Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 4e journée :: Il s’est passé quoi, là ? 4/21

Plusieurs jours passèrent. Mais rien. Nada. Niet…

Mais il ne faut jamais désespérer. Et ça, Yû le savait. Voilà pourquoi il tâchait de consoler du mieux qu’il pouvait sa protégée sur la longue attente qu’elle devait endurer, réfrénant son impatience d’en découdre avec les Akumas.

Morte de honte de s’être ainsi montré devant son « idole », Mitsuko entreprit de ne pas croiser son regard durant quelques jours.

Heureusement, leurs efforts furent récompensés : l’innocence fut dépistée ! Effectivement, par un pur hasard, avouons-le, Krory remarqua la statuette d’une jeune sainte, dont la niche se trouvait au centre d’une grotte. Malgré son grand âge, la pierre n’était pas attaquée, et le visage apaisé et souriant de la jeune fille à l’auréole était rayonnant de beauté. Le cristal divin était enfoncé au niveau du cœur, souligné par la petite main gauche mise à plat, comme une invitation à la récupérer. Son regard à demi-fermé donnait la sensation qu’elle les pressait.

Sans hésitation aucune, Kanda fit sauter le cube bleu-vert de son habitacle. Mais, alors qu’il allait s’en emparer, deux longues griffes hérissées de piquants azurs surgirent d’une paroi. Un akuma. Les deux plus vieux sautèrent sur place pour ne pas tourner le dos au mur friable, se mettant en garde face à l’être ricanant. Le globe brillait doucement dans ses mains. Les lèvres orange fluo s’étiraient en un sourire narquois. Les dix yeux aux pupilles de différentes couleurs (bleu, vert, rose, violet, marron, noir, jaune, argent, doré, cuivre) tourbillonnèrent dans leurs orbites avant de se fixer sur les trois individus. Du museau de taureau, de la fumée s’échappait. De multiples anneaux perçaient la peau un peu partout. Dans quelques uns, de fines et longues mèches jaunes électriques étaient glissées. Le nombre II était fièrement indiqué en couleur blanche, contrastant par sa simplicité.

Avec des mouvements lents, Kanda se déplaça pour agir comme un bouclier pour sa petite protégée. Cette dernière fit glisser le poignard hors de son fourreau. Après, elle amorça un pas en avant, prévoyant le bras qui l’arrêterait. Et évidemment, il se déplaça, la forçant à ne pas bouger plus. Raide, le bras. S’en moquant éperdument -elle s’était fait une promesse-, elle poursuivit son geste pour se jeter sur leur adversaire. Celui-ci cligna stupidement des yeux, n’ayant pas l’air d’avoir aperçu le petit bout d’exorciste derrière les deux grands dadais. Et maintenant, telle une bombe, celui-ci le chargeait, zigzaguant et augmentant sa vitesse à chaque enjambée, renforçant sa prise un peu tremblante d’excitation, et se préparant à sauter.

Mitsuko prit appui sur sa jambe droite pour s’élancer dans les airs, repliant la gauche et le bras ne tenant pas l’arme, alors que le droit se tendait derrière pour mieux s’abattre sur le thorax de l’être maudit. Les 10 yeux s’écarquillèrent d’effroi en voyant la lame descendre vers la preuve de son évolution. Comme au ralenti, l’arme esquissa un arc de cercle.

La lame ripa, Mitsuko s’écroula au sol. Elle se rattrapa, pliant les genoux et posant sa paume gauche au sol, amortissant la chute. La créature sourit, coupant son visage en deux.

Le monstre leva une main griffue, celle ne tenant pas l’innocence, pour épingler la petite Japonaise. Les deux autres étaient restés pétrifiés sur place, n’arrivant pas à bouger.

-Le virus serait bien trop rapide pour ta mort ! Ricana le monstre.

Le sang gicla, éclaboussant l’Akuma et les alentours. Aucun cri ne fut poussé. Le petit corps s’affaissa. Personne ne bougeait. Le silence était seul maître.

Un katana fut planté dans le sol. Une botte avança. La lame japonaise fut sortie de terre d’un mouvement violent de bras. Les mains se positionnèrent sur le manche : la gauche à l’extrémité, la droite près de la limite manche – lame. Les bras se tendirent. Les jambes bandèrent leurs muscles. Les pas furent désordonnés mais rapides. Les lèvres s’écartèrent. Un cri bestial en jaillit. Une queue de cheval battit l’air. Deux yeux charbons s’emplirent de colère et de rage. La terre fut martelée avec fureur.

Le kendoka planta son arme à l’endroit exact qu’avait choisit la petite fille. La peau noire se couvrit d’un liquide visqueux verdâtre. Une lourde odeur de décomposition emplit l’air. Une grimace haineuse déforma les traits hideux de l’être en face d’eaux.

De son côté, Krory fulminait. Ses yeux étaient rouges, phosphorescents même. Un hurlement rauque s’échappa alors que ses crocs s’allongeaient, jaillissant de sa bouche. Suite à cette croissance douloureuse, il se recroquevilla sur lui-même, avant de sauter sur l’akuma, crocs en avant.

La « victime » de cette attaque ne put l’empêcher, voir même se défendre, et il se prit la morsure à l’épaule. La douleur le fit écarquiller les yeux. Des larmes noires les emplirent avant de glisser pour rejoindre le sol.

