Zanpakūto et trahison

Zanpakūto et trahison – 5/?

-Oh ma Keiko ! Je suis si fière de toi ! Sanglotait Kyoko.

-Ma petite guêpe, je t’aime beaucoup, mais tu m’étouffes, là !

Sur le toit de leur division personnelle, les deux amantes se câlinaient avec tendresse. Elles avaient été séparées tout le long de la semaine, ne se retrouvant que la nuit. Mais aucune des deux divisions n’eut à en pâtir. La 3° avait évacué de la paperasse et Kira avait repris des forces. La 14° avait donné un coup de main à leur vice-capitaine pour se mettre à jour administrativement parlant.

-Tu en penses quoi ? Murmura pensivement Kyoko.

Elle s’était installée confortablement contre la poitrine de son aimée et jouait avec la médaille qui entourait son poignet.

-De quoi donc ?

-De la guerre, bien sûr…

-Parce que tu penses que nous sommes concernés ? À d’autres, oui ! Si jamais un affrontement arrive ici, il va sans dire qu’aucun des deux camps ne prendra de gants avec la population hors-Seireitei.

Les mots étaient durs. Les accents grinçants. Les sons rauques. Une colère animale retenue par une raison humaine.

-Donc oui, nous serons concernés, gloussa Kyoko.

-Parlons d’autre chose…

-Sommes nous forcées de parler ?

-Parlons sans le son, alors… roucoula la jeune femme.

Elle l’embrassa délicatement, passant ses mains dans les longs cheveux bruns qui étaient toujours aussi doux.

-Je t’aime, susurra-t-elle à son oreille.

Ses lèvres furent happées rapidement. N’avait-on pas dit « sans le son » ?

Elle s’abandonna aux attentions de son amante.


-Je ne veux pas y aller, sanglota Keiko.

-Sèche-moi ces larmes de crocodile, tu veux ? Tu as pris un engagement, tu ne peux t’en prendre qu’à toi !

-Mais ma Kyo !

-Non !

-Je te hais, grogna-t-elle finalement, vaincue.

-Mais oui, mais oui ! Sourit Kyoko gentiment.

Elle lui tapota dans le dos avant qu’elle ne disparaisse en un shunpo maladroit.

-Et je souhaite bonne chance à la vice-capitaine de la 5° ! ricana Kyoko.

Elle alla ouvrir la division, saluant les premiers arrivés. Ça allait encore être une journée tranquille.

-Bonjour les jumeaux ! Sourit-elle.

-Bonjour Kyoko-san, sourit Yuki. Keiko-taïcho n’est pas là, aujourd’hui ?

-Non, elle est déjà partie.

-Quelle division, cette semaine ?

-La 5° division.

-Vous souhaitez un thé ? Proposa Mikoto en tendant une tasse.

-Je veux bien, merci.

C’était une journée habituelle, donc.


-Bonjour ! Vous êtes Asa-taïcho ?

-Et vous, Hinamori-fukutaicho.

-C’est bien ça !

Son grand sourire ne venait pas jusqu’à ses yeux cernés. Elle dispensait trop d’énergie. Pas étonnant qu’elle ressemble autant à un zombi pas frais !

La plus gradée fit instinctivement un pas en arrière. Un réflexe de survie ?

-J’espère que cette semaine se passera au mieux !

-… M… Moi de même, Hinamori-fukutaicho, assura maladroitement l’hybride.

Se mettant au travail sans piper mot, Keiko se plongea dans les formulaires administratifs, un œil sur la plus jeune, et un frisson lui secouant le dos. Cette jeune âme était terrifiante. Simplement.

C’est dans ces moments-là que la terrifiante capitaine de la 14° regrettait qu’avec l’approche de la guerre les zanpakûtos soient de mise. Parce qu’elle, son zanpakûto, elle ne l’avait pas vraiment à portée de main, si on pouvait dire. Enfin, il fallait savoir pour comprendre. Elle devait s’entraîner, d’ailleurs, elle avait sûrement rouillé.

