Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 2e journée :: Et vous ? Vous êtes qui ? 2/21

La nuit se passa relativement bien. Leur réveil se fit tout en douceur par les rayons du soleil, et ils restèrent un moment à observer le plafond en silence, savourant la présence réconfortante de l’autre. La petite se releva et se traîna à quatre pattes jusqu’au pied du lit. De là, elle se fit glisser jusqu’au sol, et elle courut jusqu’à la salle d’eau où elle disparut en refermant la porte derrière elle précipitamment. Kanda finit par se lever et repartit ouvrir son armoire pour y prendre de quoi se vêtir et une de ses tenues d’enfants, l’un des seuls souvenirs matériels lui restant. Il eut une bouffée de nostalgie en regardant les petits vêtements japonais comportant un short marron-gris, une veste de la même couleur avec des pans à rabattre et une ceinture en tissu épais noir. Malheureusement, il ne trouva rien pour la chausser. Mais ça n’avait pas l’air de la gêner outre mesure, remarqua-t-il.

Après cela, le kendoka toqua et entra sans attendre de réponse dans la salle de bain. Il sourit gentiment à la benjamine qui lui répondit tout en se nettoyant le visage. Il se mit dans son dos et l’attrapa par les aisselles pour l’élever un peu pour l’asseoir sur le rebord du lavabo.

-Tu sais, tu peux utiliser la douche… ou la baignoire, d’ailleurs, ajouta-t-il après réflexion.

-Je sais pas m’en servir, avoua la petite.

-Tu veux que je te montre ?

-Veux bien.

-Je te descend d’abord de là, la prévint-il en joignant le geste à la parole.

La gardant dans ses bras, il s’approcha de la baignoire et lui expliqua comment la remplir tout en ouvrant les robinets et en y versant du savon pour faire de la mousse. Mitsuko battit des mains quand elle comprit ce qu’il comptait faire, et poussa de grands cris d’enthousiasme. Le sourire de Yû s’élargit devant cette réaction toute enfantine, puis il reposa la fille avant de s’agenouiller pour lui ôter sa chemise. Il la mit doucement dans l’eau chaude avant de se débarrasser de son sous-vêtement pour plonger sous la mousse blanche. Aussitôt, elle se blottit contre lui en riant gentiment. Kanda lui caressa les cheveux d’une main, tandis que son autre bras la serrait contre lui.

Après une vingtaine de minutes de trempage, le plus vieux entreprit de la laver, entièrement. Les cheveux pleins de savon, Mitsuko commença à savonner le torse de son frère adoptif avec application. Les yeux plissés par la concentration et le savon, la langue tirée, ses petites mains passaient sur le torse mince délicatement sous le regard étonné du garçon. Ce dernier finit par apprécier le massage, bien qu’un peu maladroit.

Mais tout a une fin, et il fallut sortir du bain, dont l’eau commençait à sérieusement refroidir. Après s’être sommairement séché, le kendoka entreprit d’emmitoufler Mitsuko dans une confortable et épaisse serviette blanche puis la frictionna avec douceur et fermeté. Une fois assuré qu’elle était bien sèche, il lui tendit les vêtements qu’il lui avait préparé et la regarda se démener avant de lui donner un coup de main pour ajuster les habits. La petite frimousse se leva vers lui alors qu’il nouait correctement la ceinture. Kanda attrapa un élastique pour attacher les épais cheveux noirs encore humides. Il laissa son index caresser la joue rebondie, action qui fit sourire largement la gamine qui se mit sur la pointe de ses pieds pour l’embrasser timidement sur le nez. La surprise se peignit sur le visage du kendoka, mais une intense satisfaction la remplaça.

Yû se releva tout de même et enfila ses propres vêtements : un débardeur noir et un jogging de même couleur ; il comptait s’entraîner aujourd’hui. Sortant de la salle d’ablution, il ceignit ses hanches d’une bande de tissu pour y faire tenir Mugen, puis il enfila ses bottes de cuir en sautillant d’une jambe sur l’autre et finit par se nouer les cheveux en une queue haute. Kanda alla faire son lit méticuleusement devant les yeux curieux de sa petite protégée et ouvrit la fenêtre, avant de récupérer le plateau de la veille de la main gauche et Mitsuko de la droite. Le trajet jusqu’au réfectoire se fit en silence. Avant d’entrer dans la salle à manger, le kendoka japonais s’agenouilla face à la fillette.

