Zanpakūto et trahison

Zanpakūto et trahison – 7/?

-Oh ! Mon amie la paperasse ! Vous ne m’avez tellement pas manquée ! Sanglotait Keiko.

Tout à son rôle, elle ne put apercevoir le fin sourire de Hisagi.

-Hé ! Mais j’ai oublié mon bento, moi !

-Vous pensez déjà à manger ? Se risqua le tatoué.

-À l’action même, non, mais une idée en entraîne une autre, et je viens de me rendre compte de mon oubli.

Elle grimaça au dernier mot.

-Il y a vraiment des jours où je me dis que je pouvais oublier ma tête si elle n’était pas attachée à mes épaules, finit-elle par soupirer.

Elle attrapa un nouveau formulaire. D’un commun accord, ils avaient décidés qu’elle s’occupait de l’administration et lui bouclait la maquette du magazine. Celui-ci avait pris du retard, entre le départ du capitaine, l’accumulation de la paperasse, puis son propre état psychologique.

-Quelle pitié d’être aussi bête, gémit-elle.

-Vous n’aurez qu’à rentrer chez vous pour la chercher.

-Je ne suis pas assez rapide, malheureusement. Et ma vice-capitaine ne doit pas quitter la capitainerie.

-Et un de vos subordonnés ?

-Ils ne sont pas shinigamis. Les portes se fermeraient. Non, vraiment, je n’ai plus qu’à foncer au premier stand de nourriture du Rukongaï.

-Mais le Seireitei propose ce genre de service aussi. Il y a des restaurants, la cafétéria de la capitainerie…

-Pas assez d’argent, maugréa-t-elle. La solde, je l’utilise pour garder mon bâtiment en état. Il en a bien besoin, je peux te l’assurer. Bon, c’est pas grave, un petit jeûne de temps à autre, ça entretient la forme.

Elle se replongea dans son travail sans un mot de plus, comme si elle avait parlé du temps qu’il faisait, faisant réfléchir son second.

-Vous voulez que je vous invite ?

-Ne t’oblige pas à le faire si tu ne veux pas, lui assura-t-elle sans relever le nez. Je ne serai pas à mon premier coup !

Hisagi fit la moue. Ça lui était arrivé à lui aussi, et ça ne lui avait jamais vraiment amélioré l’humeur, allant jusqu’à faire fuir son entourage pendant deux-trois jours. Il n’avait plus qu’à espérer que ça ne soit pas son cas, sinon l’ambiance allait plus que s’alourdir.

Et il continuait d’espérer alors que les secondes s’égrenaient, les rapprochant du moment où le gong secouera le Gotei 13, signalant l’heure du déjeuner. Mais lorsque le signal retentit, elle ne fit aucun commentaire, continuant sa tâche sans relever le nez, comme si rien ne s’était passé.

Et la situation fut pire encore. En effet, Hisagi avait l’habitude de manger son bento dans le bureau mais c’était un manque de politesse d’agiter de la nourriture sous le nez de quelqu’un qui ne pouvait manger. Manger dehors ? Mais il pleuvait à verse depuis deux bonnes heures et ça ne semblait pas se calmer avant un moment…

Alors il reprit la maquette, peaufinant la version définitive et relisant jusqu’à l’écœurement.

-Je crois que même en le fixant avec un regard affamé, le magazine ne deviendra pas plus appétissant que ça.

Sursautant, il fit la tête d’un enfant pris en faute, ce qui fit sourire sa supérieure.

-Si t’as faim, mange. Si tu n’as pas faim, ne mange pas. C’est un ordre.

Elle l’appuya d’un clin d’œil amical auquel il répondit d’un faible sourire.

C’est sûr, avec un capitaine, même remplaçante, comme ça à la tête de leur division, l’atmosphère allait devenir tout autre. Peut-être que l’amertume de la trahison pourrait enfin disparaître de leur mur avec ce vent de nouveauté.

-Vous comptez me manger ou vous vous êtes perdu dans votre cerveau ?

-Eum, pardon, je… non.

-Bonne idée, j’ai affreusement mauvais goût.

Les piles continuaient à s’échanger dans le calme le plus total. Mais aussi vite allait-elle, la fin de la journée arriva bien avant celle des formulaires.

-Et je te parie que demain la pile en fera le double, grogna Keiko.

Elle marqua une pause, semblant réfléchir, avant de se tourner vers Hisagi, l’index sur le menton et un air candide sur le visage (vraiment déplacé sur ce visage absurde).

-Tu crois que ce sont de petites fées qui s’amusent à échanger les piles ?

Il eut un bref regard interloqué avant de reprendre son habituel air blasé. Elle n’était définitivement pas comme les autres. Que ce soit au Seireitei ou au Rukongaï, d’ailleurs.

-Bon, on se revoit demain, donc ?

-Oui, capitaine. À demain.

-J’espère que cette fois-ci, je penserai à mon bento, grommela-t-elle en s’éloignant.

Un peu éberlué, Hisagi regarda cette drôle de femme s’éloigner, d’un pas paraissant lourd et maladroit. Vraiment étrange…


La tête renversée en arrière, Keiko tentait de s’installer confortablement dans le baquet d’eau chaude bien trop petit pour son corps d’adulte. En effet, de part et d’autre, ses membres pendaient, ce qui ne l’aidait pas dans sa recherche du confort.

