Réunion extraordinaire. Capitaines et vice-capitaines patientaient tranquillement. Le sôtaicho avait lourdement insisté pour la venue de chacun d’entre eux. C’était ridicule.
La raison de leur présence leur était tout à fait inconnue. Peut-être allait-on leur annoncer un plan de bataille, ou une décision importante pour contrecarrer les plans du traître à la mèche ?
-Hors de mon chemin tas de larbins ! Ordonna une voix puissante.
Le reiatsu qui l’accompagnait était suffocant de bestialité. Cela sembla tout de suite plaire à Kenpachi qui esquissa un sourire malsain, faisant frissonner ses collègues qui évitèrent alors son regard.
Les portes s’ouvrirent avec fracas. On pouvait sentir la colère de cette personne, rien qu’avec son reiatsu.
-Il est là le vieux, j’espère ? Grogna l’intruse.
N’attendant pas de réponse -et de toutes façons, elle était juste en face dudit « vieux »- elle s’avança entre les capitaines alors que la porte se refermait derrière elle en douceur.
Étrange. Ça, la plupart des personnes présentes étaient d’accord là-dessus. De taille moyenne, ses membres semblaient lourds et elle éprouvait de la difficulté à se mouvoir. Ses yeux étaient jaunes comme ceux des rapaces, ne les rendant que plus cruels. Et la pire des bizarreries ne se trouvait-elle pas sur sa tête ? En effet, ses cheveux n’étaient pas comme les vôtres ou les miens. C’était un assemblage de petites plumes brunes et blanches qui allaient jusqu’aux épaules. Une bien étrange femme, en vérité.
Elle se planta devant le soutaïcho, les bras croisés, un air de défi dans ses petits yeux perçants.
-Tu me voulais ? Me voilà.
-Tu n’as pas pris ton haori ? S’étonna le plus gradé.
-Va te faire voir.
Certains portèrent leur main à la poignée de leur zanpakûto à cette réponse, prêts à sauter à la gorge de cette impudente.
-Ta vice-capitaine n’est pas venue ? Poursuivit le soutaïcho comme si de rien n’était.
-Elle a des interrogatoires pour toute la journée. J’étais supposée y participer, mais tu me prive de ce plaisir. Ça t’amuse, avoue.
Cet échange interloqua nombre de personnes qui le montrèrent plus ou moins.
-Bref.
S’adressant aux gradés présents, Yamamoto présenta la jeune femme.
-Voici Keiko Asa. Elle prendra tour à tour la gérance de nos trois divisions durant une semaine, avant de fixer son choix et d’en gérer une.
Un grincement se fit entendre de la part de la présentée. De profil, elle était encore plus effrayante, son nez semblable à un bec, et ses doigts en forme de serres n’étaient pas pour les rassurer. Komamura claqua des mâchoires et Kurotsuki sourit un peu plus. Peut-être arriverait-il à prodiguer quelques expériences sur cet hybride oiseau ? Peut-être…
-Croyez-moi bien, je ne suis pas du tout enchantée de vous rencontrer.
-Asa ! Siffla le vieil homme.
-La ferme vieux fou ! Cria-t-elle. J’étais très bien dans ma capitainerie !
-Vous appelez capitainerie cette cabane au fond du Rukongaï ?! S’exclama ledit fou.
-Oui ! Et je l’affirme ! Mes subordonnés sont très contents d’y travailler ! Ils peuvent habiter juste à côté pour pas cher, et on a tout plein d’autres commodités dans le genre !
-C’est ridicule ! Vous n’avez pas à vous soucier de ce genre de préoccupations ! Ce sont à vos seuls subordonnés de s’en inquiéter !
-Une division qui marche, ça veut dire des hommes prêts à tout et un capitaine attentif à leurs besoins !
Certains capitaines hochaient la tête, montrant ainsi qu’ils étaient d’accord avec leur étrange collègue, alors que d’autres lui portaient un regard méprisant face à de telles stupidités.
Mais elle n’en avait cure pour le moment. Un nouveau reiatsu se faisait sentir et elle semblait le connaître.
