Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 3e journée :: Et on est où là ? 3/21

En bref, Kanda passa sa journée accompagné de Mitsuko, se reposant, mangeant, s’entraînant, se disputant avec Lavi et Allen, se promenant, et ce genre d’activités qui peuplent le temps entre deux missions, lorsqu’on le passe à la Congrégation. Les heures de sommeil perdues enfin rattrapées rendait l’exorciste un peu plus calme. Ils allèrent tout deux au réfectoire où ils furent entourés du trio habituel. Lavi embêtait Kanda, Lenalee tendait l’oreille, Allen et Mitsuko discutaient tranquillement, l’un engloutissant son habituel repas gargantuesque et le deuxième mâchant une assiette de lasagnes part familiale. Yû laissa couler les bêtises de son congénère borgne, préférant surveiller du coin de l’œil le maudit et sa petite protégée. Sans comprendre pourquoi, il se sentait l’âme d’un grand frère quand il s’agissait de la japonaise. Il sourit tendrement quand il vit Mitsuko faire goûter ses lasagnes au Moyashi de bout de sa fourchette. Allen se prit gentiment au jeu et lui présenta une brochette de Mitarashi Dango qu’elle s’empressa de gober sous les yeux incrédules des trois exorcistes et le rire joyeux du nouveau grand frère. Cette action fit écarquiller encore leurs yeux. Mitsuko sourit largement découvrant des fossettes la rendant encore plus craquante, et se colla à Kanda, cherchant à l’enserrer du mieux qu’elle pouvait, collant sa tête contre son torse. Gauchement, il posa sa main sur le petit crâne en faisant un petit sourire timide.

Quand Mitsuko commença à bâiller et à se frotter les yeux, Yû prit congé du trio habituel pour l’emmener se coucher, et en faire de même. Entrant dans la salle de bain, il assit la gamine sur le rebord de l’évier et entreprit de lui démêler les cheveux avec douceur mais fermeté. Il finit par lui passer une de ses habituelles chemises blanches et la coucha avant de la rejoindre peu après.

La semaine s’écoula de la même manière. Mitsuko et Allen s’entendaient plus que mieux, Lavi était parti en mission et Lenalee préférait la compagnie des autres scientifiques. De plus, Komui ne l’avait pas demandé une seule fois ! Kanda avait entrepris d’apprendre les rudiments du combat à Mitsuko et lui avait offert un poignard long comme l’avant-bras à la pointe effilée et à la garde en bois clair. Mais toutes les bonnes choses ont une fin.

Le scientifique fou, docteur ès Komulin, appela Kanda ainsi que Krory. Il leur confia une mission des plus banales : aller récupérer des innocences localisées par les traqueurs. Le départ était fixé le soir-même. Prenant congé de Komui, Yû se dirigea vers sa chambre, l’esprit tourmenté. En effet, il ne pouvait laisser Mitsuko seule à la Congrégation… Et l’idée de l’emmener avec lui durant la mission ne lui faisait pas des plus plaisirs… Soupirant, il poussa la porte et trouva sa protégée en plein entraînement. Refermant la porte sans bruit, il l’observa, savourant les gestes précis, le regard déterminé, la souplesse des mouvements, les réflexes… Subitement, Kanda sauta face à sa nouvelle cible et, passé le moment de surprise, tous deux enchaînèrent des mouvements de plus en plus élaborés, de plus en plus précis… Suite à l’impact entre leur lames, ils reculèrent d’un saut et se regardèrent de sous leurs franges respectives. Un sourire vainqueur prit place sur la face du plus vieux à la vision essoufflée de son adversaire. Quelle ne fut pas sa surprise quand Mitsuko se jeta sur lui à la manière des félins pour le choper et le faire rouler à terre ! Kanda se retrouva donc sur le dos, les membres plaqués sur le sol par ceux de la fillette, Mugen hors de sa portée et la lame froide et coupante posée à plat sur sa gorge. Levant les yeux, il déglutit face à ceux de son agresseur : ils étaient glacés et inexpressifs. Des yeux prêts à tuer sans remords.

