Zanpakūto et trahison

Zanpakūto et trahison – 4/?

Keiko se leva, s’étira, et enfila la veste de son uniforme qui traînait là. Avisant la forme emmitouflée de sa compagne, elle sourit et lui baisa le front avant de sortir de la chambre, au profit de la cuisine où elle s’affaira à la préparation d’un petit-déjeuner consistant. La chose faite, elle se dirigea vers la salle de bain pour s’apprêter convenablement.

Kyoko avait tendance à dormir tard ce qui permettait à Keiko d’avoir une matinée suffisante pour émerger. En échange, la brune pouvait veiller tard sans que ça ne pose le moindre souci. Et au réveil, elle était toujours aussi énergique.

-Ko… gémit celle-ci en passant ses bras autour de son cou. Tu m’as abandonnée ! J’étais toute seule dans ce grand lit. C’était très triste !

Souriant tendrement, l’hybride berça son aimée comme elle put, celle-ci se trouvant dans son dos.


-Bien le bonjour ! Sourit stupidement Kyoko en entrant dans le bureau.

-Bonjour… Asakura-fukutaïcho, hésita Kira.

-C’est bien ça ! Vous avez une bonne mémoire ! S’exclama la jeune femme.

-Kyoko, arrête de draguer, grinça sa supérieure en entrant à sa suite.

Celle-ci soupira alors que le blond piqua un fard. Il n’en restait pas moins homme dans le fond, et les courbes de la vice-capitaine restaient appétissantes.

-Tu as oublié ton haori, capitaine ? Se moqua-t-elle.

-Va manger des glaçons à la 6e, tu veux ?

-Je vais vous laisser, siffla-t-elle.

-Vous êtes Kira Izuru, n’est-ce pas ?

-Oui, Asa-taïcho.

-Suite à la décision du sôtaicho, je me retrouve à la tête de cette capitainerie pendant une semaine, poursuivit-elle. Nous allons donc nous côtoyer durant ce temps. À la différence que je vis toujours dans mes appartements, je n’occuperai pas ceux de la 3e. Ni ceux de la 5e ou de la 9e. Si jamais vous avez besoin de moi et que je suis absente, le mieux est d’envoyer un papillon des enfers. Venir me voir à la 14e vous mettrait en danger, rien de plus. Surtout que vous n’en connaissez guère la position. Je me trompe ?

-Je n’en connaissais même pas l’existence, avoua poliment le vice-capitaine.

-C’est normal.

Elle lui adressa un sourire aimable qui sembla la métamorphoser.

-C’est une division particulière, commença-t-elle. Ce ne sont pas des shinigamis qui y sont enrôlés. Je dois être la seule à en avoir le diplôme.

-Même pas votre vice-capitaine ?

-Elle a échoué à l’épreuve des zanpakûtos.

-Mais…

-C’est moi qui l’ai élevé à ce niveau. Je l’ai choisie.


-Papiers, papiers, papiers…

-Hey, Kira ! Tu nous accompagnes ?

-Papiers, papiers, papiers…

Le blond leur offrit son plus beau regard effrayé alors qu’un bloc mouvant de paperasses… parlait. À la porte, Renji, reconnaissable à sa flamboyante chevelure. Derrière lui, la silhouette frêle de Hinamori et celle silencieuse de Hisagi.

-Matsumoto nous rejoint au bar, le renseigna-t-il.

Soudainement, la masse de formulaires s’écrasa au sol, découvrant le profil d’oiseau de la capitaine.

-Oh non, gémit-elle en se prenant la tête dans la main.

Elle remarqua alors les silhouettes tétanisées des vices-capitaines, ainsi que Kira ramassant l’étalage.

-Laissez, Kira. Laissez. Rejoignez plutôt vos amis. Ils semblent impatients de goûter à votre compagnie.

-Vous êtes sûre de vous, capitaine ?

-Keiko ! Fit une voix de clochette.

-Je suis là ! Lui répondit-elle.

La jeune femme passa devant l’attroupement et aida au ramassage de formulaires.

-Allez-y, je vous dis, répéta Keiko. Je fermerai, rassurez-vous.

Vaincu, le blond obtempéra et alla rejoindre ses amis qui saluèrent les deux femmes. Jetant un regard en leur direction, il intercepta leur baiser. Il piqua un fard mais se promit de ne rien dire. Il s’éloigna en souriant gentiment.


-Les relations capitaine/vice-capitaine ne sont pas autorisées au Goteï.

-Ça tombe bien, nous ne faisions pas officiellement partie du Goteï 13.

-Asa-taïcho ! S’offusqua Kira.

-Eh bien quoi, mon petit Kira ? Ricana-t-elle. Ose me dire que j’ai faux !

