-Alors, c’est vrai ? Tu comptes sortir de l’hôpital dans peu de temps ?
-Effectivement. Et, euh…
-Oui ? M’encouragea-t-elle.
-Je pourrais venir chez vous ? Comme vous me l’aviez proposé hier ? Hésitai-je.
Suite à ma question, je pus la voir se figer pour se raidir aussitôt après. Peut-être que finalement elle avait repensé à sa demande ? Peut-être… Peut-être avait-elle changé d’avis ? Non, pitié, j’avais vraiment besoin de son aide.
-Mmh, moui, la proposition tient toujours. Tu veux bien ? Reprit-elle timidement.
… Oui, j’étais bel et bien en train de la regarder avec des yeux de la taille d’une soucoupe à thé. Attends, pourquoi elle me demandait ça comme ça ? C’était plutôt à moi d’avoir ce genre de réaction !
-Si je te le demande… tentai-je timidement.
-Effectivement, vu sous cet angle-là, sourit-elle gentiment.
-Hé hé hé, riais-je en me frottant l’arrière de la tête d’un air gêné.
-Bref, quand veux-tu sortir d’ici ?
-Tout de suite ! C’est possible ? Murmurai-je, peu sûr.
-Bien sûr ! Quand tu veux !
Je lui adressai un grand sourire. Ce sourire que j’arborai au début de la relation amoureuse que j’avais. Un sourire tellement large et tellement sincère qu’on ne peut que sourire en retour. Un sourire éblouissant sur son visage me répondit. Je lui envoyai un sourire encore plus large. Un clin d’œil s’ajouta au sien. Okay ! Bien compris ! Concours de sourire enclenché ! Et nous nous retrouvâmes à échanger les sourires les plus énormes et transpirant le plus de bonheur (faux). Échangeant un nouveau regard, on éclata de rire, au point de nous tenir le ventre et de nous rouler sur le sol.
Une fois l’hilarité passée, je tentai de retrouver mon rythme de respiration, allongé sur mon lit et sur le dos, à bout de souffle et le bras bandé posé sur mon estomac. Relevant la tête, je pus l’apercevoir dans le quasi même état, ses cheveux ébouriffés lui faisant une sorte d’auréole, ses joues étaient rosies de la crise de rire précédente, son souffle hiératique soulevait irrégulièrement son ventre…
Détournant le regard en sentant mes joues cuire, je toussotai pour masquer ma gêne. Puis, je m’adressai à elle sans la regarder.
-Euh… Est-ce que tu pourrais regarder ailleurs ? Ou sortir ? J’aimerais enfiler des vêtements propres et plus décents que cette blouse verte, pas que j’en critique la couleur, hein ! Juste qu’avoir les fesses à l’air, c’est pas cool… terminai-je en marmonnant.
-Hm ? T’as dit quoi vers la fin ? S’intéressa-t-elle.
-Euh, rien rien ! Angoissai-je en secouant les bras. Absolument rien !
-Ah bon ? T’es sûr ?
-Oui oui ! Me précipitai-je.
-Bon, bah, je suis dehors ! Enfin, dans le couloir, quoi.
-Okay.
Alors qu’elle disparaissait derrière le battant blanc, je m’empressais de défaire la pile de linge qui avait été pliés et déposé sur la table de chevet. Les vêtements que je portais la fois où Lavi m’avait agressé étaient déchirés et des traces de sang y étaient visibles. Je soupirais devant l’état de ces bouts de tissus qui allaient se faire reconvertir en serpillières dans peu de temps. J’avisai alors la pile juste à côté [c’est une grande table de chevet]. Je les dépliai avec délicatesse. Un bête T-shirt blanc, un gilet noir, un jean bleu ciel, une écharpe beige toute douce, une paire de chaussettes noire, un caleçon noir. Des vêtements passe-partout. Me demandant à qui tout cela pouvait appartenir, je pensai instantanément à la jeune asiatique m’attendant dehors. Ça avait l’air d’être son genre, en tout cas. Mais ce n’étaient pas des vêtements de filles -heureusement pour moi, d’ailleurs- alors, à qui appartenaient-ils réellement ?
Je secouai la tête brusquement et avec violence. Mais qu’est-ce que j’en avais à faire ? On s’en fiche ! Ses vêtements devaient appartenir à son petit-ami, et puis voilà ! Mais alors… Est-ce que je devais toujours aller chez elle ? Après tout, je ne voulais pas créer de conflits chez elle ou m’imposer…
-Raah !
