Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 5e nuit :: Laissez-moi pleurer mon cœur 18/21

Faisant face au miroir de la salle de bain, Vichina entreprit de remonter ses cheveux. Elle savait son frère de l’autre côté de la porte. Il n’attendait rien de particulier. Non. Il lui faisait juste une sorte de « crise du petit-frère ». Il voyait sûrement en elle une mère, plus qu’une sœur. Mais arriverait-il à y voir l’amante ? Il en avait déjà la jalousie…

Tortillant machinalement ses mèches, elle porta un regard blasé sur celle qui lui tenait compagnie. Elle ne lui adressait pas un mot. Elle ne pouvait pas. Et ce n’était même pas la protection rapprochée de son frère. Non.

Elle ne pouvait plus prononcer le moindre mot depuis que Allen et Yû l’avaient retrouvé. Déshydratation avait diagnostiqué un médecin du coin. Elle semblait être restée trop longtemps au soleil sans s’être souciée de la chaleur ou de la soif. Depuis son éveil, elle reprenait ses facultés une à une. Mais pas celle de parler.

Elle fixa le peigne en bois de cerisier dans sa coiffure et passa ses zori d’un geste souple. Elle sortit, passant devant son jumeau sans prononcer le moindre mot ou exprimer une quelconque attente. Elle ne vit pas sa réaction. Ça l’aurait fait sourire, pourtant. Elle se serait faite charmeuse, aurait joué le jeu.

Dans la plus pure tradition japonaise, elle était magnifique.

Mais son estomac primait sur tout. Alors elle ouvrit la marche pour le réfectoire, telle une statue de glace. Telle la jumelle de Yû Kanda. Elle semblait inaccessible, ce qui renforçait son charme, une figure de proue.

Elle prit place auprès de Allen qui avalait sa demi-tonne quotidienne, Link pinçant les lèvres en face de lui. Il lui offrit un bonjour fatigué et elle un pauvre sourire.

Central était tombé sur un rapport dévoilant sa pluri-compatibilité. Elle ne pourrait plus leur échapper. Elle était prise au piège. Elle était morte.

Son frère lui souhaita un bon appétit, elle pencha la tête en réponse. Lavi l’évitait depuis leur rupture, Lenalee n’avait plus confiance sur le contrôle de Allen.

Allen et Vichina, tous deux classés comme monstres à éviter. Rien n’était de leur faute, mais bien à celle du hasard.

Par faute de manque d’effectifs, Vichina, interdite de mission, se retrouvait livrée à elle-même, toute la Congrégation lui servant de chaperon. Allen reprenait son rôle d’exorciste, accompagné de Link. Elle pourrait faire ce que bon lui semblait, sauf…

Vivre.


« Elle a perdu toute envie de vivre… Je me trompe ?« 

« Non, non, tu as raison. Elle a recommencé.« 

« Comment cela recommencé ? Ça lui est déjà arrivé ?« 

« Plus souvent qu’on ne le croit« 

« Oh didious, pourquoi doit-elle être mon hôtesse ?« 

« Pourquoi tu t’es réveillé ?« 

« … Okay, je m’incline.« 

Vichina se retourna dans son sommeil.


-T’es toute pâlotte.

-Bonjour.

-Ouais, bonjour. T’es toute pâlotte.

-Occupe-toi de ta Lenalee, et lâche-moi la grappe.

La voix cassa brutalement, et sa respiration se fit un brin sifflante.

-Tiens, bois.

Il l’observa faire sans un mot.

-N’empêche que t’es pâlotte. T’as pas l’air d’aller bien.

« Non, tu crois ?« 

-Te fiche pas de moi. On dirait que tu te laisses vivre, tout en espérant mourir à la moindre seconde qui passe.

« Perspicace.« 

-Bon, à ce que je vois, je ne suis pas le bienvenu, alors je vais te laisser.

