Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 7e journée :: Qui sommes-nous donc ? 7/21

Bien vite, ils se mirent en route pour le village où Vichina devait récupérer ses possessions. Le trajet se déroula comme le repas, le silence seulement troublé par quelques échanges de paroles. Yû s’était habillé en civil, mais Mugen restait à ses côtés. Simple prudence, on ne savait jamais, et son golem faisait office de décoration pour les cheveux de sa sœur. Komui avait été intransigeant sur ce point et ils avaient donc dû accepter. En grognant, certes, mais ils avaient tout de même accepté.

Les jumeaux s’installèrent dans le petit gîte où l’exorciste avait déjà séjourné. Ils avaient longuement hésité sur le rôle à endosser. Ce rôle découlait sur la manière de se comporter entre eux et la chambre à demander. Ils avaient fini par opter pour le couple de jeunes mariés en voyage. Ça leur permettait nombre de gestes affectifs qu’ils s’étaient découverts, particulièrement de la part de la jeune fille qui avait tendance à le prendre dans ses bras subitement, et de nicher son visage contre son épaule.

Prétextant une promenade, -à moitié vraie, après tout- Kanda guida sa grande sœur jusqu’au cerisier. Ils avaient pris un pas de ballade, lui, droit, un sourire léger ornant son visage, couvrant avec tendresse sa partenaire qui se suspendait à son bras, un large sourire sur les lèvres, dévorant le paysage de ses yeux gourmands, riant aux éclats suite à une quelconque histoire drôle ou autre souvenir cocasse. Oui, ils ressemblaient à n’importe quel couple normal.

Arrivés au pied du cerisier solitaire, Vichina soupira se sépara de son benjamin et passa quelques buissons en les enjambant. Elle s’agenouilla pour ramasser une sorte de pendentif piétiné. Le bijou dans sa main, elle grimpa au tronc et enfonça son bras dans le trou en haut, au centre de la fourche, avant de le ressortir, un sac de toile brune à la main. Elle sauta en arrière, se retrouvant auprès de son double, chargée de son « butin ». Adressant un sourire à son frère, elle se pencha et fouilla dans les buissons d’où elle sortit deux katanas, une paire de bottes et un paquet de linge.

Elle rosit un peu en croisant le haussement de sourcil de son double, et lui adressa un sourire gêné avant d’enfourner ses trouvailles dans le sac et de s’emparer de sa main pour reprendre leur promenade là où elle s’était arrêtée.

Une fois revenue à l’auberge, ils allèrent souper après avoir déposé les affaires de Vichina. Le repas ne dérogea pas à la règle. Les deux Kanda appréciaient ça. Le silence n’était pas lourd mais au contraire bien agréable. Ils ne savaient pas si ça venait de leur gémellité, toujours est-il qu’ils n’avaient pas besoin de beaucoup parler pour se comprendre. Et puis, il leur fallait du temps pour ré-accorder leurs vies solitaires ensemble.

La nourriture avalée, ils rejoignirent leur chambre. À la demande de son frère, Vichina posa son bagage sur le matelas et défit la corde le fermant. Étalant le carré de tissu rêche sur les draps avec soin, elle sourit doucement en revoyant ses affaires. Chaque objet était porteur d’un souvenir, faisait parti d’un morceau de sa vie.

Derrière elle, Yû observait le contenu : des vêtements, des kimonos, des ustensiles de cuisine, une boîte à l’air médical, une petite bourse et une sacoche dans laquelle semblaient s’entrechoquer des objets. Il ne fit aucun commentaire, mais haussa un sourcil en apercevant quelques armes disséminées ici et là parmi des affaires anodines.

Contournant sa sœur qui triait un peu avant de refermer le sac, il s’assit sur le lit et la regarda.

-Tu avais parlé d’une innocence en ta possession…

-Hm ? Bien sûr ! S’exclama-t-elle avant de lui présenter les deux katanas. Je te présente Kiba.

-Pardon ? S’étonna-t-il en observant les armes.

Les katanas étaient semblables. Fourreau sombre, garde à une main et demi, une pierre ronde pas plus grande qu’un calot et de couleur bleu profond avec quelques teintes de turquoise incrustée dans la poignée. Une sorte de halo blanc au milieu.

Les yeux du jeune homme s’arrondirent en comprenant.

-Ce sont des lames jumelles ?

-Oui oui, sourit-elle. Avec une innocence séparée. Celle de la protection.

-Comment ça ?

Malgré son interrogation, Kanda ne reçut pas de réponse. Sa sœur se déshabillait devant lui sans pudeur aucune. Il détourna, les joues rougies. Il ne la regarda qu’en sentant le matelas s’affaisser.

Elle lui tournait le dos et chantonnait doucement. La tête penchée sur le côté, elle tenait ses cheveux dans sa main droite alors que les doigts de la main gauche les peignaient doucement. Le yukata qu’elle avait enfilé était d’un rose pâle et constellé de petits points jaune pollen. Elle l’avait mis d’une manière nonchalante, car ses épaules étaient dénudées, le tissu ayant glissé.

Yû fixa cette peau ressemblant tellement à la sienne et que la lueur de la bougie rendait digne d’une peinture. Avançant son bras, il posa doucement sa main sur cette peau offerte. La sienne semblait plus foncée. Mais en un sens, ses mains étaient plus souvent au contact du soleil que les épaules de sa sœur, non ?

Vichina se retourna avec lenteur et lui adressa un doux sourire avant de placer ses cheveux sur son épaule droite. Elle repoussa les couvertures tout en pivotant sur elle-même puis glissa ses jambes dessous. Elle attrapa la main de son frère et y posa ses lèvres, puis se coucha en le regardant. Son yukata, bien que nonchalant, était bien fermé. Elle le portait toujours ainsi, en fait. Son jumeau se déshabilla au profit de son sous-vêtement et s’allongea à son tour. Il loucha un peu quand son double l’embrassa sur le front.