J’étais à moitié en train de m’arracher les cheveux, ne sachant ni quoi faire, ni quoi penser. C’est vrai que je n’avais pas pensé à ce cas de figure. Bien qu’elle devait être plus âgée que moi, ce n’était pas pour autant qu’elle vivait seule ou ce genre de trucs (oui, ça n’a aucun rapport, et j’assume). Et je déteste m’imposer ou ce genre de trucs.
-Tu sais, surgit une voix de l’autre côté de la paroi me pétrifiant, les vêtements sont un cadeau. Fais-en ce que tu veux, ils sont trop petits.
-Ah ? Bah… merci…
-De rien !
Rien qu’à entendre sa voix, je savais qu’elle souriait largement, comme si j’avais fait quelque chose de merveilleux, autre qu’accepter des vêtements. Ramenant mon attention à ces derniers, je me décidai à les enfiler, ayant assez perdu de temps comme ça à mon avis.
J’ouvris la porte tout en enfilant le gilet. Alors que je faisais la fermeture éclair, mon nouvel ange gardien s’approcha de moi et noua l’écharpe convenablement. Alors qu’elle serrait avec douceur, elle m’adressa un sourire des plus lumineux. Je crois bien ne pas l’avoir vu sourire deux fois de la même manière et intensité, quand j’y pense… Mais bref ! Là n’est pas la question.
-Tu as tout ? On va pouvoir y aller, alors !
-D’accord. Je te suis.
-Te voici chez moi, déclara-t-elle en montrant la maisonnette d’un revers de main quasi-magistral.
Une maison aux murs beiges, un toit en ardoises noires, un étage et un rez-de-chaussée. La bâtisse était en forme de « T ». Des fenêtres parcouraient la façade. À nos pieds, des cailloux. Plus loin, la pelouse. Un jeune arbre poussait juste à côté d’un petit chemin de pierre. Des massifs d’Hortensias bleus-mauves bougeaient avec le vent, installés tout autour du bâtiment.
Avançant lentement, faisant grincer le gravier sous mes pas, je pris mon temps pour observer les alentours. Derrière moi, la jeune fille fermait le portail blanc. Esquissant quelques pas, j’avisai un cercle de terre battue. Au centre, un billot de bois mesurant facilement 2m, si ce n’est plus… D’ailleurs, celui-ci est parcourue de stries bizarres, comme formées par une arme blanche. Je jetai un regard vers mon accompagnatrice. Celle-ci m’envoya un sourire désolée. Mais… de quoi ? En y regardant de plus près, des traces de piétinements et autres empreintes de pieds étaient visibles dans la boue figée. Pas un brin d’herbe. À croire que certains s’amusaient à y danser la bourrée tous les jours… La vision de ma nouvelle amie en habit de paysan avec de gros sabots en bois m’arracha un sourire et je dus me mordre la lèvre inférieure pour ne pas lâcher un ricanement moqueur. Pourtant, ce personnage gardait cette classe et ce sourire si adorable qui lui semblait quasi-naturel.
Revenant à la réalité, je notai les sourcils relevés par l’étonnement qu’elle ressentait. Faut dire, quelqu’un qui se met à sourire pour aucune raison valable, c’est à se poser des questions sur sa santé mentale ! Mais bon, c’est tout moi… Je grimaçais un sourire pour la rassurer sur mon état psychologique. Son sourire ne fit que se rallonger alors qu’elle ouvrait la porte boisée pour me laisser entrer.
-Bienvenue chez moi ! Déclara-t-elle en englobant la pièce d’un geste théâtrale du bras droit.
Je laissai voguer mon regard sur ladite pièce. Blanche. Calme. Simple. Le salon, quoi. Une pièce où tous pouvaient aller et venir. Chacun trouvait sa place en ce lieu paisible. Trois canapés crème, une bibliothèque, un meuble télé avec son occupante, une cheminée où se mourraient des braises encore un peu rougeoyantes, un tapis persan bleu outremer s’étendait au centre de la pièce, une petite table en verre, des lampes disséminées un peu partout, des rideaux bleus vaporeux pendaient aux portes-fenêtres en face de la porte d’entrée. Il y faisait bon y vivre. Je sentais en moi la sensation que je m’y plairais, rien qu’en observant le salon.
-Bon, je te fais visiter ? Chantonna la pile électrique me faisant sortir de ma transe.
-Avec plaisir.
-Bon bon bon… Alors… Voici… La salle à manger !