C’est ce regard qui fit décider au kendoka de l’emmener avec lui pour la mission du soir-même. Du plat de la main, il tapa plusieurs fois le sol, acceptant la défaite et désirant être libéré sur-le-champ. Mitsuko sauta pour se mettre à sa droite et l’aider à se lever gentiment.

Une fois sur ses jambes, le japonais s’épousseta et entreprit de remettre en place ses cheveux. Sans rien faire, sans rien dire, la gamine attendit, les jambes droites, les pieds en V et légèrement écartés, les bras croisés derrière le dos, le regard neutre et le visage inexpressif. Elle ressemblait à s’y méprendre à un petit soldat, ce qui fit grimacer Yû. Ce dernier agita la main pour lui signifier qu’elle pouvait décompresser. Il la vit se métamorphoser : un grand sourire vainqueur, des yeux pétillants et rieurs, en train de sautiller un peu partout et de s’égosiller en cris de joie et de victoire… Les doigts en V, elle s’auto-acclamait en lui cassant joyeusement les oreilles. Se permettant un sourire il s’assit confortablement sur le lit fait au carré (une habitude qu’il avait prise) et lui proposa de s’asseoir du revers de la main, ce qu’elle fit avec un empressement démesuré.

Une fois qu’elle fut installée et calmée, le propriétaire de la chambre la regarda droit dans les yeux. Elle lui rendit son regard, prévoyant quelque chose d’important, la main sur la garde du poignard par réflexe, ce qui fit sourire Kanda en voyant ce geste de survie.

-Ce soir, je pars en mission. Avec Krory. Temps indéterminé.

-Hm, acquiesça-t-elle.

-Tu viens avec moi, poursuivit-il. Si tu veux.

-C’est une vraie mission ? Demanda Mitsuko avec les yeux remplis d’étoiles. Une vraie de vraie ? Avec plein d’akumas ?

Durant la semaine, chacun lui avait raconté ses propres missions. Mitsuko avait rencontré tous les autres exorcistes et avait adoré le vampire pour une raison inconnue, ce qui lui fit tirer des larmes. Son rêve ? Faire la fierté de son frère adoptif en tuant le plus d’akumas ! Voir un Noé ! Ça serait bien, nan ?

-Oui, c’est une vraie mission. Il faut juste chercher une innocence…

-Où ?

-Euh… J’en sais trop rien, avoua-t-il.

-Pas grave ! Sourit-elle. L’essentiel c’est qu’on soit ensemble !

Cette réplique fit fondre (un peu) le kendoka qui la prit dans ses bras.

-Ce sera ma première mission ! Poursuivit-elle. Et avec toi ! Youhou !

Elle resserra sa prise sur lui, le visage paré d’un sourire éblouissant et à toutes épreuves. Kanda se leva d’un coup, la rattrapant à la dernière minute puis entreprit de commencer leur sac. La mission pouvait tout aussi bien durer moins d’une heure comme s’étendre sur plusieurs semestres ! Donc, autant se préparer à toutes éventualités. Le sac achevé, tous deux allèrent manger et retrouver le trio habituel. Mitsuko se fit une joie de partager la sienne avec le blandinet. Tous les deux poursuivirent leurs repas avant de repartir pour les dernières directives, accompagnés de Krory. Komui ne commenta pas la présence de la petite fille, ne voulant pas mourir tout de suite via Mugen. (Yû était plutôt susceptible envers sa petite protégée).

-Yû-chan ?

-Mouais ? Qu’est-ce que tu veux Mitsuko ?

-Si il y a des akumas, tu me laisseras me battre ?

-Seulement si ils sont de niveau 1, d’accord ?

-Mouais… grogna-t-elle, déçu. Mais c’est pas juste.

