Un minuscule individu dans le vaste monde [Hobbit + Harry Potter]

Un minuscule individu dans le vaste monde – 3/?

Le jour du départ était, une fois de plus, un vrai fouillis. Ça courait dans tous les sens, les chats miaulaient, les chouettes s’agitaient dans leurs cages, les crapauds fuyaient… Bref, ça grouillait dans tous les sens et une horrible cacophonie régnait.

Pour toutes ces raisons, Thorin et Dwalin avaient prudemment opté pour rester dans leur salle commune, loin de toute cette agitation.

Ils avaient salué leurs amis et leurs camarades, leur avaient souhaité de bonnes fêtes, mais ils tenaient trop à leurs oreilles et leurs orteils pour tenter une expédition dans le hall. Bien trop risqué pour l’intégrité de leurs physiques.

Pour faire passer le temps -le Poudlard Express ne partant pas avant deux bonnes heures, encore- ils jouaient aux osselets tout en mâchonnant des baguettes à la réglisse.

Ce n’était pas très passionnant et ils s’ennuyaient à mourir, mais Nori avait subtilisé le paquet de Batailles explosives et ils étaient nuls aux Bav’boules. Une véritable catastrophe.

Lorsque l’heure du repas arriva, ils abandonnèrent leur jeu avec grand plaisir et retrouvèrent les couloirs de pierre.

Accompagnés des autres Gryffondor, ils parlaient de leurs projets pour les jours à venir. C’était principalement des étudiants de la tranche du milieu, les plus âgés ayant des rôles à tenir chez eux et les plus jeunes ressentant le manque de leur famille.

Comme toutes les autres années, une seule table avait été disposée, professeurs et élèves se mêlant sur les bancs.

Bons, derniers, ils durent se faufiler là où il restait de la place, séparant le groupe.

Le hasard l’assit entre l’infect préfet de Serdaigle, Smaug, et un Gryffondor de septième année du nom de Bard. Heureusement, Dwalin s’était glissé en face de lui.

L’animosité entre Smaug et lui provenait d’une ancienne querelle familiale, une histoire d’héritage, mais elle était surtout alimentée par l’attitude glaciale et supérieure du préfet dont les facilités intellectuelles n’égalaient que son ennui constant.

D’un accord muet, ils ne s’adressèrent donc pas la parole. Smaug trouvait de toute façon Thorin « ennuyeux » et lui l’estimait « pédant ».

Entre Bard et Dwalin, il put au moins passer un repas agréable, bien qu’il ne put ignorer complètement les piques que son voisin lâchait à tour de bras, sa voix ayant tendance à résonner en chacun.

– Non Smaug, tu ne peux pas dire ça !

Son voisin à lui, par contre, avait plus de mal à se faire entendre, ce qui amusa Thorin.

– Vous allez faire quoi cet après-midi ?

– Je vais tenter la bibliothèque. Quand il y a moins de monde, comme maintenant, Irmo me laisse plus libre de mes mouvements, déclara-t-il. Et vous ?

– Je pense profiter que le terrain de Quidditch est vide pour l’approprier. J’ai envie de me dérouiller à coups de cognards. Tu m’accompagnes, Bard ?

– Pour sûr !

Ils se quittèrent sur ces bonnes paroles, prenant les directions indiquées.


Bien dans le champ de vision du bibliothécaire, le sixième année s’appliquait à ses devoirs.

Les cours ayant fini la veille, peu de personne se pressait dans les lieux, offrant un calme reposant. C’était aussi ce qui avait fait pencher la balance en sa faveur lorsqu’il était venu à demander la permission d’étudier sur place.

– Euh… Bonjour, les places sont libres ?

Ne s’attendant pas à être dérangé, Thorin releva le nez, surpris.

Un première année de Poufsouffle, si il en jugeait à sa taille et la couleur de son blason, lui souriait avec énergie.

Il haussa un sourcil en retour.

– Bien sûr, mais la bibliothèque dispose d’autres tables de travail.

– C’est la seule à avoir autant de chaises.

En effet, les autres avaient subi des dégâts quelques semaines plus tôt.

– Tu ne prends pas autant de place, quand même ?

Juste un sourire angélique, pas de mot.

Soupirant de fatigue, Thorin lui fit signe qu’il pouvait s’installer avant de reprendre sa plume et son manuel.

