-Tu penses qu’on devrait en parler à Nicola ?
Les petits faisaient la sieste bien tranquillement, et je n’en étais pas loin , bien calée dans les bras de mon, dorénavant, petit-ami. Il avait son front contre l’arrière de mon crâne, m’embrassant de temps en temps. Ses mains caressaient un peu tout mon corps.
-Je ne sais pas, soupirai-je. J’hésite… Si on le lui cache, il risque de mal le prendre, et si on le lui annonce, il pourrait chercher à nous faire rompre…
-Ai un peu plus foi en toi oncle, petite elfine ! Ce n’est pas quelqu’un de foncièrement méchant et tu le sais très bien !
-Je sais bien, riai-je, mais je sais qu’en lui se terre une sorte de jalousie maladive mêlée à une possessivité hors norme. Je te rappelle que nous sommes oncle et nièce par la contrainte…
Notre relation aurait pu en effet se poursuivre si nous n’avions pas été mis en face de notre lien de parenté bien trop proche pour qu’il puisse être officialisé.
-Moui… Je propose alors de ne lui annoncer qu’une fois qu’on sera sûr de notre relation. Tu es d’accord ?
Je ne relevai pas le commentaire sur la précarité de notre relation. J’étais du même avis malgré mon pincement au cœur.
-Okay… On se donne jusqu’à Pâques ? Proposai-je.
-Tu vas encore organiser un truc ?
-Les petits adorent la chasse aux trésors… Et puis, vous ne serez pas loin, alors autant en profiter, tu ne penses pas ? De plus, vu que vous allez donner de nombreux concerts, on verra si on arrive à supporter la distance…
-Ça va pas être simple, en effet, soupira Boris.
-Vive le téléphone portable !
-C’est vrai qu’on peut être satisfait de notre époque à ce niveau…
-Je te promets une surprise téléphonique, lui susurrai-je à l’oreille tout en me collant un peu plus à lui.
-Oh oh… J’ai hâte de voir ça, ricana-t-il d’un air joueur.
-Tu entendras plutôt…
Croisant les bras devant moi, il agrippa ma taille avant de me soulever pour me tourner face à lui. Me posant sur ses hanches, il glissa ses mains sur mes cuisses, les caressant avec de grands gestes lents. Je m’accoudai à ses épaules, croisant les mains sur le haut de son crâne et l’embrassai tendrement. Plaçant sa main dans le creux de mes omoplates, il me plaqua totalement contre son torse. Cassant le baiser le temps d’un instant, j’esquissai un petit sourire en coin.
-Tu m’as l’air bien parti pour un nouveau round… remarquai-je.
-Il faut dire que j’ai une bonne raison, chuchota-t-il en glissant sa main vers mon bassin et à l’intérieur de mes cuisses.
-Ah bon ? Et laquelle ? Ronronnai-je, fondant sous son toucher.
-Eh bien… Je dirais, toi…
Il m’embrassa plusieurs fois dans le cou et à la jonction avec l’épaule. En réponse à ses attentes, je ne frottai contre lui, sentant la bosse se faire de plus en plus présente.
Heureusement pour nous, aucun des petits ne vint nous gêner, nous permettant ainsi de faire les fous dans le salon sans avoir peur de les choquer.
Je me pelotonnai contre lui en souriant avant de soupirer face à l’inévitable douche que j’avais intérêt de prendre… mais pas forcément toute seule… Et on avait intérêt à faire vite, au vu de l’heure qui tournait.
Me relevant doucement, j’enfilai quelques vêtements avant de filer vers les escaliers.
-Maman, pourquoi t’as les cheveux mouillés ?
-Parce que je suis folle ma Vicky, riai-je en réponse.
La prenant dans mes bras, je la fis voler en tournant sur moi-même. Oui, j’étais folle. Mais il me fallait bien vivre pleinement, un jour… Non ?
Le soir-même, j’allais me glisser auprès de mon amant qui m’entoura de ses bras alors que je me calai contre son torse. J’étais bien, là. Comme si j’avais enfin trouvé ma place. Peut-être était-ce le cas, après tout ?