« C’est ça, fuis, on sait jamais, après tout, l’anormalité est contagieuse…« 

Elle ne put empêcher ses larmes de rouler. Mais elle put les retarder, de sorte que Lavi était déjà parti, quittant l’infirmerie d’un bon pas. Elle ferma les paupières, l’esprit fatigué, tout comme son corps affaibli par la maladie.


-Bon retour grand-frère ! Chantonna-t-elle.

-Bonsoir Vichina, souffla-t-il.

Comme il semblait mort de fatigue, elle accourut à lui et entreprit de lui ôter ses affaires.

-Ton bain est prêt.

-Tu savais que j’allais rentrer aujourd’hui ? Fit-il d’une voix étonnée.

-Non…

« … mais je l’espérais. » finit-elle dans son esprit.

Elle le regarda se couler dans l’eau chaude en soupirant d’aise. S’agenouillant dans son dos sans se soucier qu’elle trempait son léger yukata, elle passa ses mains dans les longs cheveux sombres, les relevant avec des gestes doux, pour les attacher en un chignon lâche. Elle reposa ses mains sur les épaules musclées et les fit glisser en des gestes qui trahissaient l’habitude.

C’était un très bon massage. Il se sentit fondre comme une bougie allumée entre les mains de sa jumelle, ce qui n’était pas pour le déplaire.

-As-tu faim ? Chuchota-t-elle pour ne pas briser l’atmosphère détendue.

-Oui.

-Je reviens.

Il ne lui fallut guère longtemps pour revenir avec un plateau qu’elle installa au travers de la baignade.

Elle reprit sa place et patienta calmement. Lorsque plus un seul aliment ne resta, le plateau repartit d’où il était venu et le massage reprit, s’étendant sur tout le corps. Absolument tout le corps.

Yû se cambrait sous les caresses adroites, les attouchements précis. Il sentait son âme se détacher de lui, cherchant à atteindre les nuées délicates du plaisir.

Il jouit, reprenant pied avec la réalité terrestre.

Haletant, il remarqua alors l’apparence de sa sœur aînée.

Assise à moitié sur le bord glissant de la baignoire, elle avait repliée une jambe sous elle. Ses cheveux avaient glissé hors de sa coiffure, collant à sa peau, aux tempes. Ses joues étaient rosies par la température de la pièce, mais aussi par sa dernière action. Son yukata bleu pâle était trempé. Court, ne lui allant qu’à la moitié des cuisses, il dévoilait là une épaule -la manche ayant été emportée par le poids de l’eau- là encore l’arrondi du sein -le obi s’était fait lâche- ici encore, la hanche s’imaginait -l’eau avait moulé parfaitement le tissu. Penchée vers lui, elle ne semblait pas se rendre compte de l’image qu’elle lui offrait ainsi. Enfin…

-Ton regard chercherait-il à me brûler sur place ? Murmura-t-elle.

L’épaule fut un peu plus dévoilée, l’eau se faisait plus pressante, dirait-on. Le sein se dessinait un peu plus sous le tissu.

-C’est moi qui brûle, là, murmura-t-il d’une voix rauque, alors viens donc éteindre ce feu-là !

Il agrippa son poignet et la fit tomber dans l’eau, la trempant entièrement, la plaçant ainsi à califourchon sur ses jambes. Il n’en fallut pas plus pour qu’il ne la défeuille rapidement.

Elle voulait l’embrasser, il préféra gober son sein si rond, si lourd, pour ne tirer que gémissements et ondulations de son bassin. Elle frémissait, chair molle et docile, partant en quête de plus de plaisir.

Il referma ses dents sur la pointe tout en s’emparant de son intérieur. Il la prenait sauvagement, sans se soucier de quoi que ce soit, même pas de son propre plaisir.

Il voulait la soumettre, qu’elle lui appartienne.

Il serra fort ce sein, très fort. Au point qu’il devienne rouge et sensible.

La jouissance les frappa, douloureusement, pour les laisser haletant et sans énergie.

-Je suis désolé, fit finalement Kanda.

-De quoi ? Je t’ai allumé, du début jusqu’à la fin, rétorqua sa sœur en se relevant un peu.

