Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 5e journée :: On fait quoi maintenant ? 5/21

Parcourant les couloirs d’un pas à la fois rapide et amorti, les cheveux fouettant l’air derrière lui, l’aura menaçante l’entourant éloignaient les rares gens qu’il croisait dans le couloir.

Enfin de retour dans leur chambre, Yû s’empressa de déshabiller Mitsuko, lui enfiler sa « chemise » de nuit et la coucher. Cela fait, il se déshabilla à son tour pour foncer dans la salle de bain afin de se délasser sous le jet brûlant. Peu après, il se coucha, entourant la petite de son bras droit.


En pleine nuit, dans la chambre abritant Yû Kanda et sa petite protégé, une douce lueur bleue éclaira les murs un bref instant. Assez longtemps pour être perçue par quelqu’un de réveillé, mais pas assez pour faire sortir quelqu’un de son sommeil.

Dans le lit, la silhouette la plus proche du mur et entourée de bras protecteurs, se retourna, expirant plus bruyamment, comme sortie d’une longue apnée. Elle passa un bras d’un geste paresseux autour de la taille de son compagnon de couchette. Le silence fut roi.


-Hm… grogna Kanda en se réveillant.

Le bras droit levé au-dessus de sa tête, la tête tournée du même côté. Ses cheveux dans tous les sens mais plus particulièrement dans les yeux. Le bras gauche sur son torse dont les doigts commençaient à pianoter doucement. Puis, la sensation bizarre d’un corps lourd sur soi. Non, Yû n’avait pas oublié la présence de Mitsuko, non. Le problème était que ce poids-là était bien plus lourd que d’ordinaire.

Se relevant de moitié, le jeune homme cilla plusieurs fois, cherchant à comprendre ce qui ce se passait. Il écarquilla les yeux une fois les brumes de son cerveau écartées et l’information le percutant : une jeune fille était contre lui.

À première vue, elle devait avoir entre 16 et 20 ans, avait de longs cheveux noirs à reflets bleu marine, aux airs asiatiques, aux muscles développés et aux membres fins… du peu qu’il put voir, étant donné que cette fichu couverture de ****** lui cachait la moitié de ce corps féminin.

Approchant sa main gauche de la tête calée sur son nombril, Yû se mit en équilibre sur son coude droit. Mêlant avec douceur ses doigts aux mèches foncées, l’exorciste fit fonctionner ses méninges à plein régime. D’où venait cette fille ? Et, surtout, qui était-elle ?

Un grognement et un mouvement le prévint du futur réveil de la jeune femme. Celle-ci bailla avant de se bouiner un peu plus en soufflant doucement, chatouillant un peu l’oreiller par défaut.

Un gémissement plus tard, la jeune femme se releva, les cheveux devant le visage et un air plutôt perdu. Elle s’assit, dos au mur, et laissa son regard voguer sur ce qui l’entourait. Jusqu’à ce que le kendoka entre en son champ de vision. À ce moment, le jeune homme se prépara au cri suraigu que pousserait n’importe quelle fille découvrant un homme dans son lit.

Mais rien. Pas un cri, pas un geste. Entrouvrant légèrement les paupières, le jeune garçon la vit avancer à quatre pattes. Elle finit par s’échouer contre Yû, les bras passés autour de lui, la tête appuyée sur le tatouage figurant sur son torse. Posant ses mains sur chaque épaule de la jeune femme, Kanda l’éloigna de lui tout en essayant de se souvenir d’elle… Qui donc était-elle ? Son visage lui disait quelque chose, mais il était bien incapable de se rappeler qui…

-Qu’est-ce que tu fous là ? Grogna-t-il, pour finir.

Un regard étonné le dévisagea. Ce même regard finit par descendre sur le corps de son propriétaire. Cette dernière finit par sourire joyeusement tout en bougeant les doigts.

-Alors, c’est donc fini… Génial, soupira-t-elle.

Elle se laissa tomber sur son compagnon de lit avec un grand sourire. Sauf que, prévoyant le coup, il avait bougé, et il put donc l’éviter. L’incompréhension marquait ses traits.

-Mais Kanda ! Gémit-elle pitoyablement, le nez dans le matelas.

-Que-fais-tu-dans-mon-lit ? Articula dangereusement le japonais, pointant Mugen vers l’intruse.

-Bah… euh… Je dormais ? Tenta-t-elle en se relevant tout en reculant, vite bloquée par le mur.

-Essaye encore.

-Tu… tu ne me reconnais pas ?

-Non. Je devrais ?

-Bah…

-Attends, la coupa-t-il en détournant son regard. Tu pourrais t’habiller, s’il te plait ? C’est assez… gênant.

-Je pense que je ne rentre pas dans mes habits, soupira-t-elle de nouveau.

-Alors ne bouge pas, OK ?