-À quoi tu penses ?
Il fit glisser une mèche derrière mon oreille tout en m’embrassant dans la nuque. Oui, effectivement, j’avais trouvé mon paradis sur Terre.
-À bien trop de choses… soupirai-je.
-Veux-tu que je t’aide à faire le vide ? Me susurra-t-il à l’oreille.
-Mmh… Pourquoi pas ? De l’aide ne serait pas superflue…
Je me tournai vers lui, un sourire aux lèvres. C’est avec plaisir que je me laissai entre ses bras.
-Nous avons aussi tiré les rois. Vichina a choisi Boris, parce qu’elle ne voulait pas choisir entre ses frères.
-Je peux parler à tonton, dis maman ?
-Vicky veut te parler… Je te la passe, alors !
-Allô tonton ? Eh bah j’ai trouvé la fève et pis Karl il était pas content, alors…
Sortant de la cuisine en souriant, je laissai ma fille babiller avec mon oncle.
-Karl, baisse un peu le son, s’il-te plaît. Merci.
-Maman ?
-Oui Kurt ?
-Je peux aller dehors, s’il-te plaît, dis ?
-Que comptes-tu y faire ?
-Je sais pas. Mais dehors.
-D’accord, mais tu t’habilles, tu rentres dès qu’il le faut et tu ne fais rien de dangereux, d’accord ?
-Ouais ! Vivi ! Tu viens avec moi ?
L’interpellé jaillit hors de la cuisine, enthousiaste, me tendant le téléphone.
-Tonton ? Encore au bout du fil ?
-Oui oui. Ne t’inquiètes pas.
-Elle ne t’a pas assommé, j’espère, avec toutes ses histoires…
-Non, ne t’inquiètes pas.
-Avoue, tu l’as écouté d’une oreille distraite.
-Oui, avoua-t-il piteusement. Elle m’a dit que son frère était malade ?
-Oui, Karl est grippé, le pauvre. Il boude dans le salon.
-Pauvre bonhomme…
-C’est plutôt moi qui suis à plaindre ! Il me fait tourner en bourrique.
Je grimaçai. Karl avait mystérieusement hérité de nombreux points du caractère paternel. Tom ne se privait pas de m’en faire la remarque. Ça l’amusait, le salopiaud.
-Pour une tête de mule comme toi, rien de très mauvais , donc !
-Mais je te..!
-Langage, me coupa-t-il avant d’éclater de rire.
-Wahoo, tonton, on t’a fait fumer aujourd’hui, ou bien t’as forcé la dose de prozac’ ?
-Très drôle, grinça-t-il en se reprenant.
-Là, je te retrouve !
-T’es vraiment une sale peste…
-Je dois tenir ça de mon oncle. Va savoir…
Nos ricanements se mêlèrent. On devrait passer pour deux fous. J’adore.
-Ça se passe bien de ton côté, sinon ?
-Oli était à une bourre monstre.
J’entendis un « arrière-son ». Oli avait dû prendre la mouche.
-Vani-jolie ?
-Salut Boris, tu vas bien ?
-Oui oui. Nicolas s’est fait choppé par un chat en furie. Rien de bien grave, donc.
-Griffes ?
-Coussins, plutôt.
-Oh ! Rien de très mortel, alors.
-Absolument.
-Ou tout dépend du contenu du coussin.
-Absolument.
-Tu te fous de moi ?
-Absolument.
-Tss…
-Absol…
-Je t’aime, le coupai-je vivement.
-Absolument.
J’entendais presque son sourire dans le mot devenu doux.
-Je peux t’appeler ce soir ?
-Absolument.
-Tss… Rends-moi mon oncle, Bo’.
-Absolument.
-Vanity ? Toujours là ?
-Non, non, c’est mon téléphone qui parle tout seul. Tu as réussi à l’extirper des griffes du chaton ?
-Si jamais il t’entends…
-Le respect aux aînés ! Merde !
-Ne me dîtes pas que Boris a enclenché le haut-parleur.
-Absolument.
Et en plus, ils se moquaient de moi.