Suite à la combinaison des deux attaques, le voleur de l’innocence explosa soudainement, laissant derrière lui son butin tombé par terre, près du petit corps à moitié inconscient. D’ailleurs, dans un dernier sursaut de conscience, la petite main ensanglantée s’empara du cube divin. Un sourire orna son visage meurtri et elle regarda son grand-frère en montrant son poing fermé. Après beaucoup d’effort, il lui rendit son sourire, le regard triste. Les yeux de la fillette se voilèrent avant de disparaître derrière les paupières, et elle s’évanouit.

Le chemin du retour fut long et pénible. Kanda avait laissé Krory embarquer le cristal bleu-vert au profit de la petite. Leur retour à l’auberge fut des plus remarqués. Heureusement, si on peut dire, l’état de Mitsuko les dispensait de toutes questions. Krory, parti en premier, avait préparé les sacs et il n’y avait plus qu’à saluer le maire, régler l’aubergiste et prévenir ce fichu traqueur de leur départ immédiat. En effet, l’état de la fillette était bien trop grave pour attendre. De plus, il n’y avait aucun médecin compétent dans ce foutu village paumé. De toute façon, Kanda n’aurait fait confiance à personne. Personne en dehors du personnel médical de l’Ordre.

C’est donc à un pas de course mesuré que les trois marcheurs atteignirent la gare. Heureusement, par un pur hasard, le train en direction de la Congrégation était à quai. Kanda allongea le corps sur la banquette, le calant dans les coussins et le couvrant de son manteau d’exorciste. Quand son installation fut achevée, il s’assit au bout du canapé pour mieux l’observer. Krory, durant ce moment, avait pris place en face alors que le traqueur restait devant la porte dans le couloir.

Le voyage se passa sans encombre, juste stressant pour tous. Durant un arrêt plus long que les autres, Yû joignit Komui pour le prévenir de leur retour, de la réussite de la mission, l’innocence étant toujours en la possession du baron-vampire, et de l’état de sa presque sœur.

Le terminus arriva bientôt. Krory sortit en premier, le poing serré sur le cube divin. Kanda le suivit, portant la fillette en mariée. Le traqueur, quant à lui, fermait la marche en portant les bagages. Une sorte de carrosse les attendait. À l’intérieur se tenait l’Intendant en chef. Celui-ci ferma les yeux et baissa la tête en apercevant Mitsuko emmitouflée dans le manteau d’exorciste noir du kendoka, respirant à grand-peine. Le regard noir de Yû était empli de honte et de tristesse. Komui comprenait et connaissait ce regard : c’était celui d’un frère peu sûr de l’avenir de sa petite sœur. Le surintendant soupira : à chaque fois que Lenalee revenait dans un piteux état ou partait pour une mission des plus dangereuses, il était dans le même état.

Le trajet jusqu’à la bâtisse solitaire se fit dans un silence troublé par les rares gémissements de douleurs poussés par l’unique fille présente. Kanda serrait les mâchoires à chaque relief de la route. La tour solitaire fut bientôt dans le paysage, et moins d’une dizaine de minutes plus tard, la carriole s’arrêtait et tous les voyageurs sortirent.

Yû était le premier dehors. Sans attendre qui que ce soit, sans entendre quoi que ce soit, le kendoka se fraya un chemin sans parler, poussant les gens sur son passage, allongeant sa foulée, respirant à peine, il glissait, dérapait… On l’aurait cru porteur d’une mission divine.

La porte de l’infirmerie se dressa face à lui. Sans attendre, il l’enfonça pour s’arrêter aussitôt. L’équipe médicale, au grand complet, l’attendait. L’infirmière en chef prit d’autorité la fillette. Kanda ne chercha même pas à protester, sachant d’avance que cela ne servait à rien. Une petite jeune s’approcha de lui et entreprit de le faire asseoir sur un des nombreux lits vides. Des gestes sûrs l’entouraient de soins. Tamponnant avec adresse les petites plaies du visage avec un coton imbibé d’alcool. Elle n’essaya pas d’engager la conversation, et l’exorciste lui en fut gré.

Bientôt, toutes les plaies étaient désinfectées et bandées. L’infirmière prit congé du garçon, le laissant seul à se ronger les sangs. Cherchant à s’occuper, il entreprit de nettoyer quasi-mécaniquement la lame souillée de sang d’Akuma. Les yeux dans le vide, il n’entendait rien, ne voyait rien, ne disait rien. Tous ses sens étaient coupés.

Alors, quand une des femmes habillées en uniforme de l’infirmerie le secoua par l’épaule, il eut un instant de flottement avant de revenir sur Terre et de détourner son regard de Mugen, tellement lustré qu’on se voyait dedans, pour observer l’infirmière.

-Vous pouvez la récupérer, elle est saine et sauve, se contenta-t-elle de lui annoncer avant de s’éclipser.

Jetant un regard autour de lui, Kanda s’aperçut qu’il était seul. Combien de temps s’était-il écoulé ? Il n’en avait aucune idée… Il finit par se relever pour s’approcher de l’ex-mourante. Du bout des doigts, il remit en place une mèche aux reflets bleus qui s’était échoué sur le visage calme de Mitsuko. L’index glissa sur la joue encore rebondie. Avec attention, il se pencha pour poser ses lèvres sur le front en rattrapant in extremis sa queue de cheval avant que celle-ci en percute le visage de l’endormie.

Puis, avec douceur, il passa son bras gauche sous la tête et le droit sous les genoux avant de la soulever d’un coup. Suite à cela, il la plaqua contre son torse, faisant attention aux blessures. Calant la tête contre son cou pour que le brusque retour à la lumière ne la surprenne pas, il inspira longuement en fermant les yeux avant de sortir de l’infirmerie, sans voir les infirmières glousser et pépier dans leur coin reculé et sombre, les yeux brillants.

Laisser un commentaire