Autour d’elle le noir. Tendant le bras devant elle, Tita sentit quelque chose de granuleux sous ses doigts. Suivant cette matière, elle comprit qu’elle était enfermée dans une boule semblant faite de matière minérale. De la terre ou peut-être du sable. Elle abattit son poing dessus. Puis l’autre. Elle tambourina dessus, pleurant sans se soucier de la douleur ressentie.
-Je veux sortir ! Laissez-moi partir !
Elle était épuisée moralement et physiquement. Finalement, son poing sortit, laissant entrer un rayon de soleil la faisant s’arrêter. Hébétée, elle fixa ce trou en clignant des paupières, avant que finalement ce qui la retenait prisonnière s’écroule au sol. Faisant vagabonder son regard autour d’elle, les larmes emplirent ses yeux lorsqu’elle le vit.
Se levant les jambes tremblantes, elle ne put faire un pas avant de retomber à terre, faisant ainsi soulever un nuage de cendres. Respirant avec difficulté, elle se traina sur les genoux, aidée de ses mains dont elle écoulait les paumes sur les échardes incandescentes. Arrivée à destination, elle allongea le bras, ses dents plantées dans ses lèvres tremblantes.
Non. Ce n’était définitivement pas possible.
-Ma… maman ? Laissa-t-elle échapper.
Ce mot sembla résonner autant dans le silence relatif que dans son être.
Devant elle un tas de cendres. Un tas de cendres où se mêlaient quelques morceaux du yukata maternel et le bracelet de fer qui se balançait au poignet fin et qui venait du 4° Kazekage lors de la naissance de Temari. Un entrelacs espacé de fines baguettes argent et quelques petites roses. Un très bel ouvrage.
Avec soin, la petite fille le prit dans ses petites mains et laissa éclater des sanglots silencieux. Les dernières paroles de l’homme aux yeux verts tournaient dans sa caboche.
-Commencer ma vie ? Mais… comment ?
« Pars. Pars rejoindre ceux de ton espèce. » siffla une voix.
Lâchant un glapissement de surprise, la petite orpheline se figea alors que l’ordre résonnait entre les parois de son crâne.
-Je ne peux pas… Je veux pas laisser maman toute seule… sanglota-t-elle.
« Allonge ton bras au-dessus », grogna la voix rauque de tout à l’heure.
Elle obtempéra aussitôt, le cœur battant.
« Bien, maintenant, serre ton poing et imagine une vague de cendres. »
Rien. Il ne se passait rien.
« Pousses-toi de là Ichibi », siffla à nouveau la voix. « Eyh, petite, va chercher un sac ou n’importe quoi pour y stocker tout ça. Cherche à te calmer et à trouver la concentration, en même temps. »
Ses jambes tremblaient moins, lui permettant ainsi de gagner un meuble miraculeusement non atteint par les flammes. Elle s’empara d’une petite bourse.
« Tu crois vraiment que tu vas pouvoir y stocker toute ta mère ? » se moqua la voix rauque.
-Je n’ai pas assez de force pour pouvoir la garder complètement avec moi… Et puis elle est avec moi.
En disant cela, la jeune fille avait refermé ses doigts à l’emplacement de son cœur.
« Bien parlé petite ! Bon, Shuk’ tu lui expliques ou tu boudes ? »
Un grognement se fit entendre.
« Ah, on dirait bien qu’il boude… Ah là là… Quel caractère… »
Bien malgré elle, Tita éclata de rire, faisant ainsi s’envoler quelques oiseaux.
« Refais les gestes qu’il t’a conseillé… Avec plus de concentration… Transfère ton chakra dans chaque particule de ce que tu veux remuer. »
-À vos ordres.
« Tutoie-moi poupée », ricana Hebi. « On risque de se supporter longtemps… »
« Ça c’est sûr », grommela Shukaku.
Ce ne fut qu’à la suite de nombreux essais infructueux qu’une petite poignée grise alla se réfugier dans la bourse ouverte.
« Bon. Ce n’est que le début. Va manger. »
En fait, hormis le meuble et quelques bibelots, rien n’avait été épargné. Heureusement pour elle, l’un des buissons de baies croulaient sous ses productions, lui permettant ainsi de s’emplir correctement le ventre. Cela fait, elle s’attela à la formation d’une tombe assez large pour pouvoir y abriter ce qui restait de l’être qui lui était tout.
« Allez, c’est reparti ! Shuk’, aide-la bon sang ! »
« Non, c’est à elle de mériter mes pouvoirs… »
« Ichibi », grogna la voix sifflante du bijû.