Au secours, cette femme est une psychopathe. Faudrait l’interner. Même si il y avait plus de risques que ce soit elle qui finisse derrière les barreaux.


-Elle est terrifiante, je te jure !

-Tu as peur d’une gamine qui pourrait être ta fille ?

Et en plus on se moquait d’elle. Mais c’était une mutinerie !

-T’as aussi l’âge d’être ma fille, et il t’arrive aussi de me faire peur, je te ferais remarquer.

-Oh…

Elle la prit dans ses bras avec douceur, collant leurs fronts.

-Alors, comme ça, je te fais peur ? Demanda-t-elle d’un ton doux.

-Oui ma guêpe chérie. Là aussi.

-Oh… Vraiment ?

Un fin sourire ourla ses lèvres. Pas très expressive, il avait fallu à Kyoko la travailler au corps pour qu’un timide « je t’aime » murmuré à la va-vite alors qu’elle faisait semblant de dormir, lui soit adressé par la femme de sa vie.

Il y avait de l’évolution, dis donc…

Se glissant dans ses bras, elle lui bisa la gorge avant de lui murmurer son amour, ce qui fit rougir de gêne sa compagne.


-Oye, Kira !

-A… Abaraï. Tu as besoin de quelque chose ?

-Je venais aux nouvelles, tu sembles préoccupé, ces derniers temps, et on s’inquiète pour toi…

À ces paroles, le blond haussa discrètement un sourcil. C’est maintenant que ses amis s’intéressaient à lui ? Alors qu’il avait rattrapé un peu de sommeil, que l’administration ne stagnait plus et que sa division s’organisait toute seule ?

-Comme tu ne traînes plus avec nous, on aimerait savoir ce qui se passe. On a dit quelque chose de mal ?

Oh… Juste ça ?

Peiné, Izuru ferma brièvement les yeux et ferma son dossier.

-Je dois gérer une division, Abaraï. J’ai d’autres préoccupations.

-Hinamori et Hisagi aussi, et ils nous suivent aussi !

-Abaraï-fukutaïcho. Si mes raisons ne vous suffisent pas, je vous serai gré de quitter mon bureau. J’ai d’importants dossiers à constituer.

Tout d’abord surpris par le ton froid de son ami, Renji se vexa et déguerpit en faisant claquer les shoji derrière lui.

Kira n’était pas fier de ce qu’il venait de faire. Ça l’attristait, mais il est vrai qu’il en avait marre. Il n’avait pas signé un contrat d’attachement avec ses amis, qu’il sache !

Ouvrant son dossier, il caressa distraitement son étiquette.

« Académie des shinigamis. »

Il allait la trouver. C’était sûr.


-Il te reste la… euh…

-Je sais plus laquelle, avoua Keiko.

-En tout cas, ça fait plaisir de te voir travailler, ricana sa compagnie.

-Oui, bon, ça va, tu devrais en profiter, non ?

Installée à son bureau, la capitaine traitait les différents formulaires comme elle en avait maintenant l’habitude depuis deux semaines.

-Il fait si beau dehors ! Gémit plaintivement Kyoko.

-Je ne t’accompagnerai pas, sache-le.

-Alors je n’ai plus qu’à dévergonder les jumeaux !

Aussitôt dit, elle jaillit hors du bureau, à la recherche des susnommés qu’elle comptait entraîner dans sa sortie.

-C’est beau d’être jeune, ricana Keiko.

-Vous êtes encore bien jeune pour pouvoir le dire.

-Oh ! Vieille Ti !

L’ancêtre avançait à petits pas, ridée comme une vieille pomme, ses cheveux neigeux tirés en chignon, ses doigts noueux serrés sur la poignée polie de sa canne.

-Vieille Ti, prenez donc place ! Proposa-t-elle en lui tirant le siège de sa subordonnée. Qu’est-ce qui vous amène ici ?

