Mon double est ma moitié

Mon double est ma moitié – 11e journée :: Que comptes-tu faire ? 11/21

-Hey, Lavi ! Si tu veux manger, va falloir se bouger ! Déclara une voix féminine.

-Oui Panda, grogna l’interpellé.

-Je ne suis pas ton grand-père ! Cria-t-elle.

Lavi sursauta en réaction à cet haussement de ton. Bien réveillé cette fois-ci, il repoussa ses cheveux en arrière, tout en remettant ses idées en place. Il faisait toujours ça pour commencer sa journée l’esprit clair…

-Gneuh ?

Enfin, presque.

-Bonjour à toi aussi. Bien dormi ? Enchaîna Vichina. Il nous reste moins d’une heure pour trouver la salle à manger et s’y restaurer. Tu peux prendre la salle de bain, j’ai fini de mon côté.

Il obtempéra sans réfléchir. Sa collègue, restée seule, entreprit de faire les deux lits en sifflotant gaiement. Elle aimait bien les voyages en bateau, malgré leur côté angoissant. Le côté « coupé du monde » n’était pas pour la rassurer, même si elle était bien consciente qu’elle aurait plus de chance que tous les autres passagers pour faire partie des rares survivants en cas de naufrage. Quelles jolies pensées positives, ça alors !

Le retour de son compagnon la fit sortir de ses réflexions. Ou plutôt, sa remarque.

-Wahoo ! T’es… Ça te va bien !

-Merci, sourit-elle.

Elle portait une robe chinoise verte émeraude fendue sur le côté gauche. De discrètes broderies se trouvaient çà et là. Sans manche, le haut montait jusqu’au menton en un col droit. Un décolleté en losange s’ouvrait sur sa poitrine, laissant apercevoir la naissance des seins. De larges couvre-coudes cachaient ses bras depuis le milieu du bras jusqu’aux deuxièmes phalanges. Elle portait de petits mocassins noirs à la semelle blanche. Ses cheveux de jais étaient tirés en un chignon soigné dans lequel deux baguettes dorées étaient fichées. De larges boucles en or supportaient des petites feuilles bronze et vertes, et se balançaient à ses oreilles.

Aucun des deux ne portaient l’uniforme, ayant décidé d’un commun accord qu’ils seraient de simples civils. Après tout, ils pouvaient bien sacrifier une semaine de mission pour s’amuser ! Mais ils garderaient leurs armes sur eux. Ils n’étaient pas fous, non plus. Enfin, pas entièrement. Quoique…

-Tu es très séduisant toi aussi, ronronna la jeune femme en attrapant son bras de ses deux mains.

Il portait son habituel bandana, serré autour de sa tête, ses cheveux toujours désordonnés. La couleur émeraude de son unique œil semblait briller et étinceler. Il portait le pantalon moulant de son uniforme avec son maillet de fer attaché à sa cuisse, ainsi qu’un T-shirt à manches longues de la même couleur verte que son bandeau, un peu élimé sur les bords. Une simple veste, semblable à celle de son uniforme mais sans les différents ornements, terminait le tout. Simple, mais ça ne le rendait que plus charmant.

Il enfila ses bottes rapidement et ils purent ainsi aller nourir leurs estomacs respectifs. Ils parlaient un peu, mais pas plus que nécessaire, le plus important étant de caler leur faim.

On ne pouvait pas dire qu’ils étaient la cible de l’attention de tout leur entourage, mais de nombreuses jeunes demoiselles observaient le rouquin et quelques jeunes hommes fixaient la brunette.

Komui ayant pris leur cabine au niveau les plus aisés les deux exorcistes avaient quelques privilèges, comme l’accès au pont supérieur, à la plupart des bars ou des salons de bien-être. Ce dont ils usaient et abusaient. D’un commun accord, ils avaient gardé le casino pour les dernières soirées.

-Mmh… Vichina soupira d’aise en s’installant dans le jacuzzi. Tu ne viens pas Lavi ?

Ils avaient le privilège d’en avoir un juste pour eux deux.

-Si si, j’arrive…

Pliant avec soin ses vêtements, il cherchait à penser à autre chose qu’à ce qui se passerait. Il n’était pas sûr de rester calme. Le jacuzzi était petit, et eux deux étaient plutôt grands. Ils allaient automatiquement se frôler.

-Me voici.

Il portait un short de bain noir. Il le portait aussi lorsqu’il allait dans les bains publics de la Congrégation. Son amie, elle, avait le corps enserré dans un drap blanc qui allait de sous ses bras au milieu de ses cuisses, la tête rejetée en arrière, les cheveux attachés en un chignon peu soigné.

-Eh bien ! Tu as l’air d’apprécier ! Se moqua Lavi.

