Vivant depuis toujours dans ce petit village roumain qui n’était rattaché au reste du monde que par le chemin de fer, Arystar était seul.
Élevé par son grand-père connu pour ses excentricités, orphelin de ses deux parents, il s’était retrouvé isolé à sa mort, déterminé à emporter avec la sienne toute cette bizarrerie opulente.
Puis il avait rencontré. Eliade.
Une jeune femme magnifique qui avait été capable de voir par-delà le masque de vampire et avait décidé de s’installer avec lui, partageant sa solitude sans la moindre arrière-pensée.
Leur idylle n’avait pas été bien longue, mais chaque nouvelle journée était un émerveillement, un moment arraché au paradis. Les meilleurs de sa morne existence.
Mais il y avait aussi cette sensation immonde. Ce monstre rampant dans son esprit, qui lui hurlait de plonger ses crocs dans la chair tendre de la délicate blonde et de se repaître de son sang, tout comme il le faisait avec tous les autres.
Mais Arystar ne pouvait se le permettre. Il tenait beaucoup trop à elle pour la souiller de quelque manière que ce soit.
Puis des exorcistes avaient pénétré sa demeure, et tout s’était effondré. Littéralement.
Il n’était plus un monstre. La douce Eliade, si.
Il dut se résoudre à la vider de son sang à son tour et porter ce fardeau chaque jour supplémentaire, combattant les Akumas et chérissant son souvenir comme son bien le plus précieux, se lamentant dans l’ombre.
Arystar voyait le monde, mais à quel prix ?
Les larmes lui montèrent aux yeux sous la Lune muette.
