C’était de notoriété publique : Yū Kanda n’était pas d’un abord facile.
Froid, hautain et solitaire, il se mêlait peu à la compagnie d’autres personnes, à moins d’y être forcé.
Lenalee, Marie et Tiedoll étaient les seules exceptions, jouissant d’un privilège rare et légèrement envié. Le caractère irascible du jeune exorciste était loin d’être recherché, mais il était efficace et admiré.
(Et beau, mais la majorité de la congrégation de l’Ombre était composée d’hommes, et plus encore de religieux, donc personne n’osait l’annoncer trop fort.)
Mais l’arrivée des Bookmen, puis du maudit, apporta des changements, sa voix se faisant plus régulièrement entendre, pour se défendre ou attaquer. Il était plus souvent présent dans les lieux communs, même si c’était juste pour râler et balancer des répliques cinglantes, le contraire même du quota sympathique en somme.
Puis il y eut l’affaire Karma et ce fut comme un déclic pour lui.
« Je ne peux pas mourir… pas avant de l’avoir retrouvé… » s’était-il promis, entouré de fleurs de lotus.
Mais il l’avait retrouvé. Il l’avait retrouvé et la mort allait de nouveau les séparer.
Ce fut à ce moment que la pousse de soja lui ouvrit une porte de l’Arche, lui ordonnant presque de la passer et de rejoindre Matera.
Quand il s’y retrouva, seul avec Alma, ce fut le temps des réalisations. Du travail sur soi et des confidences.
Et quand son souffle cessa… son propre cœur faillit bien le suivre, mais il n’y eut que des larmes, des sanglots sans répit qui parurent rincer son âme.
Ce fut un nouveau lui qui reprit la route.