-Qu’est-ce que tu veux manger pour petit-déjeuner ? Chuchota-t-il.

-Euh… hésita-t-elle.

-Tu peux demander ce que tu veux en quantité infini, tu sais ! La rassura-t-il.

-Oh… souffla-t-elle, les yeux emplis d’étoiles.

Kanda sourit gentiment en reconnaissant l’expression familière d’un certain Moyashi.

-Alors ? La pressa-t-il.

-Des crêpes !

Il se redressa et poussa la porte. Entrant dans la salle, il se maudit de ne pas s’être levé plus tôt : les trois quarts de la Congrégation étaient présents. Question discrétion c’était raté ! L’idée de revenir plus tard était hors de question, ils avaient tous deux grand faim ; celle d’aller manger ailleurs lui traversa aussi l’esprit, mais les autres allaient finir par se poser des questions et venir lui casser les pieds à tout moment, donc il la repoussa à regret et fit entrer Mitsuko. Avec un peu de chance elle passerait inaperçue… Après tout, qui s’intéresserait à une gamine lui allant à peine à la hanche ? Oui, qui ? Hormis tout le monde, et particulièrement les (rares) membres féminins, sans oublier Jeryy…

-Bonjour Kanda ! Des sobas, comme d’habitude ?

-Hm, se contenta-t-il de répondre. Et des crêpes.

Sur le moment, on aurait pu croire que le cuisinier avait buggé. Il fixait Kanda, bouche bée et les yeux écarquillés.

-Euh… oui, bien sûr ! Combien ?

Le kendoka tourna la tête vers la petite. Il haussa un sourcil vers elle. Timidement, cette dernière lui indiqua le nombre de ses petites mains.

-Une dizaine.

-Tout de suite ! S’exclama l’Indien, abasourdi.

Profitant de cette absence, le japonais alla poser le plateau, laissant Mitsuko seule un instant. Sagement, elle attendit et son protecteur et son repas. Les deux arrivèrent au même instant, faisant largement sourire la fillette. Sans rien dire, elle lui emboita le pas jusqu’à une table où il y avait encore des places. Il posa son bol devant lui et s’assit, alors qu’elle, elle grimpa pour se mettre sur les genoux, essayant d’être à la hauteur de son assiette. On ne voyait que sa tête dépasser de la table, et encore, pas entièrement.

Entre deux bouchées, Mitsuko observait ses voisins d’en face. Ils durent le sentir, car les concernés relevèrent la tête et croisèrent son regard curieux.

-Bonjour, commença l’adolescente se situant juste en face d’elle.

-Bonjour, bâilla la plus petite.

-Je m’appelle Lenalee, et toi ? Poursuivit la première.

-Mitsuko.

La dernière à parler répondit au sourire affectueux de la plus âgée.

-Moi, c’est Lavi ! S’exclama son voisin de diagonale.

-Enchantée…

Son sourire se fit plus lumineux, plus chaleureux, en réponse à celui du rouquin borgne. Puis elle se sentit soulevée et finit par se retrouver en face de son dernier interlocuteur. Surprise, elle vit son assiette se poser devant elle. Se tournant un peu, Mitsuko remarqua qu’elle était installée contre le torse de Kanda. Assise sur les cuisses de ce dernier, elle était juste à la bonne hauteur pour pouvoir manger. Le siège par défaut resta stoïque et poursuivit son repas au-dessus de la tête aux cheveux noirs. Lavi et Lenalee s’étaient figés face à ce geste peu commun à leur collègue japonais. Puis un bruit de porcelaine entrechoquée les fit réagir et leur attention se tourna vers le nouveau arrivé qui n’avait rien de trouvé mieux comme place que celle près de sa Némésis. Sentant un regard insistant sur lui, il se tourna et sourit gentiment.

-Bonjour, je m’appelle Allen Walker.

-Mitsuko, répondit la plus petite avec un immense sourire.