Quatre jours étaient passés depuis l’arrivée de la femme-oiseau. Le blond de la 3° avait fini par s’habituer au fait qu’elle réutilisait l’affectueuse expression de son ancien capitaine, Gin Ichimaru, « mon petit Izuru ».

-Le sôtaicho vous a demandé votre aide.

-Il ne reconnaît pas pour autant mon existence.

Elle se leva pour s’entretenir avec les 3° et 4° sièges, dans leur bureau. En revenant dans la pièce, elle portait un plateau à thé.

-Asa-taïcho !

-Kira, grogna-t-elle. Je peux bien t’offrir un thé sans me brûler, tu sais.

Elle déposa en plus une coupelle à gâteau.

-Je n’existe pas. Officiellement, je ne suis présente sur aucun papier.

-Vous êtes diplômée, pourtant ? S’étonna Kira.

Elle lui offrit un sourire doux teinté de tristesse.

-Je n’étais pas dans la classe élite. J’étais dans les moyennes à tendance mauvais résultats.

-C’est pour ça que vous avez été créer votre division ?

-D’une certaine manière. Je suis issue du Rukongaï. Je ne l’ai pas oublié, contrairement à tant d’autres. J’ai offert un emploi à des gens dans le besoin. Une famille aux orphelins. De l’ordre dans le chaos. Un sourire aux déshérités. Et ça permet aussi de repérer ceux qui contiennent un peu de reiatsu. Je ne les envoie pas à l’Académie. Je les éduque. À eux de choisir leur futur. Pas à moi.

Son subordonné la regarda avec de grands yeux.

-Vous… vous êtes…

-Stupide ? Je sais. Ridicule ? Et alors !

-Non, c’est super ce que vous faîtes ! Je me demande pourquoi personne n’y a pensé avant vous…

Ils le savaient très bien tous les deux. Une fois au Seireitei, le Rukongaï était oublié. Les shinigamis se présentaient comme les défenseurs du Rukongaï. Mais ils ne s’intéressaient qu’à leur propre sécurité. Et rien qu’à ça.

-Est-ce que vous allez reprendre notre division, capitaine ? Se risqua-t-il.

-Je ne sais pas encore. Pourquoi cette question ?

-Eh bien…

Il tripatouilla son pinceau d’écriture, les pommettes roses.

-Tu vas mettre de l’encre partout, grogna-t-elle.

Elle ajouta un étage à une pile de formulaires.

-Vous nous faîtes assez penser au capitaine Ichimaru, marmonna-t-il, plus rouge que jamais.

-Il faut vraiment être fou ou stupide pour comparer un oiseau à un renard, ricana Keiko. Mais n’êtes ni l’un ni l’autre. Vous me faîtes un peu penser à ces orphelins dont les parents ont disparu d’un coup et dont l’aîné a pris la relève.

Un sourire doux se grimaça. C’en était presque dérangeant, sur un tel visage. Mais Izuru ne le remarqua pas. Il avait fermé les yeux et il serrait les dents. La situation de sa division était la pire des trois. Car le capitaine Ichimaru n’avait pas cherché à se faire aimer, au contraire de Aizen. Aucun respect ne lui avait été témoigné, il n’était pas Tousen. Aux yeux des autres, il était le traître par excellence. Mais à force de travailler à ses côtés, Izuru savait ce qu’il s’en retournait. Et il avait beau tenter de hurler la vérité, les shinigamis extérieurs à la 3° division semblaient tous sourds.

Il entendit un grincement puis un flottement. Il n’en tint pas compte. Du moins jusqu’à ce que son visage entre en collision avec un tissu doux et qu’une odeur de fleur emplisse son nez.

-Je ne cherchais pas à te faire pleurer, regretta Keiko en lui caressant les cheveux. J’aimais bien Gin. Il m’a oubliée. Mais je l’aimais bien. Il m’offrait des kakis séchés.

À ce souvenir, le vice-capitaine sourit faiblement. Il détestait ce met dont son ancien capitaine se goinfrait. Et ces arbres dans la cour…

-Mais j’ai jamais aimé ces trucs, marmonna-t-elle.

Le rire du blond fut plus clair et plus haut. Il risqua un œil sur la jeune femme qui le tenait encore. Elle paraissait plus… humaine. Plus gentille.

-Prends ton après-midi, Kira. Tes nerfs sont à vifs, les cernes te gonflent les yeux.

-Mais, mais la capitainerie… se défendit-il mollement.

-Je hais la paperasse. C’est un fait. Mais ça n’empêche pas que je sais faire passer le bien-être de mes subordonnés en premier lorsque ceux-ci sont à deux doigts de la dépression nerveuse !

Elle le mit dehors en lui extorquant les clés, et en lui hurlant de filer prendre du repos.

Un peu dépassé et mis à la porte de son propre bureau, Izuru sourit avant de se diriger vers ses appartements de fonction.

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