du Nouvel An.

En tout cas, c’était bien parti, à en juger le teint rouge et les gobelets en plastique du groupe d’amis très motivés.

– Qui n’a pas payé sa tournée ? Brailla l’un d’entre eux.

– NORIII ! Répondirent les plus éméchés.

– M… même pas vrai ! Balbutia le concerné. J’ai allongé pour trois !

Le nez dans le gazon, il tenait encore fermement son verre où un reste de boisson reflétait les rayons du soleil.

Affalé contre son dos, Bilbo riait aux éclats sans raison particulière, l’alcool produisant son effet.

Avec l’aide de ses cousins, ils avaient pu trouver un recoin pas trop fréquenté où s’enivrer sans se faire embarquer par les forces de l’ordre, ce qui avait bien plu aux soiffards qui formaient leurs troupes hétéroclites.

Ils en étaient donc là, un partie le nez dans l’herbe et l’autre affalée dans des tas aussi peu gracieux que humains, telle une campagne de sensibilisation à l’alcool.

L’humeur était au beau fixe et ils avaient entonné pas moins de dix chansons depuis le cinquième verre. Pas le genre qu’on répétait à Noël, entre deux cantiques, mais au moins s’étaient-ils amusés.

Cette réflexion amena un sourire à Bilbo qui se sentit alors empli d’une agréable chaleur, et pas juste grâce au soleil ou à l’alcool.

Enfin, pas uniquement.

– Il reste de la bière ?

Le sourire de Bilbo s’agrandit à cette voix mais il ne put se relever pour accueillir son cousin préféré et sa fiancé. Il se contenta alors d’un signe de la main, son ami grognant en réaction.

– Venez par ici ! Les invita-t-il.

Il leur tendit des verres de bière une fois installés à ses côtés.

– Franchement, cousin, tu penses que c’est sérieux de picoler à quatorze heures ?

Mais la remontrance est soulignée d’un sourire bon enfant donc il n’en prend pas ombrage et rit, même.

– Attends de boire, tu vas vite comprendre mon engouement !

Riant, le jeune couple goûta à la boisson et ne put qu’être d’accord, enchaînant les verres à leur tour avec le même rythme que les autres.

– Mais peut-être avez-vous quelque chose à me dire ? Marmonna-t-il finalement, entre deux bulles d’ivresse.

– Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

Drogon affichait déjà une légère rougeur, mais ce n’était rien comparé à celle de sa fiancée.

– Prim’ qui carbure soudainement à la bière sans alcool, elle qui a sans doute la meilleure descente de la famille ?

Cette fois, leurs rougeurs à tous deux prirent de l’ampleur.

– Bilbo, parfois, ça serait cool que tu laisses aux gens la possibilité de te surprendre, marmonna son cousin.

– Déjà donné, tu t’en souviens ?

Afin de ne pas laisser de mauvais souvenirs entacher ce bel après-midi, Drogon embraya sur le sujet que Primula et lui comptaient aborder… plus tard.

– Bref ! Puisque monsieur n’aime pas les surprises, ouvre bien tes esgourdes, on le répétera pas !

Très fier, il entoura les épaules de la jeune fille et lui sourit fièrement.

– Je suis enceinte ! Déclara-t-elle, coupant toute tentative de suspense.

– Prim’ ! Se plaignit-il faussement. C’était à moi de le faire !

Elle s’excusa d’un baiser.

– Même pas mariés que vous fondez déjà une famille ? Les taquina-t-il.

Ils passèrent le reste de l’heure à échanger plaisanteries et projets d’avenir.

Mais il fallut bien se séparer, surtout que Dwalin était au bord de l’inconscience et vu la carrure du bestiau, il valait mieux profiter qu’il puisse encore mettre un pied devant l’autre tout seul. Surtout qu’il pesait son poids, l’animal !

Chancelant, il les ramena à l’appartement qu’ils partageaient, répondant aux salutations de ses cousins sur son passage.

– Attends, je vais t’aider.

– C’est pas de refus, marmonna-t-il alors que le poids s’allégeait, lui permettant aussi d’apercevoir de qui provenait l’aide. Oh. C’est toi. Logique.

Croiser le fleuriste d’il y a quelques jours au festival des fleurs n’était pas une surprise en soi. Après, leur rencontre dans cette foire aussi bondée… le hasard, le destin, les dés, etc.

– T’as conscience que je vais traîner ce foutu poids mort jusqu’à l’appart’ ? C’est loin d’être comme tes sacs de terreau. Si tu le lâches, on pourra plus le ramasser. Même la pelle de votre ami Bofur n’aidera en rien.

– Ça, tu ne m’apprends rien. J’ai passé bien assez de vendredi soir à ramasser Dwalin lors des fêtes étudiantes.

– Vous vous connaissez ?

– Depuis toujours. Mais on ferait mieux d’accélérer le pas.


Le studio était en « bordel organisé », comme aimait le définir Nori avec fierté à chaque fois qu’on lui en faisait la remarque ? « Flemmard procrastineur » marmonnait Bilbo à chaque fois.

Chaque bureau était recouvert de matériel de dessin, chacun ayant sa technique.

La plupart des surfaces était recouverte d’affiches colorées, généralement de convention de tatouages aux dessins stylisés. Bilbo avait pu se débarrasser de celle pour le festival de la semaine précédente, dès qu’il avait passé la porte.

Un peu obsessionnel le petit…

Les rideaux étaient ouverts depuis un peu moins d’une heure maintenant, invitant à pousser la porte et à poser des questions.

Bilbo planchait sur ses commandes, ses mèches folles repoussées grâce à un serre-tête, jonglant entre ses crayons de couleurs et ne pipant pas un mot, tout entier dans sa tâche. Partir vendredi en début d’après-midi l’avait mis en retard.

Dwalin était dans la réserve, rangeant le matériel livré plus tôt.

Nori draguait la jeune femme qui lui présentait son projet de tatouage.

Tout le monde était bien occupé, une légère odeur de thé planait, ce qui changeait agréablement de celle lourde de l’encre ou piquante du désinfectant.

Il n’y avait pas de rendez-vous aujourd’hui ce qui leur permettait de s’avancer dans leurs tâches et d’apaiser les tourments provoqués par la fête de la veille, la gueule de bois encore légèrement présente.

Lorsque la cliente repartit avec la carte du salon ainsi que le numéro personnel de Nori, Bilbo lâcha un soupir de désespoir et repoussa son matériel avant de plonger son visage entre ses bras, agrippant ses cheveux par poignées.

– Euh… ça va Bilbo ? T’arrives pas à dessiner ? S’inquiéta son collègue.

Il s’approcha de lui, hésitant à appeler son nom plus fort. Il pourrait se prendre une gomme en plein visage… Il savait viser, n’en doutez jamais ! Et il avait de la force à revendre…

Heureusement pour lui, il se contenta de grommeler avant de se reprendre et de se redresser afin de poursuivre ses croquis.

– Merci de ta réponse, mec…

Mais malgré ça, Bilbo ne lui adressa pas plus la parole, sifflotant presque.

Okay, ça c’était suspect.

Si leur vieil ami était de nature joviale, changer d’humeur aussi rapidement n’était jamais sans fondement. Mais, surtout, il s’était énormément assombri ces dernières années, sous l’influence de Smaug.

Donc, il y avait anguille sous roche… Et Nori adorait les ragots…

– Bilbo, je t’ai fait du thé ! Chantonna-t-il en arrivant avec une tasse. Tu veux des gâteaux avec ?

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