-Joyeux Noël !
-Allez m’man ! Le Père Noël est passé !
-Oui ma chérie, j’arrive… bâillai-je tandis que ma fille me tirait par l’autre main.
-Allez oncle Boris ! Supplia Karl. On est tous là ! On peut, maintenant, dis ?
-Non ! Ta mère n’est pas encore là !
-Maman… geint l’autre. Dépêches-toi.
-Voilà, voilà, j’suis là…
Je me laissai tomber sur le canapé et les tortionnaires se jetèrent sur les paquets qui s’amoncelaient au pied du sapin. Boris les mitraillait joyeusement, car Nicolas lui avait réclamé des photos.
Pourquoi Boris était là ? Peu après la visite de Tom, il m’avait appelé pour savoir si il pouvait squatter notre Noël. Contrairement au reste du groupe, il n’avait pas de famille avec qui fêter cette date. J’avais accepté, considérant que ce serait moins triste. Oh oui.
-Ils t’ont réveillé comment toi ? Bâillai-je à nouveau.
-Ils se sont jetés sur moi. Tous les trois et en même temps. Et toi ?
-Tiré la couverture…
-Seulement ça ?
-Ils avaient ouverts la porte-fenêtre, marmonnai-je.
Je me pelotonnai dans un coin du canapé, entourant mes genoux de mes bras. Je tirai sur le bas de mon large T-shirt pour recouvrir mes jambes, pressant mes seins nus contre mes genoux. Jouant avec les jambes de mon jogging, je refermai les yeux et me laissai bercer par les acclamations enthousiastes des plus jeunes. Le meuble s’affaissa un peu plus lorsqu’il reçut Mr Jardel.
-Ça me rappelle quand j’étais petit, pas toi ?
Je posai ma tête sur son épaule en souriant rêveusement.
-Si bien sûr. Quand j’étais plus jeune.
-Comment ça ?
-Arrivée à un certain âge, Noël était ponctué d’engueulades, me rembrunis-je.
-Aïe.
-Oui.
Je me relevai pour attraper le sac poubelle que j’avais mis là, et entrepris d’y fourrer papiers colorés, rubans et emballages plastiques. Cela fait, je m’accroupis devant la cheminée et allumai un feu où je fis brûler ce qui pouvait l’être de ce que j’avais ramassé. De nouveau debout, je fouillai dans l’une des grandes chaussettes suspendues. En sortant un paquet, je me rassis auprès du plus âgé.
-Joyeux Noël Mr l’ogre !
Lui fourrant le cadeau entre les mains, je lui fis la bise alors qu’il restait sans réaction.
-Ouvre…
-Mais… mais, balbutia-t-il. T’étais pas obligée… Déjà que je me suis quasiment invité chez toi…
-Ouvre, répétai-je tranquillement.
Il finit par obtempérer. Un sourire étira ses lèvres quand il découvrit mon présent.
-Merci ma petite fée, j’adore !
-Au plaisir, riai-je. Bon, petit-déj’ maintenant !
-Maman, on peut jouer en mangeant, dis ?
-À condition de ne pas en mettre partout, d’accord ?
-Promis juré ! Firent-ils en chœur.
Ce que j’aime bien avec Noël, c’est que je suis tranquille vu que les petits sont accaparés par leurs nouveaux jouets. J’en profitai alors pour m’occuper des derniers préparatifs du dîner. Certes, ce n’était pas non plus très élaborés, étant donné la présence d’enfants mais ce n’était pas une raison pour finir avec des frites.
-J’aurais jamais cru voir ça ! S’exclama la voix étonnée de Boris.
-Oui, bon, ça va…
-Non, mais je ne me moque pas, rassura-t-il.
Suspendant sa veste à la patère, il vint s’asseoir à côté de moi en soupirant d’aise.
-Beaucoup de neige ?
-On peut dire ça. Joyeux Noël.
-Hum ? À toi aussi, lui répondis-je sans pour autant lever les yeux de mes mailles.
Soudain, une main surgit dans mon champs de vision, tenant un paquet. Je le fixai un instant avant de poser mes aiguilles pour m’en emparer. La boite était petite et entourée d’un ruban coloré.
-Me dis pas que c’est ce à quoi je pense, murmurai-je, parce que sinon t’es vraiment dingue.