-C’est le cas. En plus, ça me rappelle mon enfance, alors…

Elle s’était un peu crispée lors de la dernière partie de sa phrase. Était-elle mal à l’aise avec son passé ? Lavi soupira intérieurement tout en entrant dans l’eau. Ça ne servait à rien de se torturer l’esprit, Vichina ne semblait pas prête à lui lâcher la moindre information, et ce n’allait pas être son frère jumeau qu’elle n’avait pas vu depuis au moins douze ans qui allait pouvoir l’aider ! Même si il le voulait, il ne pouvait certainement pas.

Elle pleurait. Elle était seule, enfermée dans cette horrible petite cage, serrée contre ces barreaux de fer. Son corps lui faisait mal et elle ne pouvait rien faire. Il lui était impossible de faire le moindre mouvement. Et de toutes façons, c’était interdit. Elle devait alors serrer les dents et réprimer ses larmes, prendre sa douleur en silence. Penser à autre chose qu’au temps présent. L’image survint. Une petite bouille. De grands yeux charbons. Des cheveux courts de la même couleur. Un large sourire et un rire enfantin. Une moue boudeuse. Yû…

Des pas résonnèrent sur le sol carrelé. Une paire de jambes s’arrêtèrent devant la cage où se trouvait la jeune victime, une voix se fit entendre. Mais elle ne l’entendait pas. Elle fixait intensément la blouse blanche qu’elle pouvait voir de là où elle était. Un coup de pied contre la cage la fit gémir de douleur, puis serrer des dents. Son bras droit la lançait et il saignait abondamment. Elle était déjà couverte de sang. Du coin de l’œil, elle observa cette partie de son bras. Une large plaie, recousue avec du gros fil noir, allait du coude jusqu’à la moitié de l’avant-bras. La chair l’entourant était violacée et couverte de petites plaques. Elle réprima une nausée.

-Sale chienne ! Je te parle ! Vociféra le scientifique. Tu n’es rien d’autre qu’un cobaye !

Ça ne la faisait même plus réagir, ce genre d’insultes ou de phrases. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle se trouvait entre ses griffes, mais elle estimait que c’était beaucoup trop.

-Vichina ! Gueula-t-il subitement.

Elle ouvrit les yeux en grand sous la surprise. Il ne l’avait jamais appelée par son nom !

-Vicky ! Réveille-toi !

-Qu’est-ce qu’il y a ? baragouina-t-elle.

Elle cilla un peu avant de prendre pied avec la réalité. Mais avant cela, elle fut serrée contre un torse solide qui l’empêcha de respirer quelques secondes. Et lorsque l’étreinte se fit moins pressante, elle sanglota doucement, voire gracieusement alors qu’elle se faisait bercer.

Le nez dans ses longs cheveux à l’odeur de jasmin, Lavi la consolait tout en se rassurant lui-même. C’était bête à dire, mais il avait été terrifié à la voir ainsi. Des larmes coulaient de ses paupières closes et elle répétait sa douleur tout en serrant convulsivement son bras droit. D’ailleurs, la manche à ce niveau-là était trempée de sang. Et maintenant, elle pleurait sa douleur, sa peau et sa tristesse au creux de ses bras, lui offrant ainsi une preuve de sa confiance. Il avait très bien saisi que pleurer était une preuve de faiblesse dans l’esprit des Kanda, et que montrer ses larmes n’était pas quelque chose à faire devant n’importe qui.

Il chantonnait à voix basse tout en la berçant avec lenteur et en lui caressant gentiment le dos pour la calmer. Ses larmes se tarirent. Sa respiration se fit plus profonde, plus espacée. Le jeune Bookman comprit alors qu’elle s’était rendormie. Dans ses bras. Et qu’elle tenait fortement sa veste de pyjama dans ses poings. Il allait donc soit lui laisser son haut, soit dormir avec elle.

Kanda va me tuer, pensa le borgne en s’allongeant à ses côtés.

La jeune femme se blottit un peu plus contre lui, collant son front contre son cou.

Oh oui… Je vais finir en civet… pleurnicha-t-il intérieurement. Bon… mourir pour mourir, autant avoir au moins une bonne raison…

Il referma son étreinte sur le corps féminin et le plaqua contre lui. Il la sentit passer sa jambe droite par-dessus les siennes alors qu’il remontait les couvertures sur eux-deux. Puis il s’endormit.


-Voici donc Dublin.

-Oui.

Ils avaient revêtu leurs uniformes et leurs bagages patientaient auprès d’eux.

L’uniforme de la jeune femme était très simpliste. Son manteau était un mélange entre celui d’Allen et de Kanda. Une large capuche et un long manteau jusqu’aux chevilles. Une paire de gants blancs aux mains et une ceinture où pendaient ses deux épées. Son manteau ne se fermait que sur une vingtaine de cm, à l’aide d’une fermeture éclair, et la laissait libre de ses mouvements.