-Passe une bonne nuit, otôto…

-Toi aussi nee-chan, bâilla-t-il.

D’un même mouvement, ils se retournèrent et s’endormirent plus ou moins vite. Le lendemain signifiait le retour au QG et l’intronisation de Vichina. Cela signifiait aussi une certaine séparation. Elle allait sûrement recevoir une chambre individuelle, aurait ses propres missions, un maréchal déciderait de la prendre comme disciple…

Yû venait à peine de retrouver celle qui lui manquait que déjà elle allait lui être arrachée ! Maintenant, il comprenait un peu mieux les réactions et sentiments de Komui. Mais il espérait ne pas devenir aussi atteint que lui !

Des gémissements se firent entendre auprès de lui. Des plaintes étouffées, des sanglots sans larmes, des prières murmurées… Yû se releva d’un coup de rein et se pencha vers sa sœur. Il la vit se tortiller lorsqu’il plaça sa main sur son épaule. Quels pouvaient être ces songes ? Ils n’étaient pas très roses. Se sentant inutile, il la prit dans ses bras et se colla à son dos. Il la sentit se détendre contre lui et elle se calma peu à peu.

La nuit se passa sans autres événements. Au réveil, ils étaient juste l’un dans les bras de l’autre. Si au début Kanda protégeait Vichina de l’extérieur, là c’était l’inverse. Pelotonné sur lui-même, Yû tenait en sa main droite un des revers du yukata, sa tête blottit contre la poitrine de sa sœur. Celle-ci le tenait comme une mère son enfant, sa tête sur la sienne, leurs cheveux emmêlés. Si le visage du garçon un air épuisé était visible, sur celui de la fille, c’était un air quasi-maternel. Tout en elle respirait la jeune mère à vrai dire.

De retour à la Congrégation de l’Ombre, ils se séparèrent, Yû allant s’entraîner, et Vichina devant retrouver le Sur-Intendant et remplir certaines paperasses. Elle était nerveuse car elle savait que plusieurs questions allaient être posées, et elle préférait que les réponses restent entre son futur supérieur et elle-même, même si elle avait peu d’espoir que ce fut le cas.

Poussant doucement la porte, elle pénétra dans le bureau et referma le battant derrière elle. À son bureau, le chinois était réveillé et semblait travailler, une tasse à ses côtés. Personne d’autre qu’eux deux.

Soupirant d’aise, Vichina alla prendre place en face du jeune homme après l’avoir averti de sa présence. Il sortit une chemise en carton, l’ouvrit et y plaça de nombreuses feuilles encore vierges. L’interrogatoire allait démarrer.

-Nom, prénom, âge, profession, nationalité ?

-Kanda, mais je n’y ai pas le droit, Vichina, 18 ans, aucune, Japonaise.

Les questions se poursuivaient. Aucun commentaire ne fut émis de la part de qui que ce soit. La jeune fille restait vague sur certaines parties de sa vie, mais il ne lui en tint pas rigueur.

L’entrevue finie, il restait la rencontre avec Hevlaska. Une simple formalité, espérait-elle. Komui lui tint la porte en souriant. Ils discutaient tranquillement d’un peu de tout et beaucoup de rien. Mais ils se turent arrivés à l’ascenseur menant au sous-sol. Bien vite l’être nimbé de lumière fut visible et prit en charge la « nouvelle ».

-… 78%… 78,5%… Synchronisation étonnante pour ce genre d’innocences, fit remarquer la gardienne des cubes divins.

D’ordinaire, ce n’était pas nécessaire, mais l’entité avait décidé de l’inspecter entièrement.

Elle la reposa avec douceur sur ses pieds. La jeune fille semblait sonnée, presque nauséeuse. Le jeune homme échangea quelques mots avec l’être de lumière avant qu’ils ne prennent congé, puis tous deux rejoignirent la pièce réservée au supérieur.

-Malheureusement, on va avoir des problèmes de place. Tu vas être obligée de partager ta chambre avec quelqu’un.

-Pas grave. Je peux rester avec mon frère ? Demanda-t-elle.

Le chinois sourit et acquiesça. La jeune fille lui avait tout raconté, et il était assez tard ce qui expliquait que la faim grondait maintenant en leurs estomacs.

-Bon, allons manger, ce sera une bonne occasion pour te présenter aux autres, non ? Proposa le plus vieux.

Vichina accepta avec enthousiasme, heureuse de la perspective de revoir son frère qu’elle n’avait pas revu depuis la matinée. Ils se levèrent donc pour rejoindre le réfectoire. Leur entrée se fit remarquer.

-Je vous présente Vichina, une nouvelle exorciste.

La jeune fille lui avait bien fait comprendre qu’elle n’avait pas le droit d’utiliser le nom de Kanda. Et il avait bien remarqué que la demoiselle était comme son frère : elle menaçait facilement les gens avec son arme si le besoin se faisait ressentir.

La « nouvelle venue » fut saluée avec chaleur, ce qui la faisant rougir et regarder le sol. Une main se posa sur son épaule et elle fut pressée contre un torse masculin, sa tête plongea dans un cou au parfum de fleur de Lotus.

-Je vous préviens. C’est ma sœur. Si l’un ou l’une d’entre vous lui fait quoique ce soit de mal, il aura affaire à Mugen, compris ? Déclara Yû, ses yeux brillants de colère.

Personne ne disait mot, surpris qu’ils étaient de l’accolade des deux Kanda sans parler de la réaction du jumeau.

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