« Bon, bon… »
Conformément aux instructions, Tita resta debout, le tas informe à ses pieds. Le bras parallèle au sol, tendu devant elle, et le gauche replié vers elle, paume vers le ciel. Les yeux clos, elle cherchait en elle la concentration et le chakra brun-beige. Il lui fallait l’adopter, le mêler au sien propre qui était bleu électrique. Une fois fait, elle allait devoir le transmettre aux restes sombres.
Inspirant et expirant profondément, elle se prêta à l’exercice, y passant ainsi une bonne partie de l’après-midi dessus, avant même de pouvoir bouger une molécule de carbone.
La nuit était tombée depuis un moment quand finalement une vague de cendres s’éleva pour aller reposer dans la tombe de fortune. La terre posée en tas à côté suivit le même chemin, s’aplatissant d’elle-même. De son côté, la petite kunoïchi étaient en une sorte de transe. Ses beaux yeux verts pastels étaient phosphorescents dans l’obscurité régnante. Et lorsque la dernière motte de terre avait rejoint ses consœurs, la lumière s’éteignit et elle retomba à genoux, épuisée. Elle s’endormit sur place sans manière, malgré le froid.
« Que penses-tu d’elle, tanuki de malheur ? »
« Je préfère cent fois son frère. Au moins j’y suis seul…! »
« Tu dis ça, mais tu ne le pense pas. Après tout, de tout les bijûs, nous sommes les plus portés sur le sexe ! »
« Ferme-la, Ero-Hebi. »
« J’aime quand tu me donnes des petits noms », roucoula le susnommé.
Son compagnon d’infortune ne répondit pas, exaspéré par l’autre.
« Bonne nuit ô prince des cendres ! » fit la voix moqueuse sifflante.
« Finis avec des boulettes de riz, ero-san. »
Un ricanement aux accents sifflés retentit dans la petite prison aux grilles scellées.
« Profite bien ta nuit, petite, car c’est la dernière ainsi. »
Tita était assez déboussolée au réveil. Avait-elle seulement imaginé les événements de la veille ?
Éternuant, elle ouvrit les yeux et dû accepter la dure réalité : rien n’avait été un songe. Cette cabane où elle avait vécu les huit premières années de sa vie n’était plus, et elle se devait d’aller de l’avant. Les larmes n’effacera pas ce qui venait de se passer…
S’asseyant sur ses genoux, elle entreprit d’ôter la terre de ses boucles flamboyantes, mais c’était perdue d’avance… C’est en soupirant qu’elle se résigna à la meilleure solution : le bain. Sauf que la rivière était peu sûre. Et qu’elle était loin de sa position initiale… En gros, il valait mieux passer par la rivière lorsqu’elle partira au lieu de faire un bête aller-retour… Elle sentait vraiment mauvais à cause des exercices d’hier…
« L’hygiène est quelque chose d’important. » fit remarquer Hebi, la voix un peu pâteuse.
-Oh ! Bonjour Hebi-sama ! S’exclama la petite.
« J’adore quand on m’appelle comme ça », sembla-t-il ronronner. « Mais ça ne convient guère à ce que je suis. Je ne suis pas un seigneur. »
-Vous n’êtes pas un taiyoukaï ?
« Eh non… Shukaku en est un, lui, mais je suis juste un démon un peu plus puissant que les autres… »
-D’accord… Hebi-dono ?
« Je préfère ! Senseï n’aurait pas été non plus conforme… »
Un petit rire s’éleva.
« Bon, trêve de bavardage, poulette, il est temps de partir ! Le soleil est levé, le temps est clair, tu seras à Konoha dans moins de trois jours ! »
« Ta gueule, je dors », tonna la voix rauque.
« Shi shi shi shi ! Oumpf ! Comment oses-tu me lancer ton oreiller, sac à puces ?! »
« Avec les mains, bah tiens ! Waf waf waf ! »
De son côté, Tita soupira alors que ses deux bijûs se volaient dans les plumes. Effectivement, Hebi avait raison. Il fallait qu’elle s’en aille. Elle n’avait plus aucune raison pour rester là. Sa mère prétendait qu’elle avait de grands pouvoirs et pourrait ainsi devenir une grande kunoïchi. Il était hors de question qu’elle gâche un talent pareil.
« On est avec toi, poupée ! »
« Tu vas crever, reptile de malheur ! »
« Moi aussi je t’aime mon amour ! »
La rouquine se leva et rassembla ses maigres affaires : ses armes, le bracelet de sa mère, quelques couverts, deux couvertures, un sac à dos et les cendres.
Après avoir récolté quelques fruits et prit la décision de remplir sa gourde à la rivière, ce fut l’heure de s’en aller. Elle fit face à la tombe de la femme qui l’avait mise au monde et lui adressa une petite prière, puis elle partit, pour ne revenir jamais. Ou presque.