Il ferma les yeux, grimaçant douloureusement.

-Tu m’as utilisé, alors…

-Non.

Il regarda sa sœur qui se blottit entre ses jambes, se calant contre son torse.

-Non, répéta-t-elle. Je suis juste un monstre, rien de plus.

Kanda ne répondit pas, fixant la peau couturée de sa sœur. Cette dernière sentait la caresse de ses yeux et soupira.

Il frôla du bout des doigts cette « histoire ».

-Ce sont bien des innocences ? Murmura-t-il, incrédule.

-Oui petit-frère. Je te l’ai dit, je suis un monstre.

-C’est ce Takahashi ?

Le silence lui suffit.

-Combien ?

Un temps.

-Combien de ces pierres te rongent-elles ?

-Quatorze.

Les yeux sombres s’écarquillèrent. Quatorze ?! Mais…

-Certaines ne sont pas « réveillées ». Peut-être ne le seront-elles jamais, ajouta-t-elle pensivement.

-Et qu’est-ce, sur ton bras ?

-Rien d’important.

Elle se releva, quittant la pièce d’un pas rapide, attrapant une serviette au passage et s’en entoura. La porte claqua. Yû resta seul dans la baignoire. Vichina était allée se réfugier dans la chambre et les bras de Allen, juste vêtue de sa serviette, où elle put éclater en sanglot, sous les yeux fermés de Link et la tristesse de son cadet.

Ce qui devait lier les Kanda risquerait de les mener à leur propre perte…


-50… 51… 52… C’que tu fais là ?

-Parler. Les enfants sont couchés.

-Et 60. Je t’écoute.

S’asseyant à même le sol, le Japonais s’essuya le haut du corps où la sueur avait perlée. Il regardait la jeune femme qui lui faisait face. Ses lèvres étaient tellement pincées qu’elles avaient, semblait-il, disparu. Il lui arrivait parfois de se demander pourquoi il l’avait épousée.

Parce qu’il l’aimait.

« Ah oui, c’est vrai.« 

-Que voulais-tu donc me dire ?

-La petite. Ce qu’on doit en faire.

-C’est toi qui as voulu la garder, lui rappela-t-il.

-Parce qu’elle est utile. Et…

-Et ?

Il avait froncé les sourcils. Que manigançait -encore- sa femme ?

-On pourrait la marier à Yû.

Là, il réfléchissait, pesait le pour et le contre. Cette union ne pourrait être difficile. Elle permettait de laisser la famille entre elle et qu’ainsi rien n’en ressorte. Puis Vichina n’avait jamais été déclarée comme leur fille…

-Yû aura Vichina, pour le bien du clan Kanda, annonça subitement le chef de famille sous le regard satisfait de sa femme.

Ainsi soit-il.


-Tiens, regarde celle-là… Mignonne, hein ?

-… Elle est pas un peu jeune ?

-On n’est jamais trop jeune, rétorqua-t-il.

-Ça va, ça va, t’emporte pas, marmonna l’autre. Elle est mignonne.

-Ah, tu vois !

Ils tirèrent sur leurs cigarettes, jetant quelques regards sur la personne en question.

-J’suis sûr qu’elle est plus vieille que ça…

-Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

-Enfin, c’est évident ! Toutes les filles cherchent à paraître plus jeune !

-Mouais, grommela-t-il, peu convaincu.

Un temps.

-T’es sûr de toi ?

-Mais regarde-la ! Elle n’attends que ça !

Il la regarda un peu mieux, la scrutant quelque peu.

Le cheveu noir et lisse, attaché en une queue de cheval, elle buvait à petites gorgées le contenu d’une tasse de faux porcelaine. Son corps menu disparaissait sous une tenue poussiéreuse mais qui ne cachait rien de ses formes un peu développées. Oh ! Rien de très important, mais suffisamment pour voir la femme dans ce corps de fillette.

Blasé, il observa son « ami » se lever pour prendre place auprès de sa proie.

-Bonjour beauté.

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