En-dessous, elle portait un pantalon en cuir sombre et une chemise d’homme. Ses bottes claquaient contre le sol impatiemment. Il était difficile de deviner si elle était un homme ou femme. Encore un point commun avec son frère.

Son voisin était tout aussi nerveux. Certes, ils avaient passé une semaine excellente, mais le travail n’était jamais loin. La mort et le combat, éternels camarades, les attendaient sur le port, et ils les prendraient d’assaut, à peine leurs pieds auraient-ils touché terre. Ils n’avaient pas peur, non. Ils étaient tout au plus déçus, blasés et dégoûtés de ce comportement. Si au début ils prenaient le temps de pleurer les morts, plus rien ne les atteignait maintenant. Et c’en était navrant.

-Nous ne sommes même plus humains, avait un jour marmonné Kanda. Nous sommes des boucliers, des sacrifices, de la chair à canon. Alors laisse-moi m’exprimer. Laisse-moi en vouloir aux traqueurs et leur adresser des insultes qui ne concernent que les exorcistes !

Les exorcistes ne pouvaient pas démissionner. Seule la mort les attendait. Ils pouvaient fuir, mais ça ne servait à rien. Le maréchal Cross en était la preuve même. Ils en étaient conscients.

-Lavi ? Murmura la japonaise.

-Oui ?

-On cherche l’auberge, ou on démarre l’observation ? Enfin, je me comprends.

-Moi aussi je t’ai compris, sourit-il. Passons par l’auberge y poser nos affaires et récolter des informations.

Arrivés là-bas, une nouvelle surprise les attendait. À cause d’une des fêtes du pays, le gérant ne pouvait leur proposer qu’une chambre avec un lit double. Et c’était le même cas de figure dans les autres auberges, d’après lui. Ils furent donc bien obligé de prendre les clés et de s’y installer.

Lavi ne voulait pas que le rêve de la première nuit dans le bateau ne se répète, en pire, et qu’il se fasse griller. Il tenait à sa vie et ne voulait pas que celle-ci se fasse subitement raccourcir par une lame de katana ou d’épée. Non.

-On se sépare ? Proposa la jeune femme.

-Euh…

Se séparer coupait en deux l’aire de recherche. Mais ça signifiait aussi se mettre inutilement en danger. Que choisir ? L’efficacité ou la sécurité ? Cruel dilemme. Dans un cadre plus personnel, la solitude lui permettrait de réfléchir tranquillement. Mais l’accompagner voudrait dire qu’il pourrait plus l’observer. Ah !

-Tu préfères quoi ? Grogna-t-il.

-Eh bien…

Elle avait suivit le même chemin de réflexion que lui, à la différence qu’une autre raison la motivait.

Elle était partagée. Si elle Le rencontrait. Avec Lavi, ça nécessiterait une explication et l’émergence d’une bonne partie de son passé. Sans Lavi, ça signifiait qu’elle pourrait retomber dans Ses filets. Elle mordillait sa lèvre inférieure tout en faisant tourner les rouages de son cerveau.

-On ne se sépare pas, soupira-t-elle finalement.

Tant pis pour elle, Lavi était assez digne de confiance pour qu’elle le lui raconte. Et puis, il le découvrirait bien un jour, vu le fouineur qu’il était !

Ce dernier esquissa un petit sourire, son œil semblait pétiller. Mais il était mitigé, intérieurement.

Ils avaient décidé d’un commun accord de profiter de la nuit naissante pour faire un peu de tourisme, histoire de parfaire leurs connaissances, mais aussi l’image de couple qu’ils avaient été obligé d’enfiler lorsqu’ils avaient accepté la chambre double. Ils mangèrent en chemin, savourant le calme entre eux, n’échangeant quelques mots qu’à voix basse.

Ils n’avaient pas laissé leurs affaires d’exorcistes dans la chambre pour autant, non. Le Maillet de fer, tout comme Kiba, était accroché au flanc de son possesseur.

Dans un accès de courage, le plus vieux avait passé son bras autour de la taille fine de sa collègue qui l’avait laissé faire, posant même sa tête sur son épaule. Aucun des deux ne savait si l’autre faisait ça pour leur image de couple ou par envie personnelle. Eux-même l’ignoraient. Réflexes instinctifs ou bien gestes dépassant leur pensée ?

Tout à leur sortie culturelle, ils ne remarquèrent que très tard l’heure qu’il était. Ils retournèrent alors à l’auberge et se couchèrent sans un mot, bien trop crevés pour perdre du temps en bavardages futiles. Et c’est donc tout naturellement que la jeune femme se blottit tout contre son torse, les bras de Lavi passés autour d’elle. Ils s’endormirent sans faire d’histoire et sans même y penser. Le réveil, lui, serait une toute autre paire de manches, bien sûr.

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