-Je me sens… si lourde, souffla-t-elle à travers la vapeur d’eau chaude.

Les petites plumes qui lui servaient de chevelures étaient humides et étrangement ébouriffées, ses yeux jaunes étaient rougis suite à une erreur de savonnage. Sa peau dorée était traversée par quelques gouttes qui faisaient leur petit chemin.

À voir ses membres fins, il était difficile de comprendre son embarras à marcher ou encore sa posture courbée.

Mais il fallait savoir qu’elle n’était pas née ainsi. Elle était morte humaine, après tout. Et elle était apparue au Rukongaï avec de vrais cheveux et des yeux normaux.

-Raah !

S’énervant, elle sortit du baquet et entreprit de s’habiller. Elle ne se rappelait pas pour quelle raison elle était ainsi, et elle aura beau se creuser la soupière, ça ne changerait rien. Le trou noir, on vous dit !

Croisant son reflet par hasard, elle soupira de nouveau.

Si seulement elle pouvait redevenir humaine à part entière !


Kira ne devrait pas être là. Il le savait mais ne pouvait s’en empêcher. Il avait un besoin presque viscéral de réponse. C’était, c’était…

De nouveau, les dossiers des élèves de l’Académie des Shinigamis. Le dossier de Keiko Asa. Hélas, il ne lui apprit rien de plus que lors de la visite précédente.

Soupirant de dépit, il reposa le document à sa place. Il avait déjà cherché, au cas où, la lieutenante mais, comme elle l’avait dit, elle n’avait pas dépassé l’épreuve des zanpakûtos lors de la première année d’étude.

« Élève médiocre, préfère rêvasser et charmer ses camarades que d’étudier. »

Elle semblait avoir disparu, ensuite au fond du dossier, une note informait son consultant qu’un scandale entre professeur et une élève avait éclaté. Le professeur avait gardé sa place, quand à l’élève…

Kyoko n’avait jamais fini son année. Et elle était vice-capitaine.

Maintenant qu’il y pensait, à elle non plus il n’avait pas vu de zanpakûto ni sentit de reiatsu. Était-ce commun à toute leur division ?

Kira secoua la tête.

Non, ce n’était pas possible. Le sotaïcho ne laisserait jamais des shinigamis sans diplôme exercer au Seireitei !

Une petite voix -ressemblant étrangement à un mélange entre Ichimaru et Asa- lui susurra que la 14e division était au Rukongai et donc en-dehors de la juridiction fortement, du Goteï 13.

-Vu comme ça…

-Quelqu’un est là ?

Remettant en vitesse les dossiers en place, Izuru fila, évitant de peu d’être repéré par le shinigami de garde. Heureusement qu’il avait camouflé correctement, comme le lui avait enseigné son ancien capitaine.


Kyoko défaisait lentement sa coiffure compliquée. Ses cheveux étaient tellement tirés qu’ils en étaient douloureux. Il faut souffrir pour être belle ! Tu parles…

Elle soupira d’aise lorsqu’ils dévalèrent enfin ses épaules fatiguées. Et dire que demain, elle allait devoir tout remettre en place… Décourageant.

Brossant avec attention ses cheveux, elle fixait son reflet dans le miroir, soucieuse. Si la maturation intellectuelle était proche du temps où ils étaient vivants, les corps, eux, croissaient à leur propre rythme, gênant parfois leurs propriétaires. Comment être pris au sérieux dans le cas du capitaine Hitsugaya, par exemple ? Faire ses preuves constamment était éreintant.

Aucune ride ne s’était glissé sur son visage de porcelaine, mais elle ne pouvait s’empêcher de les redouter. La peur de ne plus plaire se creusait dans son esprit. C’était ridicule, elle savait bien que sa partenaire était plus vieille qu’elle et sera ainsi la première victime des affres de l’âge, mais… Elle avait toujours été très coquette, ce qui lui avait bien joué bien des tours pendant son « enfance ».

Reposant sa brosse en soupirant de nouveau, elle les attacha lâchement pour la nuit. Se miner l’esprit avant de dormir n’était pas une chose agréable à faire.

-Tu m’as l’air bien pensive, ma petite guêpe, susurra-t-on à son oreille.

-Kei-chan ! Tu es trempée ! Se plaignit-elle.

-Déjà, ce sont juste mes cheveux, corrigea-t-elle, et ils ne sont que humides. De plus, ce n’est pas un état qui te déplaît, normalement…

Son sourire pervers ne trompa nullement sa compagne qui lui balança sa brosse dans le nez.

-Maais, gémit-elle en se le tenant. Pourquoi ?

S’ensuivit une course-poursuite à travers la capitainerie. Heureusement que leurs subordonnés étaient déjà rentrés, parce que bonjour l’image qu’elles donnaient !

-Si tu crois pouvoir m’échapper, chantonna Kyoko. Je n’ai qu’à suivre ton reiatsu pour te trouver, tu sais !

Se maudissant à ce sujet, elle n’eut plus qu’à reprendre sa fuite. Heureusement que leurs zanpakûtos étaient restés dans leur chambre, tiens, ou elle se serait retrouvée épinglée au mur en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire !

-NEED HELP !

-Trouvée~

Laisser un commentaire