Elle s’affaira autour d’elle, lui versant un thé et lui servant des gâteaux.

La Vieille Ti était la plus âgée du village. Elle régnait dessus avec l’aura d’une matriarche et autant d’autorité. C’est d’ailleurs grâce à elle que la division avait pu être installée. C’était elle qui avait approuvée l’idée, avait poussé la population à tenter l’expérience.

Elle était une shinigami. Indigne de confiance.

-On ne vous voit presque plus ces derniers temps, des problèmes ?

-Pas tant que ça. Quelques soucis, tout au plus. Le soutaïcho essaye de me ramener dans le Gotei 13.

-Il s’intéresse enfin à notre division ?

Elles échangèrent un large sourire. Elles étaient deux requins. Chacune dans son monde, dévorant les prédateurs et protégeant les proies.

-Et comment ça se passe, mon petit oiseau ?

-L’idée en elle-même, elle me gave. La pratique est un peu plus drôle. Ils sont tellement épuisés que je pourrais leur faire croire qu’ils sont des écureuils, et moi leur déesse.

Elle lâcha un ricanement avant de grignoter une sorte de sablé. Parler avec la Vieille Ti était toujours aussi divertissant.

-J’espère que vous en profitez pour les faire tourner en bourrique !

-Bien sûr, vous me connaissez !


-Il est mignon le vice-capitaine, tu ne trouves pas ?

-Oh oui ! Et son tatouage ! Un vrai appel au viol !

-Et puis il a l’air super doux, romantique…

C’est un soupir énamouré qui traversa des lèvres pleines.

-Caltez volailles ! Rugit une voix féroce.

Les trois pintades s’enfuirent en caquetant… pardon, en geignant, l’arrivée subite les ayant surprises.

-C’est la septième fois ce matin, grogna Keiko en claquant la fenêtre du bureau. C’était déjà comme ça, avant ?

Hisagi ne répondit pas, séparant ses baguettes d’un geste trahissant l’habitude. En face de lui, la jeune femme leva les yeux au ciel en maugréant.

-J’ai l’impression de cohabiter avec Yuki.

Elle reçut à peine un regard curieux.

-C’est une de mes subordonnées. Elle est hautaine et glaciale. Être dans la même pièce qu’elle signifie silence glacé. C’est lourd, pesant, et les crises de nerfs sont légions.

Elle n’eut pas plus de réaction.

-Enfin, je vois même pas pourquoi je m’entête à te faire la conversation. Le mur lui-même a plus de répondant !

Marmonnant tout bas, elle s’assit au bureau, ce qui occasionna une crispation du vice-capitaine. Keiko leva les yeux au ciel. Elle avait eut droit à cette réaction depuis qu’elle était entrée dans la pièce. Alors, certes, le dévouement sans borne du plus jeune était adorable, mais là, c’était à croire qu’elle piétinait la tombe fraîche d’un mort ! Et puis, était-ce de sa faute, aussi, si elle avait été proposé à ce poste ? Elle n’avait rien demandé ! Ah si, de nouveaux sièges de torture. Les précédents étaient noirs de sang séché, lacérés par les ongles et il y restait toujours des bouts de chairs. Une horreur à nettoyer !

En plus, ça faisait mauvaise impression, ça.

Elle mâchonna une bouchée de son bento, les yeux dans le vague. C’est fou à quel point son petit Kira lui manquait à cet instant. D’ailleurs, où allait-elle aller ? Devait-elle privilégier le contact humain ou son sens du devoir ? La 5° division était la plus touchée, mais sa vice-capitaine était des plus… terrifiantes. Sûrement instable, psychologiquement parlant.

Le juste milieu serait là, la 9°. Secouée mais gérée. Avec un vice-capitaine silencieux comme les geôles en printemps -on y enterre les cadavres de l’hiver car la terre est trop dure sinon.

Keiko arracha le morceau de poisson d’un coup de dent brusque.

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