-Chers frères et sœurs, c’est un véritable plaisir de pouvoir vous revoir ainsi tous réunis.
Ledit plaisir n’était pas forcément partagé par tous, mais bon.
Mais le Comte était de bonne humeur, et c’était tout ce qui importait. Road sourit. La réunion allait débuter.
Un couloir sombre. Le blanc était légion ici, mais la lumière n’existait que grâce aux néons qui dispensaient une lueur blanchâtre qui devenait bleue si on la regardait trop longtemps. Les tubes étaient trop rares et l’ambiance s’en ressentait.
La pièce était trop petite. Étouffante car encombrée. Des cages de toutes tailles et matériaux y étaient empilées, certaines vides, et d’autres où des formes sombres se trouvaient. Il y en avait qui bougeaient, preuves qu’elles vivaient encore. Les autres étaient figées à jamais.
L’odeur de chair morte vous prenait à gorge et ne vous lâchait jamais, même lorsque vous vous en échappiez. Des gémissements, douleur, peur, rien d’autre. Les murs en placo lézardé suintaient, et de la moisissure grimpait jusqu’au plafond.
Des pas résonnaient dans le couloir sombre. Plus de bruits hormis celui-là. Toutes les formes se recroquevillèrent, une en particulier. Car elle savait que l’homme à la blouse blanche était là pour elle. Et que la blouse sera tâchée de sang d’ici peu. De son sang à elle.
Les pas s’arrêtèrent. La cage arrivait aux genoux de l’homme. Ce dernier se pencha, montrant son regard fou et son large sourire aux dents pointues.
-Vicky, debout !
-Hein, quoi ? Oui !
Désorientée, la Japonaise regarda Allen sans comprendre. Il la secouait en chuchotant à moitié.
-Réunion pour les exorcistes, réveille Yû et venez vite !
-Je peux m’habiller ? Espéra-t-elle.
-Non, viens comme tu l’es. Mais faut secouer ton frère, là.
Soupirant, la jeune femme embrassa son jumeau sur le front, lui faisant ouvrir les yeux. Il n’avait pas l’air plus à l’aise qu’elle. Lui expliquant à demi-mot ce qu’elle avait compris, elle le suivit pour rejoindre le bureau de Komui non sans avoir récupéré leurs lames.
Tous les exorcistes étaient là, mais leur prestance était bien loin.
On put ainsi découvrir que Miranda portait de longues chemises de nuit sombres et au col fermé, que Krory avait de superbes abdominaux, et que Bookman portait un bonnet de nuit. N’oublions pas, évidemment, les pompons de la tenue rose de Lenalee.
Komui finit par arriver, dormant debout et en chaussons lapin.
Bâillant, il s’adossa à son bureau et se rendormit… pour se faire réveiller, trois lames contre la gorge. Les jumeaux Kanda détestaient devoir se réveiller pour rien. On pouvait les comprendre.
Marie vint les calmer et ils relâchèrent prise.
-Hum, commença le Chinois en se raclant la gorge. Mes excuses pour vous avoir sortis du lit à une heure pareille, mais c’était une sorte de test. Qui serait capable de se battre en ce moment-même.
Personne n’en fut étonné, mais nos deux sabreurs levèrent le bras. Allen secoua la tête : son ventre criait famine et il était trop faible pour utiliser son innocence. Lenalee leva elle aussi la main, tout comme Krory. Miranda fondit en excuses et en pleurs, disant qu’elle n’était qu’une incapable, etc… Lavi était venu sans son maillet et Marie n’avait pas l’esprit assez clair pour utiliser ses fils.
-Bon, poursuivit Komui en cochant des noms sur une feuille qu’il avait sortit de son fatras. Maintenant, il me reste plus qu’à examiner vos innocences.
-Ça peut pas attendre demain ? Bâilla Lavi en grognant à moitié. Et puis, qui a eut l’idée d’un rassemblement pareil ?
-L’administration Centrale, soupira le plus gradé. Tu n’as pas ton maillet, Lavi ?
-Nan, je dors pas avec, moi.
On put capter son regard en la direction de Kanda qui se renfrogna.
-Tu peux aller te recoucher, alors.
Entendant cela, tous ceux n’ayant pas pris leurs innocences repartirent sans se faire prier, espérant se rendormir rapidement.
-Bon… Lenalee, s’il-te-plaît ?
Il la fit asseoir sur son bureau et examina les jambes de sa sœur, noircissant des pages de son écriture, avant de la remercier et de passer à Marie.
Lorsque ce fut le tour de Allen, il lui réclama un dénuement complet du torse et de son bras, car il était de type symbiotique. Évidemment, il obtempéra et se laissa examiner tout en surveillant le scientifique avec attention.
Vichina frissonna.
Komui fit passer Marie avant de se tourner vers les deux menaces humaines pour les faire passer avant de se faire changer en nanoparticules par des lames furieuses. Expédiant Yû, il se tourna vers son aînée.
Ils se fixèrent. L’une savait, l’autre avait deviné.
Elle lui tendit ses armes, gardes vers lui, sans broncher.
Il savait.
-Vous m’aviez demandé, Komui ?
-Oui, il nous faut parler.
-Si c’est ce à quoi je pense, j’aimerais repousser cette conversation à plus tard.
-Plus le temps passe, et plus dure sera la chute, fit doctement le Chinois.