-Ouvre, tu veux bien ! Rit-il d’un air tendu.
J’obtempérai rapidement, faisant glisser le bout de tissus de mes longs doigts. Sous l’impulsion de ces derniers, le couvercle fut soulevé et le présent visible.
-Wahoo ! Merci beaucoup Boris !
-Ça te plaît ? Demanda-t-il inutilement.
Je me contentai de lui tourner le dos en remontant mes cheveux d’une main, l’autre empêchant les deux bouts de se faire la malle dans mon corsage. Une fois que le fermoir remplit son office, je me jetai contre lui pour le serrer dans les bras et l’embrasser.
-Merci beaucoup ! J’adore…
Je pris le pendentif entre mon pouce et mon index et jouai avec. C’était quelque chose d’assez simple. Une flamme haute comme la moitié de mon pouce, une petite perle au centre. La chaîne elle-même était très simple et fine.
-Mais tu sais, t’étais pas obligé…
-Tu rigoles ? C’est le minimum, vu ce que tu m’as offert et le nombre de fois que tu m’as hébergé !
Je haussai les épaules comme réponse. La maison était trop grande pour nous quatre, alors tout les prétextes étaient bons pour l’emplir un peu plus. Et puis, sa présence n’était pas si désagréable.
-Au fait, c’est moi ou t’as pris du poids ?
Oubliez ce que je viens de dire. Je vais le tuer. Et je reviens.
-Crève, grognai-je avant de lui abattre un coussin en pleine tronche.
-Toi d’abord ! S’exclama-t-il en retour et en faisant de même.
Cette bataille fut dure à mener, et finalement, aucun ne gagna. Tous deux allongés sur le canapé, nous haletions pour retrouver notre souffle.
-On se fera une revanche, promit le plus vieux.
-Quand tu veux…
-Plus tard, fit-il en plaçant son coussin sur ma tête et en faisant plonger cette dernière.
-Gne gne gnais, marmonnai-je.
Je restai comme il m’avait mis, trop à plat par les secondes précédentes.
-J’ai pas bien compris, sourit-il en relevant ma tête en la soulevant par le menton.
-Je te hais… chuchotai-je.
On était étonnamment proche l’un de l’autre. Il faut dire que je m’étais écroulée sur lui lors du dernier assaut, m’étant emmêlée les jambes avec les propres miennes. Ses yeux étaient un peu moqueurs mais moins qu’à l’ordinaire.
-Vraiment ? Demanda-t-il sur le même ton.
Sa main libre caressait le côté droit de mon visage et jouait avec mes cheveux épars.
-Autant que tu me détestes…
-Je ne te déteste pas.
-Moi non plus.
Je souris à la fin de ma phrase. J’aimais bien embêter Boris comme lui aimait le fait avec moi. Ce n’était pas une preuve du mésamour ou quoi que ce soit.
Par contre, lorsqu’il amorça un baiser, je cessai de me prendre la tête. Ça ne servait à rien de le faire.
-Comment dois-je l’interpréter ? Murmurai-je.
-Comme bon te semble, me rétorqua-t-il.
-Oh, si c’est comme ça…
Je ravis ses lèvres et l’embrassai à nouveau, cherchant à avoir plus. J’étais comme ça. Si tu me donnes la main, je prends le bras. Etc. il relâcha ma tête au profit de mes épaules, poussant dessus et cassant ainsi le baiser.
-Il y a un problème ? Soufflai-je.
-Qu’es-tu en train de faire ?
-Quel est le sens de cette question ? Lui rétorquai-je.
Et paf, trois questions sans réponse, dont deux de moi !
-Tu es consciente de ton geste ?
-Évidemment. Tu me connais… Je ne fais rien sans réflexion… ou presque…
Faut pas exagérer non plus. Je me prends pas la tête pour décider si je prends une douche, par exemple.
-Ou presque, hein ? Releva-t-il en souriant moqueusement.
Je me redressai, ancrant nos regards.
-Je ne regrette pas mon geste, si tu veux le savoir. Mon corps a agit selon mes pensées.
Je veux profiter de la vie autant qu’il m’est possible durant le temps qui m’est imparti. Et ce temps est si court…
-Mais pour toi ? L’interrogeai-je. Ce serait plutôt à moi de te poser la question. Le regrettes ?
-Non. Je le voulais aussi.