Seulement délimitée du salon par une marche, une grande pièce aux murs orange-doré, une couleur assez chaleureuse en soi. Une grande table en bois cirée -sûrement du chêne- imposait par son unique présence. Elle était bordée de dix chaises : quatre de chaque côté et une à chaque bout. Un tapis couleur pêche où s’entre-mêlaient d’étranges spirales noires et rouges était posé au sol. Des tableaux représentant des couchers de soleil ou ce genre de paysage. M’en approchant, je remarquai la signature en bas à droite : Froi. J’avais entendue parler de cet artiste-peintre très apprécié pour ses paysages. Ce n’était pas trop mon genre, mais j’aimais bien cette vision paisible. Je souris doucement.
La pression d’une main sur mon épaule me fit tourner la tête dans cette direction.
-Je l’aime bien, moi aussi, avoua-t-elle.
Je hochai la tête, en accord avec elle.
-Tu viens ?
Elle me tira par le poignet vers l’escalier prenant pied au fond de la salle à manger. Sauf que le couloir se poursuivait un peu plus loin, et je m’en étonnai. Où cela pouvait-il bien mener ? Comme si elle avait lu mes pensées, la jeune fille se tourna vers moi -enfin, vu comment j’étais en train d’essayer de regarder, j’étais pas discret-discret.
-C’est les ateliers de Tiedoll, m’annonça-t-elle comme si c’était une évidence.
Tiedoll ? C’est qui ce mec ? Son copain ?
-À l’étage se trouvent toutes les chambres et salles de bain.
-D’accord.
Gravissant les degrés avec légèreté, j’observai attentivement chaque peinture de ce même artiste. Elle donnait l’impression que c’était une fenêtre vers l’extérieur. Mais un extérieur d’autrefois, comme si c’était un autre univers juste derrière une vitre.
Mais l’escalier n’était pas éternel, et je me retrouvai sur un palier au parquet de bois clair. Parquet vitrifié, évidemment. Le couloir formait un coude, surplombant l’escalier, bordé d’une barrière aux barreaux finement sculptés.
En face de nous, une porte, à notre gauche, aussi. S’approchant de cette dernière, ma guide y posa sa main à plat et se tourna vers moi pour m’expliquer avec un grand sourire.
-Ici, la chambre de Tiedoll. Je ne peux pas te la montrer. Je m’en excuse. Mais en son absence…
-Pas grave ! Coupai-je, accompagné d’un signe de main.
-Par contre, celle-ci est la mienne, poursuivit-elle en se dirigeant vers la chambre du fond.
Poussant la porte blanche, -comme le reste des murs et portes de cet étage- elle me fit entrer dans son espace personnel.
Les murs étaient vert forêt. Cette couleur assombrissait et donnait l’impression de petitesse. En face de l’entrée, une fenêtre. Celle-ci donnant sur le poteau aperçu tout à l’heure. Sous la fenêtre, une petite commode en bois. D’ailleurs, une enfilade de commode étaient contre ce mur. Des babioles en tout genre y prenaient le soleil hivernal. D’épais tapis couvraient le sol. Un lit -deux personnes- dont la tête était plaqué contre le mur de droite, une énorme bibliothèque à ma gauche composée de livre classiques, modernes, de mangas et de BD. Juste à côté, une tour à CD largement garnie. Dans le coin à droite, un tabouret où était posé un katana et son fourreau en bois. Si la garde était de fil émeraude mêlé d’améthystes, le fourreau était noir. Une pile de tissus juste en dessous, mais j’étais bien incapable de deviner leur nature réelle.
M’avançant un peu plus vers elle, -elle s’était laissé tombé sur le lit- je poursuivis mon observation. Décidant d’aller voir de plus près les bibelots, je m’en approchai.