Posant sa lame avec soin à terre, Yû fouilla dans son placard pour en sortir une chemise propre, un pantalon noir, une paire de bottes en cuir, un boxer et des pansements. Pendant ce temps, la demoiselle inconnue était restée statique. Sa chemise à moitié déboutonnée laissait voir la forme des seins, seins qui semblaient tendre la toile blanche, le bord du bas était donc plus levé qu’à la normal, dévoilant le haut des cuisses tout en les frôlant. Elle n’avait pas l’air de remarquer sa tenue plus que… dérangeante ?

-Tiens, va dans la salle de bain les enfiler, grogna l’exorciste en regardant ailleurs avec les joues écarlates.

-Bien, fit-elle en les prenant à son tour.

Se levant, elle les pressa contre sa poitrine. Sauf que, étant debout, la chemise était encore moins couvrante au niveau des jambes ! Voire, en fait, plus du tout… Déglutissant avec peine, Kanda s’efforça de penser à autre chose. Un visage aux cheveux blancs parut dans son esprit.

Oui ! voilà ! Penser à massacrer le moyashi ! L’étrangler ! L’étriper ! L’éplucher ! L’embrasser ! Oui ! Euh… en fait… Noooooon ! Mais c’est quoi ce bordel ?!

N’ayant aucune connaissance de l’enfer qu’était en train de vivre le pauvre kendoka dans sa chambre, la jeune adulte était en train de prendre une douche, nettoyant ses plaies avec douceur, caressant les pierres bleues serties en sa peau. Les doigts démêlèrent les mèches sombres, les nettoyant des croûtes de sang formées par la plaie à la tête.

Poussant la paroi transparente et accompagnée de vapeur d’eau chaude, elle attrapa l’une des épaisses serviettes blanches mises à disposition et y apposa son visage. Une fois celui-ci essuyé, elle s’attaqua à ses cheveux encore un peu trempés. L’étoffe moelleuse frotta ensuite l’épiderme, lustrant les pierres, tamponnant les cicatrices encore fraîches et annihilant toutes traces d’eau.

Cela fait, elle enfila le boxer, puis le pantalon. Se baissant un peu, elle fit des ourlets, évitant ainsi au vêtement de trop se frotter au sol. Puis, vint le plus difficile : les bandages. S’en emparant, elle décida de bander sa (large) poitrine avec, au dépit des blessures. S’assurant qu’ils étaient bien fixés, -elle avait du mal à respirer, en un sens- elle passa alors la chemise blanche. Mais, avant de la boutonner, elle peigna ses cheveux de la main avant de les tortiller sur eux-même pour finir par esquisser une boucle, les attachant ainsi par eux-même. Appréciant alors sa coiffure, elle ferma la chemise, retournant les manches sans en fermer les boutons.

Se décidant enfin prête, elle sortit de la pièce d’eau. Elle fut accueillie par une ambiance froide. Devant elle se tenait le jeune homme de tout à l’heure. Raide comme un bout de bois, rigide comme une statue. Les bras croisés sur son torse puissant, il avait enfilé un pantalon durant l’intervalle passé. Elle posa les chaussures à terre, se mettant en tailleur sur le lit encore défait tout en soupirant. Le silence s’installa, seulement troublé par les craquements du bois et les respirations.

-Je me nomme Vichina, souffla-t-elle. Mais tu peux continuer de m’appeler Mitsuko, si tel est ton désir.

Le silence revint. Tournant toujours le dos à son interlocutrice, Kanda avait les traits figés par la stupéfaction. Le bruit d’étoffe frotté se fit entendre du propriétaire de la chambre.

-Aurais-tu des gants, s’il-te plait ?

Sans prononcer un mot, il alla chercher une paire de gants moulants en cuir un peu usé au niveau des articulations et aux paumes. Les enfilant suite au remerciement donné, elle plia et déplia ses doigts, n’ayant aucune émotion possible à percevoir, que ce soit par le comportement, le visage ou même les yeux. C’était assez troublant comme expérience pour Kanda. Qui ne l’aurait pas été en voyant quelqu’un agissant comme ça ?

-Va te laver, le conseilla-t-elle de sa voix douce. Je ne compte pas m’enfuir. Les explications sont meilleures en terrain calme. Qui celui-ci soit neutre ou pas, d’ailleurs…

Remarquant alors sa tenue, le kendoka eut l’élégance d’avoir l’air gêné et il s’empressa de s’enfermer dans la salle de bain avec des vêtements.

Une fois apprêté, sortant de la salle d’eau un peu plus relaxé et surtout plus apte à la réflexion, il remarqua quelque chose. Il manquait quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Et k’so ! Elle en avait profité pour s’enfuir !

Grognant contre lui-même, il passa Mugen à sa taille et alla manger. Tant qu’il avait le ventre vide, il n’était bon à rien !

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