-Aïe. Je suis mal, là… Papi-Yama ? Tenta-t-elle piteusement.
-Débrouille-toi, grogna-t-il en réponse.
Elle disparut alors derrière le siège du vénérable shinigami alors que les portes s’ouvraient à nouveau.
-Kei-chan ?
Semblant se désintéresser des vingt-cinq personnes présentes, elle alla se poster derrière le seul fauteuil de cette pièce sans meuble.
-Kei-chan ! Tu te lèves tout de suite, sale serpillière !
-Mais Kyoko, tenta ladite serpillière. Que fais-tu là ? Tu devais aller mater le récalcitrant !
-Tu t’es barrée sans un mot, me laissant ce bâtard digne de la 11° ! rugit la dernière venue.
-Je t’avais prévenue…
-Un mot minuscule caché sous la paperasse !
Elle fulminait alors que sa capitaine cherchait à se carapater discrètement, mais ça n’empêchait pas les hommes présents d’admirer sa beauté à la fois noble et vulgaire. Sa peau pâle rappelait la porcelaine et ses yeux de biche étaient aussi noirs que l’encre. Elle avait un cou fin lui offrant un air de poupée fragile, ajouté à ses membres fins. Elle était gracieuse malgré ses mouvements brusques.
La colère -ou la fureur- n’entachait point son teint d’aristocrate. Ses cheveux bruns étaient arrangés en une coiffure bizarre. Elle ne portait pas l’uniforme noir, mais un kimono bleu pâle à pois mauve cachant mal sa poitrine généreuse, et un obi bleu marine, rappelant le bord interne. Ses manches évasées cachaient ses mains. Nulle trace de zanpakûto, et pourtant elle respirait la puissance. Ne venait-elle pas de sous-entendre qu’elle était la vice-capitaine de Asa-taïcho ? Mais elle ne portait pas le signe distinctif d’une quelconque division, tout comme sa supérieure.
Le vieillard toussota, faisant se figer les deux femmes avant de se relever en une stature militaire.
-Asa-taïcho, Asakura-fukutaïcho. De la rigueur, je vous pris ! Vous n’avez plus soixante-dix ans !
-Vieux croûton, marmonna la brunette.
Elle reçut un coup de bâton sur la tête en réponse. Asa pouffa, une main sur la bouche, avant de se faire fusiller du regard. Elle se tût immédiatement.
L’on ne savait plus quoi penser du duo. La plus gradée des deux ne semblait plus aussi menaçante, juste un peu désagréable, et encore.
-Vous vous débrouillez entre vous pour gérer à la fois votre division et celles abandonnées. Je ne veux pas le moindre retard pour vos rapports.
-Faudrait d’abord qu’on vous les rende, grogna l’hybride.
-C’est vrai que de ce côté-là… pouffa sa subordonnée.
La réunion, organisée à l’occasion de cette intronisation peu ordinaire, se termina rapidement, pour le plus grand bonheur des autres capitaines. Ce fut une sorte de soulagement quand ils purent enfin prendre congé.
-Asa.
-Quoi encore ? Grinça l’interpellée.
-Fais de ton mieux.
Le ton soucieux figea la jeune femme avant qu’elle ne lui sourie. Ce sourire sembla la métamorphoser un peu, la rendant plus femme qu’oiseau.
-Alors Kei-chan ? Sur quoi va se porter ton choix ?
-L’avenir seul nous le dira, répondit-elle évasivement.
Sans un mot, elle s’éloigna de la première division, sa vice-capitaine lui emboîtant le pas. Des capitaines les attendaient, affichant des sourires plus ou moins rassurants (Non, Kenpachi et Kurotsuki n’ont pas de sourire rassurant) pour leur souhaiter la bienvenue.
Kyoraku voulait faire la fête, appuyé de Matsumoto et d’Abaraï ; Ukitake, Hisagi, Hitsugaya, Soi Fon, souhaitaient reprendre leur travail, ou juste retrouver ce silence si rare et absent de leurs bureaux.
