Inktober 2019

Inktober 2019 – Étourdissement léger 24/31

La salle du trône était sombre, comme toujours, mais ça ne signifiait rien de particulier.

Réduction budgétaire ou goût particulier, les torches étaient toujours allumées au plus bas, créant des ombres effrayantes dans les coins les plus éloignés et sur les visages des démons à la hiérarchie supérieure.

Tout était réuni pour mettre les convoqués mal à l’aise.

Normalement.

Belzébuth rongeait son frein depuis une bonne demi-heure, les doigts crispés sur les accoudoirs de son fauteuil avec la folle envie de les resserrer sur une gorge en particulier.

Du genre, celle de cet archange aux foutus yeux violets, qui se tenait debout sans trembler alors qu’ils avaient mis le paquet sur les effets spéciaux pour le faire ployer !

Le Seigneur des mouches prenait son mal en patience alors que cet emplumé continuait de lui rabattre les oreilles sur un sujet oublié depuis le début, le méprisant par sa hauteur et son air dédaigneux, sa luminosité insoutenable dans le territoire souterrain. Il devrait peut-être essayer de lui salir son satané costume immaculé…

Et pourtant, il restait là, sans bouger, seul avec Gabriel. Il avait fait dégager les démons présents, un peu plus tôt, préférant le gérer seul. Si on pouvait éviter la prise d’initiative d’un suicidaire, ce serait tout aussi bien.

– Belzébuth ? Depuis quand n’écoutes-tu plus ?

– Le début, marmonna-t-il. L’aube des temps. Vire de l’Enfer par tes propres moyens ou par ceux de mes laquais. Je te laisse le choix.

Belzébuth détourna le regard pour signifier que l’entretien était fini. Il avait trouvé le chemin jusqu’ici, sans aucun doute trouverait-il celui en sens inverse.

Les élégantes chaussures en cuir claquèrent sur le sol inégal, au grand plaisir du seigneur démon.

Par contre, il ne s’attendait pas à ce que le bruit augmente et que la présence horrifiante était juste aux pieds de son trône.

– Dégage… râla-t-il une fois de plus.

– Dans un instant, promit-il.

Curieux, le démon le regarda, se demandant ce qu’il voulait, encore.

– Maintenant, j’ai tout, déclara Gabriel après lui avoir volé un baiser. À la prochaine !

– Que… QUOI ?! GABRIEL ! Rugit-il en se levant, faisant tomber son fauteuil.

Mais il était – enfin – seul.

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