Des photos, des vases, des figurines et statuettes d’animaux mythologiques, -tels que le dragon ou la salamandre- des pierres aux formes et couleurs étranges et autres bidules…
Avisant une des photos, je la scrutai avec attention. Elle était récente, d’après la date. Un adulte brun avec une moustache pendante, des lunettes aux grosses montures marrons, un large sourire lui fermant les yeux. Il avait une tâche de peinture bleue sur le nez. Il avait une main posée sur l’épaule d’un japonais à l’expression non engageante. Les bras croisés, l’air renfrogné de quelqu’un qui voudrait être ailleurs mais qui secrètement apprécie, de longs cheveux noirs attachés en une haute queue de cheval, des yeux noirs de charbons, un débardeur noir qui moulait parfaitement son torse musclé, un jogging gris à l’air poussiéreux m’empêchait de détailler ses jambes que je devinais fermes et musclées, ses pieds étaient nus. Un jeune homme plus petit souriait largement, fendant son visage en deux, une sorte de balle de tennis agrandie à ses pieds. Des traits violets allaient de ses yeux -marrons- au milieu de ses joues. Il portait une sorte de bonnet de lutin noir au rebord blanc au bout duquel pendait un genre de… clochette ? argentée. Des mèches de cheveux châtains s’échappaient du chapeau étrange. À ses côtés, la jeune fille dont je ne connaissais toujours pas le nom. Le bras passé sur ses épaules, elle avait penché la tête vers lui, un sourire encore plus large que les autres (quoique par rapport au deuxième garçon, c’était pas compliqué), l’autre main levée et le signe de la victoire présenté par celle-ci. Derrière eux, un colosse à la peau brune, des yeux gris, les bras croisés, un sourire petit mais présent et sincère. Des écouteurs gris étaient accrochés, lui cachant entièrement les oreilles. Le décor semblait être le jardin de la maison.
Comme hypnotisé, je posai mon index sur l’asiatique, n’arrivant pas à m’en détacher.
-Il est beau, hein ? Glissa une voix derrière moi, me faisant sursauter bien malgré moi.
-Euh… de qui tu parles ?
-Bah, de lui.
Elle indiquait la source de mon attirance.
-Mouais. Grognai-je de mauvaise foi.
-Menteur ! Chantonna-t-elle en me lançant un clin d’œil.
-Ouais, bon, okay, il est pas mal…
-Seulement pas mal ? Tu me vexes, là ! Tu es sûr qu’il est pas plus que ça ? Insista-t-elle.
-Bon, okay ! Il est sublime ! Avouai-je.
-Bah voilà ! Tu vois, c’est pas compliqué à dire ! Rigola-t-elle. En tout cas, je te remercie du compliment !
-Pardon ?
-Hé hé hé ! Tu n’as pas remarqué la ressemblance ? Le plus souvent, ça saute aux yeux des gens, mais bon, là, faut dire que c’est une photo, alors peut-être que…
-Mais… de quoi tu parles ? Tu es là ! M’exclamai-je en montrant sa silhouette.
-Oui, ça, je dis pas le contraire. Nous sommes frère et sœur. Jumeaux, pour être précise.
Je la fixai, les yeux version soucoupes. Puis mon regard fit des allers-retours entre le jeune homme photographié et elle, devant moi.
-Tiens, devine qui est qui.
Cela dit, elle me tendait une photo où deux silhouettes identiques étaient représentées. Un manteau noir à capuche, non fermé, un pull à col roulé bleu marine, une ceinture noire (du cuir ?) où pendait, pour la personne de droite, une lame japonaise noire parcourue de veines argentées (mais pas un katana, je suis catégorique), et pour celle de gauche, deux épées à chaque hanche. Une haute queue de cheval nouée à l’aide d’une corde rouge, un air sérieux, voir froid, et neutre sur le visage, une main posée sur la garde d’une arme, l’autre sur la hanche opposée, un pantalon… (je déglutis) en cuir noir moulant de fines jambes fuselées… Aux pieds, de simples baskets blanches. Les personnes s’étaient placées en miroir. Même en ayant les deux, dont l’une en réel et l’autre en image, en « normal », il m’était impossible de déterminer qui est qui. Relevant la tête, je la secouai.
-Non, désolé, je ne sais pas qui est qui.
-Moi non plus.
-Hein ? M’étonnai-je.
-Bah, on pense que je suis à gauche, là, parce que d’après mon frère, il y a comme une once de sourire. Et Marie prétend, au contraire, que c’est mon frère, car, d’après lui, l’air est plus froid. Enfin, tu vois le bordel, quoi !
-À peu près, oui…
-Mais, ça, c’est quand on ne prend pas les armes en considération. Quoique, on est capable de les avoir échangé… ajouta-t-elle pensivement.
-Et si on considère que non ?
-Alors je suis à gauche. Les deux épées que tu vois s’appellent Kiba. Celle de Yû, mon frère, se nomme Mugen.
-Vous donnez des noms à vos armes ?
Au secours, des fous ! Ou des fétichistes !
-Euh… Une vieille tradition familiale. En gros, si tu offres un nom à ton arme, c’est un signe de respect et elle sera d’autant plus forte… Enfin, tu vois le genre, non ?