Il lui ébouriffa gentiment les cheveux alors qu’elle faisait une moue boudeuse. Il la prit dans ses bras et la fit passer sur son dos, lui recommandant de bien s’accrocher, car il allait avoir besoin de ses mains pour se réceptionner. Mitsuko ferma les yeux très fort et resserra ses prises sur le cou et le bassin du japonais et ils partirent enfin. C’est au pas de course qu’ils arrivèrent à un pont surplombant une voie ferrée. Un train arriva. Le traqueur confirma le train et ils sautèrent tous trois dessus avant de s’y faufiler, provoquant une peur incontrôlable chez les passagers. Heureusement, le contrôleur surgit et finit par les mener jusqu’à leur compartiment réservé par les bons soins de Komui. Prenant place sur les banquettes confortables en velours cramoisi, les exorcistes entreprirent de lire les livrets de la mission pour en apprendre un peu plus sur la raison de leur départ. Mitsuko lisait elle-aussi, assise sur les genoux de son frère adoptif, et ne disait mot pour ne pas déconcentrer les deux hommes présents.

Le trajet prenant fin pour eux, ils sortirent du véhicule et prirent la direction de l’unique auberge du village paumé autrichien où ils se retrouvèrent. Après avoir choisi leur chambre et s’y être installés, le petit groupe descendit se restaurer dans la salle à manger où le maire les attendait, alerté par le patron de l’établissement de la venue des exorcistes, pour leur raconter ce qui se passait dans le coin. Passé le discours où se mêlaient les superstitions ordinaires de paysan, les soi-disant malédictions, les suppliques, les faits plus ou moins véridiques, les témoignages peu assurés des uns, les suppositions des autres… Mitsuko engloutissait le contenu de son assiette en tendant l’oreille, Yû réfléchissait en fermant les yeux et en croisant les bras. Arystar mangeait son repas tout en observant l’endroit. Le traqueur avait préféré faire un tour des environs pour se faire une idée des lieux.

Un fois, donc, son monologue achevé, le maire les regardait avec espoir. La plus jeune leva les yeux de son bol pour le scruter mais ne dit rien pour autant, Krory cligna des yeux pour dire que les lieux étaient sûrs. Le japonais baissa la tête pour scruter sa pitance, fronçant le nez devant ce frugal repas, annonça au maire qu’ils s’en occuperait et qu’il pouvait dégager. Ni une ni deux, ce haut représentant prit les jambes à son cou et alla rejoindre sa petite famille. Soupirant, le kendoka ferma les yeux et avala le contenu de son assiette sans faire de commentaires. Mais la grimace qu’il arborait valait tous les mots du monde. Sans oublier le regard qui suivit, signifiant « Comment avez-vous réussi à tout manger ? ».

-J’avais trop faim pour m’attarder sur ce genre détail, avoua la fillette sans trop prêter attention.

-Le goût ne me dérange pas, déclara le baron-vampire.

Le traqueur survint à ce moment-là et résuma en quelques mots l’état du village et de ses habitants. Le susceptible se leva, suivi de ses deux acolytes, et décida d’aller visiter le coin, laissant les autres prendre des forces. La benjamine opta pour entraîner l’adulte dans la direction opposée.

Krory et Mitsuko parcoururent le village, ne croisant personne. Un peu déçue, la petite fille observait scrupuleusement les environs. Son petit cœur battait la chamade. Elle attendait qu’un Akuma survienne pour lui faire la peau bien proprement et rendre fier Kanda, à qui toute sa vie était dévouée.

Mais, rien. Absolument rien. Déçue, la fillette dût faire avec et ils rebroussèrent chemin, bredouilles, fatigués et dépités. Tellement dépités, que Mitsuko n’osa pas lever ses yeux charbons vers son « Kanda-nii-sama ». Elle se pelotonna dans un coin de la pièce qu’ils partageaient tous les trois, ainsi que le traqueur.

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