Kanda sourit faiblement devant celui de la petite fille. Il reposa son bol, vide, sur la table, ainsi que ses baguettes. Il les plaça perpendiculairement au récipient, puis il posa son menton sur son poing après s’être accoudé. Son visage n’affichait aucune expression, les yeux fermés. Pendant ce temps, sa petite protégée discutait gentiment avec le maudit, tout en mangeant un petit peu.

-Yû ?

Le silence se fit entre tous les cinq, Allen prêt à se battre, Lenalee inquiète et Lavi souriant largement. L’interpelé ouvrit avec lenteur ses paupières pour croiser les pupilles noires.

-Mouais ? Grogna-t-il à la surprise la plus totale des trois autres adolescents présents.

-Pus faim !

-Il te reste encore une crêpe… T’exagères… soupira-t’il. Moyashi, tu la veux ?

-Euh…

Interloqué, ce dernier ne sut répondre sur le coup. Mais en croisant le regard glacial du japonais, il se réveilla soudainement et referma la bouche.

-Bien sûr ! Finit-il par répondre en se léchant les lèvres.

S’appropriant la survivante du petit-déjeuner, il la dévora sans pitié alors que les deux japonais se levaient. Le plus vieux sans rien dire et la plus jeune en saluant les trois sympathiques exorcistes dont deux encore sous le choc. Ce n’est qu’une fois le couple hors de leur champ de vision qu’ils revinrent sur Terre. La surprise était gravée, limite au couteau, sur leurs visages. Tous trois s’échangèrent des regards qui en disaient long sur leurs pensées communes. Ils n’étaient, évidemment, pas les seuls. Tous ceux présents et à portée de voix tentaient de comprendre ce qui venait de se passer devant leurs yeux. Qu’avait-on fait à leur collègue antipathique ? Pas que cela leur manquait, notez bien, hein…

-Je ne me rappelle pas avoir entendu parler d’une nouvelle arrivante, lâcha Lenalee, surtout de son âge…

-T’as vu sa ressemblance avec Yû ? Remarqua le roux. Ils sont peut-être de la même famille…

-Kanda est le dernier membre. Les autres sont tous morts, trancha le plus jeune tout en mangeant.

-Comment tu sais ça, toi ? S’étonna le Bookman.

-C’est lui qui me l’a dit…

-Oh, je vois, confession sur l’oreiller, ricana-t-il.

Choisissant de ne pas y répondre, Allen soupira en levant les yeux vers le plafond avant d’engloutir sa bouchée sous le regard calculateur du borgne. Voulant éviter les questions embarrassantes et les hypothèses plus ridicules les unes que les autres, Walker opta pour la plus grande stratégie au monde : le repli stratégique, nommé aussi tout simplement : la fuite, pure et simple !

Du côté des deux bruns, le silence était de mise. Dans une salle d’entraînement, l’aîné était torse nu et donnait des coups de sabre dans le vide, faisant l’admiration de la plus jeune assise dans un coin de la salle, le regard brillant. Devant elle, son frère adoption esquissait des pas de danse, une chorégraphie hypnotique et mortelle, destinée aux akumas et Noés. Et seulement… Normalement ! En effet, personne n’était admis à l’entrainement de Kanda, et sinon, les autres étaient morts alors… En clair, personne ne pouvait témoigner de la beauté du kendoka quand il sautait sur place, donnait de larges coups d’épées en tournoyant sur lui-même, rejetait ses longs cheveux d’un geste de la tête vers l’arrière, ni contempler le regard flamboyant, les gestes si rapides, la grâce sans égale, l’agilité et le danger d’une panthère… Une aura de mort, de sensualité et de froid entourait le corps musclé du sabreur qui se démenait à l’opposé de la petite. Cette dernière sursauta quand son observé se laissa tomber à ses côtés, trop plongée dans ses pensées, elle n’avait pas remarqué qu’il avait cessé. Lui tendant une serviette blanche qu’il prit pour s’essuyer le visage avant de la déposer sur ses épaules, elle le dévora du regard. Remarquant son attention portée sur lui, Yû sourit gentiment avant de se relever. Il la regarda du coin de l’œil rassembler ses affaires à lui pour se lever et le suivre dans le dédale des couloirs de pierre, répondant à peine aux gens qui l’abordaient, se contentant d’avancer en silence, imité par Mitsuko qui ne bronchait pas.

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