-Mouais, grommelai-je.
-Bon ! Je vais te faire visiter les autres les pièces ! Décida-t-elle en embarquant la photo.
-Euh… Pourquoi pas ? Hésitai-je.
-Allez, viens ! Me pressa-t-elle en me tirant par le bras.
Me faisant sortir de cette pièce, elle me mena dans le coude du couloir. Passé celui-ci, trois portes. Deux côtes à côtes, la troisième dans un coin. Rien ne les différenciait les unes des autres. Pourtant, à voir de plus près, si. Mais de vraiment près.
Poussant la plus à gauche, je découvris une chambre désordonnée. Des balles aux tailles et couleurs diverses un peu partout, un lit non fait, des feuilles -couvertes d’écritures ou dessins ou non- éparpillées sur le bureau et sur ses alentours. Des clochettes accrochées en pendules se situaient juste au-dessus du lit simple. Sans le vouloir, j’imaginai un jeune homme, allongé sur le lit, donnant de petits coups de pieds dans les boules en argent.
-Ici, c’est la chambre de Daysia Barry. Il devrait revenir vers la fin de la semaine… Normalement.
-Hm ? Que veux-tu dire par normalement ? L’interrogeai-je.
-Juste qu’il lui arrive d’oublier de rentrer ou qu’il a des projets au temps un peu trop débordant…
-Je vois…
-C’est lui, m’indiqua-t-elle en pointant le garçon aux allures de lutin.
-Sur cette photo, vous avez l’air très proche, fis-je remarquer.
-Hm ? Tu parles de Daysia et moi ? Oh non ! Absolument pas ! Enfin, je veux dire : pas dans ce sens là. Nous avons grandis ensemble. Tous les 4, alors…
-Okay, me contentai-je de rétorquer pour cacher ma gêne.
Elle ferma la porte pour passer à celle juste à droite. Celle-ci délivra une pièce mauve pâle avec quelques nuances de blanc. Un lit simple et fait au carré, couvert par une couverture aux motifs tribaux blancs et noirs. Une guitare sèche apposée avec attention contre le mur dans le coin opposé gauche, un table simple sous la fenêtre où s’empilaient des feuilles.
-Voici la chambre de Marie Noise. Un peu trop méticuleux, mais on ne peut pas lui en vouloir… C’est le plus vieux, en dehors de Tiedoll. C’est celui-là, finit-elle par dire en montrant le colosse derrière eux.
Je n’avais qu’une hâte : la dernière chambre !
-Et donc, celle de mon frère, annonça-t-elle subitement, en écho avec mes pensées.
Je fis un pas à l’intérieur. Des murs blancs, vide de toutes affiches. En dehors d’un miroir -fêlé- et d’un poster représentant une panthère noire nous fixant de ses yeux jaunes. Ah, non ! Fixés à l’aide de crochets enfoncés dans le mur, un katana à la garde de fils saphirs mêlés de bronze et au fourreau de bois blanc, ainsi que la lame japonaise aperçue sur la photo de tout à l’heure. Je m’en approchai, complètement sous le charme des ces deux armes blanches. Alors que j’esquissai un geste pour les frôler, ma main fut stoppée par celle de ma guide.
-J’aimerais ne pas me faire tuer si mon frère remarque que ses armes ont été touchées. Déjà, le fait que je t’ai fait entrer dans sa chambre me donne un aller simple pour l’enfer, finit-elle en esquissant une grimace qui me fit rire.
Après qu’elle m’ait relâché le poignet, je poursuivis ma balade. Il n’y avait pas grand-chose à voir. Un placard dans un coin, une fenêtre (donnant sur le jardin arrière où des massifs de fleurs et une balançoire solitaire se réunissaient), un lit simple aux draps noirs (en dehors de la taie d’oreiller qui était grise), une table de chevet où une lampe attendait. Rien de vraiment personnel, quoi. Au sol, du parquet ciré. Ainsi qu’un tapis rond, râpé et bleu marine.
Je sortis avec regret de cette chambre pourtant si impersonnelle et si peu accueillante. Un sourire aux allures un peu carnassier ornait les lèvres de mon amie. Un frisson parcourut mon dos à la vision de cette grimace. Mais la raison de celui-ci me restait inconnue… Même si j’en avais une petite idée. Après tout, quelle sœur ne cherche pas à caser son frère ? Je dis ça, j’ai jamais eu de sœurs. Ni de frères !