Je m’allongeai à nouveau, sur le côté, ma main gauche sur son torse et jouant avec ses doigts.
-Alors je ne vois pas l’utilité de parler…
-Vu sous cet angle, acquiesça-t-il en me rendant mon sourire joueur, je ne peux que être d’accord.
Et c’était parti pour un nouveau biser, encore mieux que le précédent, nos langues se découvrant avec un certain entrain.
-Joyeux Noël, lui soufflai-je à l’oreille.
-C’est sûr que je risquerais pas de l’oublier, rit-il en caressant mes cheveux.
-Maman ! S’exclama Vichina en courant jusqu’à nous. Maman !
-Oui ma chérie ?
Je me relevai en prenant appui sur mes bras pour voir ma fille. Boris avait laissé sa main au creux de mes omoplates. Il avait tourné la tête vers elle, tout comme moi.
-On peut aller dehors, dis ?
Je jetai un coup d’œil vers la fenêtre.
-Non, il fait sombre et trop froid. Demain peut-être.
-Mmh… bouda-t-elle en remontant. C’est pas juste.
Je soupirai et me levai pour recharger le feu en bois. J’entendis le canapé grogner et compris qu’il avait dû se relever pour s’asseoir.
-Tu es vraiment sûre de ton choix ? Fîmes-nous en chœur.
Nous éclatâmes de rire en remarquant cela. Je me relevai et allai me blottir contre lui, l’embrassant sur la pommette.
-Moi en tout cas, je le suis. Mais toi ? C’est le genre d’histoire pouvant mettre en péril le groupe, sans oublier mon statut de mère. Car si tu me veux moi, il faudra faire avec les enfants.
-Je prends le risque, promit-il en m’entourant de son bras. Et puis j’aime bien les p’tits.
-Attends qu’il grandisse un peu, riai-je, on verra si tu dis la même chose !
Nos regards se plongèrent dans les flammes qui reprenaient en vigueur. Le silence me berçait. Sa main prit la mienne, emmêla nos doigts et caressa du pouce la paume. Je me sentais bien. C’était d’un niais au possible mais je m’en fichais. C’était pour moi. Et c’est tout ce qui m’emportait.
Je ne savais comment, mais je savais que ce serait lui. Et ça me comblait, inconsciemment.
Et c’est ça qui du me pousser à faire ça.
Je le connaissais suffisamment pour savoir que j’aurais le temps de coucher les petits et de me préparer. Ce qui fit que, lorsqu’il poussa la porte de sa chambre, je lui faisais face. Il haussa les sourcils en me voyant, mais semblait peu surpris.
-Je me suis dit que nous pourrions poursuivre ce jour de fête… Tu ne penses pas ?
Je jouais avec la ceinture de ma robe de chambre, lui faisant plus ou moins saisir ma nudité en-dessous. Je penchais mon visage sur le côté, et le regardais intensément. Ma langue glissa sur ma lèvre. Il n’en fallut pas plus pour qu’il me jette sur le lit et me domine, se collant à moi tout en maintenant mes bras de parts et d’autres de ma tête. Je pouvais sentir son désir croître contre ma cuisse. Sa main libre glissait partout sous mon seul vêtement, jouant avec le fin tissu lie-de-vin.
J’entourai sa taille de mes cuisses et le collai contre moi, le faisant haleter entre deux baisers. Il relâcha sa prise sur mes poignets, me permettant ainsi de savourer sa peau du bout de mes doigts et de le dénuder sans perdre de temps. Ça faisait longtemps que je n’avais plus eu de sexe. Depuis ma rupture en fait. Au moins.
Je le laissai découvrir mon corps à sa manière, des couleurs plein les paupières et savourant chaque caresse. Mon déshabillé n’était plus qu’un souvenir, nos peaux nues se rencontraient ingénument, faisant s’échapper force gémissements de notre part à tous deux.
Ses mains étaient partout, il me semblait. Aucune pause ne fut donnée, nous échangions à peine quelques mots, tout notre intérêt étant ciblé sur le corps de l’autre. Tourbillons de plaisirs.
Aussi frustrant que cela puisse être, je suis bien incapable de raconter précisément ce qui s’était passé. Je pourrais juste vous dire que le fait que je dois rejoindre ma chambre pour éviter les questions des petits… Questions qui pourraient remonter aux oreilles de mon oncle…