-Et bien je chuterai avec un édredon…
Elle lui offrit un petit sourire triste avant de prendre la porte.
-Courgette.
-Citrouille.
-Curcuma.
-Carotte.
-Céleri ?
-Chou.
Les yeux fermés, allongés côte à côte, Krory jouait avec Vichina. Elle avait remarqué que ça calmait le vampire et le faisait penser à autre chose qu’à Éliade.
-Chou-rave ?
-Chou-fleur…
-Euh… on change ? Lettre S, légumes toujours !
-Salade.
-Facile, salsifis.
-C’est un légume ?
-Oui.
-Ah bon.
Lavi, accompagné de Lenalee, arriva à ce moment-là, un large sourire étirant ses lèvres.
-Vous venez ? On accueille un nouveau !
-Bonjour à vous aussi, répondit la Japonaise sans leur adresser un regard.
Le plafond était d’un joli crème… Jusqu’à ce que la frimousse séductrice du roux ne vienne s’interposer pour lui adresser un sourire charmeur.
Krory marchait devant, Lenalee pépiant gaiement à ses côtés, alors que les deux autres restaient un peu à l’écart en se tenant discrètement la main, en échangeant quelques mots.
-Je vois que tout le monde est là ! S’exclama un Komui souriant.
À ses côtés, Reever tentait de rester éveillé. C’était pas gagné d’avance…
-Nous accueillons un scientifique d’exception parmi nous, il sera d’une grande utilité pour comprendre les innocences.
Vichina tiqua. Sans faire attention, ses pieds la menèrent un peu plus en avant. Komui et Reever cachaient le nouveau, de là où elle était.
-Nous accueillons donc un éminent docteur qui pourra aussi vous aider à maîtriser votre puissance.
Ah… Elle commençait à le voir… Encore quelques pas…
-Je me nomme Sôsuke Takahashi, enchanté.
Un petit sourire mi-narquois mi-charmeur. Il portait sa blouse blanche dont les poches avaient avalées les mains. Une cicatrice barrait son œil droit jusqu’au menton sans affecter sa vue.
Recule…
Trop tard.
Leurs regards se croisèrent. Son sourire s’agrandit, elle tomba à genoux, l’air effrayé.
Se recroquevillant sur elle-même, elle tenta de glisser vers l’arrière. On aurait cru un lapin pris au piège. Envolé l’air fier voire bravache ! Ses yeux étaient agrandis, prêt à déborder de larmes. Sa bouche tremblait et lâchait un cri muet. Sa chemise se couvrit de rouge et de fins filets de sang gouttèrent au sol.
-Ça alors, ricana-t-il. N° 313… Je n’aurais jamais pensé te revoir, encore moins ici.
Il lâcha un nouveau ricanement qui fit frissonner la jeune femme qui hocha alors la tête lentement tout en murmurant une litanie de « non… non… »
Il se rapprocha d’elle.
-Alors… Comment se portent-elles ? J’espère qu’elles sont satisfaisantes.
Les larmes roulèrent sur les joues.
Il s’agenouilla pour se mettra à sa hauteur, son sourire élargi.
Il y eut alors un flash de lumière qui éblouit les gens. Lorsque ces derniers retrouvèrent la vue, Mr Takahashi était à terre et une bulle rosée entourait le corps tressautant de la Japonaise. Elle avait enfoui son visage entre ses genoux.
Sans plus hésiter, Kanda et Allen se précipitèrent sur elle, passant sans mal au travers de la protection qui leur donna l’impression d’entrer dans un bain tiède. Mais ils n’avaient pas le temps de s’y arrêter.
Yû prit sa jumelle contre lui, Allen tenta de la rassurer par les mots.
-Faites-le partir… crachait-elle inlassablement sur tous les tons. Qu’il parte…
Komui obtempéra, il ne voyait pas la jumelle Kanda, mais sa petite sœur avec Lubérier. Il fit se dissiper la foule et demanda à Reever de surveiller Sôsuke. On ne savait jamais.
-C’est fait Vichina, le… il est parti. Reever va vérifier qu’il ne fasse aucun mal.
Il s’adressait à elle d’une voix rassurante, de celle qu’on utilise avec les enfants lors de l’orage. C’était ce qu’elle était au moment-même. Une petite fille terrifiée.
La bulle disparut, semblant se résorber dans son dos. Les pleurs se calmèrent, la laissant s’évanouir sous le poids des émotions.
L’infirmière arriva et leur demanda de lui ôter sa chemise. Elle se moquait de la présence masculine, Yû était son frère, Komui avait une sœur et Allen… Ceux gênés n’avaient qu’à partir ! Surtout qu’au vue de la quantité du sang qui avait coulé, il fallait à tout prix stopper l’hémorragie.
Les plaies se trouvaient un peu partout, à la crainte de l’infirmière. Les trois autres se figèrent en voyant le tronc de l’exorciste. Même Kanda n’en avait pas eu conscience. Et pourtant, n’était-ce pas sa sœur, sa propre moitié d’âme ?
De nombreuses blessures s’étaient rouvertes, tâchant les pierres luminescentes qui semblaient vibrer lorsqu’on les frôlait. Des innocences… La peau qui les entourait était éraflée, pourvue de cicatrices prouvant qu’elles avaient été fichées de force.
Des lettres, des symboles. Au couteau, au fer rouge, au scalpel.
Vichina Kanda avait été marquée. Jusqu’à son âme.
