Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 2e nuit :: La chute n’est pas finie 15/21

Il faisait noir. Mais pas le noir réconfortant de l’inconscience, non. Le noir où on est seul, plongé dans les ténèbres. Où le danger se trouve n’importe où.

Et elle était seule. Petit être perdu dans l’obscurité, personne ne pouvait quoique ce soit pour elle. Car elle n’avait personne. Et qu’elle n’était personne. Il lui restait rien d’autre qu’un prénom enfantin.

-Yû…

-Nee-san ?

Elle ouvrit les yeux d’un coup, surprenant son frère et son copain. Des larmes ne tardèrent pas et elle éclata en sanglot, serrant son frère contre elle.

-Yû, disait-elle sur un ton plaintif.

-Je suis là grande sœur, ne t’inquiètes pas.

Allen les regarda en souriant tristement. Il n’y pouvait rien, il se sentait de trop, tel un intrus.

Il n’arrivait même pas à les approcher ou leur parler.

Alors il pleura dans son cœur toute sa tristesse qu’il devait contenir. Il ne pouvait même pas partir, ayant promis au Japonais d’être auprès de lui dans des moments difficiles.


-Tu m’as l’air de bonne humeur Road, la salua la Noé du plaisir.

Elle se contenta de lui adresser un large sourire.

-L’annonce de l’arrivée -ou plutôt du retour- d’un des nôtres lui fait toujours cet effet, la renseigna Sheryl.

Ils échangèrent un sourire convenu. Eux aussi ressentaient cette joie, elle était commune à tout ceux de la famille. Le bonheur de retrouver un frère -ou une sœur- les rendait euphoriques, et un petit sourire étirait les lèvres de chacun depuis l’annonce du prince quelques jours plus tôt.


-Bonjour monsieur, sourit la fillette.

Son attitude sembla choquer quelques secondes le jeune homme qui se reprit bien vite.

-Tes parents sont là ? Voulut-il savoir en se penchant vers elle.

Elle répondit négativement, le faisant réfléchir.

-Ils sont morts, lui expliqua-t-elle.

Elle semblait lutter entre sourire et garder une gravité de circonstance.

Son regard s’accrocha à la croix de rosaire en argent accrochée au revers de sa veste.

-Comment tu te nommes ma fillette ?

-Vichina.


Elle déroula les longs bandages enserrant son corps avec des gestes mécaniques. Elle semblait avoir fait ça toute sa vie. Elle les ôtait sans regarder, avec rapidité mais efficacité.

L’infirmière l’observait sans rien dire, cherchant à savoir ce qu’elle pouvait bien penser, derrière son rideau de cheveux.

Dans un coin de la pièce, Komui prenait des notes, le visage barré. Il avait enfin trouvé son compte, et il se retrouvait face à un problème. S’il faisait savoir l’existence d’une multi-compatible, elle risquait de finir sa vie à passer des test, et de voir Sôsuke Takahashi porté aux honneurs. S’il la faisait oublier, non seulement il se ferait taper sur les doigts, mais en plus ça ne ferait que retarder l’échéance qui n’en serait donc que plus dure, que ce soit pour lui comme pour les jumeaux.

Ils étaient vraiment très liés. C’en était même un peu suspect.


Elle se promenait -pour ne pas dire errait– dans les couloirs sombres de la Congrégation.

Il ne fallait pas lui en vouloir, elle fuyait le monde des vivants, évitait le plus possible le moindre contact avec qui que ce soit. Son frère en pâtissait, et son humeur s’en ressentait.

Passant devant une chambre désertée, des bras l’enserrèrent pour la plaquer contre un torse. En temps normal, elle aurait réagi.

Mais là, elle était complètement apathique et se contenta de fermer les yeux, se soumettant ainsi aux décisions de la personne qui la tenait.

On lui caressa la joue.

-Vicky…

Elle reconnut alors Lavi. Mais elle ne sembla pas plus réagir. Son âme l’avait quitté.

-Cessons cela, prononça-t-elle d’une voix rauque. Cessons cette mascarade.

Lavi se figea, rangeant ses bras auprès de lui. Il était redevenu sérieux.

Ils se faisaient face. Leurs regards se défiaient. Tous deux étaient bien trop fiers pour cesser.

-Tu as eu ce que tu voulais, poursuivit-elle. Et je n’ai plus besoin de toi. Sors de ma vie.

Il quitta la pièce sans avoir prononcé le moindre mot.

Le soir-même, la Japonaise rejoignit son frère pour dévorer son hachis parmentier.


-Kanda ?

Seul le silence lui répondit. Il entra, fermant derrière lui.

-Yû ? Tenta-t-il timidement.

Il continua d’avancer, jetant des regards craintifs autour de lui. Mais où était le Japonais ?

Il le trouva finalement, en pleine méditation. Ne voulant troubler sa concentration, il prit place à ses côtés et patienta.


-Ça ne va pas, mon frère ? S’inquiéta Vichina.

Elle s’était confortablement installée sur le lit, un ouvrage entre les mains. Les cheveux tressés sur l’épaule droite, ses longues jambes à peine camouflées par la couverture grise, les joues un peu rosies… Elle était adorable. Tout simplement.

Sans un mot, son jumeau sauta sur le lit, calant sa tête sur les cuisses offertes.

Étonnée, elle ne commenta pas pour autant, passant sa main dans les longues mèches sombres pour les démêler délicatement. Ils avaient gagné de la douceur et de l’éclat depuis son arrivée. Le problème avec se laver les cheveux avec du savon, c’est que l’odeur de ceux-ci n’était pas vraiment agréable. Mais bref.

-Allen, marmonna-t-il au bout d’un moment.

Il referma sa main sur le tissu léger de la couverture.

-Vous avez rompu ? Demanda la plus vieille d’une voix douce.

Un bruit de gorge la conforta et elle reposa alors son livre pour serrer son frère contre elle. Puis elle l’embrassa tendrement. Ce soir, elle n’était pas sa sœur, ni une figure maternelle. Elle serait son amante, sa maîtresse. Comme il avait été décidé peu après leur naissance.

Il l’embrassa.


-Quel sera son « esprit » ? Demanda la Rêveuse.

-Je ne sais pas trop. Un vieil esprit qui ne fut plus parmi nous depuis fort longtemps, lui répondit le Comte. Tellement longtemps que je n’arrive à me souvenir ni de son nom, ni de sa dernière apparition.

La déclaration du Comte les étonna. Cette âme était vraiment des plus curieuses…

-Il me tarde qu’elle se manifeste à nous.

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