C’était bizarre qu’il souhaite avoir autant de place au vu du poids-plume qu’il était, mais bon… Tant qu’il ne le dérangeait pas !

Lorsqu’il releva de nouveau le nez de son devoir il pensa être victime d’une hallucination. En effet, il était passé d’un première année à deux, de la même maison.

Mais comme ils travaillaient sans bruit, il n’émit aucun commentaire.

Il s’absenta pour ranger deux livres et revenir avec d’autres. Sauf qu’un troisième élève s’était installé.

Était-ce ainsi que les Poufsouffle se reproduisaient ?

Au point final de son devoir d’arithmancie, il put se rassurer en apercevant un blason vert et une chevelure brune. Bon, ce n’était pas des mogwaïs.

Il en était à gémir intérieurement sur la métamorphose quand une voix inconnue s’éleva, le surprenant.

– Vous étiez là ! Ça fait une heure que je vous attends !

– Une heure et tu ne t’es posé la question que maintenant ?

– Oui, bon, je ne me suis débarrassé de Smaug qu’il y a vingt minutes. Ça fait bizarre de vous voir si studieux.

Le nom du préfet lui fit relever la tête alors qu’il parut reconnaître la voix comme celle au déjeuner.

– Que veux-tu, oncle Bilbon, on souhaite réussir nos années, nous !

Le brun avait l’air d’avoir la langue bien pendue mais il paraissait amusé, ce n’était donc pas une attaque mais une taquinerie.

– J’ai failli redoubler, ça ne m’est pas arrivé pour autant. Et mes résultats sont meilleurs que les tiens, tête de Touque !

Thorin n’avait pas la moindre idée du sens des derniers mots mais il se surprit à apprécier les plaisanteries que les cinq s’échangèrent, même si ils étaient surtout plus occupés à rire qu’à rétorquer.

– THORIN DURIN.

La surprise fit déraper son coude et il s’étala presque sur la surface en bois, au rugissement du bibliothécaire.

– Vous m’aviez promis de vous tenir ! Vu que vous en êtes incapables, je suis au regret de vous demander de quitter les lieux !

Muet face à cette injustice -il n’avait pas ouvert la bouche depuis l’arrivée du premier blond !- il ramassa ses affaires et entreprit de passer devant l’adulte.

Mais il ne s’attendait pas à la suite.

– Mais m’sieur Irmo, il a rien fait !

Il reconnut vaguement le premier arrivé mais ne ralentit pas pour autant le pas. Ce serait une perte de temps.

– Hein, Bilbon ! Il a pas ouvert la bouche une seule fois ! Il a fait que travailler !

Thorin n’écoutait déjà plus. Il avait déposé les livres empruntés sur le comptoir et avait quitté la bibliothèque.

– Tu t’es encore fait virer ? Demanda Dwalin pour la forme.

Il haussa les épaules pour toute réponse.

– Pourquoi tu souris comme un débile ?

Il ne lui répondit pas plus, reprenant sa rédaction, le cœur chantant de sa rencontre tantôt.


– Hé !

Thorin prit approximativement une minute pour se rendre compte qu’on s’adressait à lui. Trente secondes de plus pour s’arrêter et vingt autres pour se retrouver.

Le reste de la journée pour s’en remettre.

– On ne s’est pas présenté l’autre jour. Je m’appelle Bilbon Sacquet, je suis en cinquième année.

Il lui tendait la main, souriant poliment.

– Thorin Durin. Sixième année.

Il lui serra la main avec un peu trop de force au vu de sa grimace.

– Navré.

-Je venais aussi vous présenter mes excuses. À cause de nous, vous avez été viré de la bibliothèque alors que vous étiez innocent de ce qu’on vous accusait !

Il poursuivit sur sa lancée mais Thorin avait décroché. Il avait Bilbon devant lui. Il lui parlait. Il s’excusait.

D’ailleurs, la culpabilité et le remord lui allaient plutôt bien.

– Ça te dirait d’aller aux Trois Balais avec moi ? L’interrompit-il.

Il avait été tellement brusque et hors propos qu’il fallut à son interlocuteur de longues et interminables secondes pour digérer et comprendre l’invitation.

– Euh… la sortie est la semaine prochaine, balbutia-t-il.

– Ah oui… c’est vrai.

Un blanc inconfortable s’installa durant lequel le cerveau de Thorin fonctionna à plein régime pour trouver une solution, pendant que Bilbon tortillait ses manches, nerveux.

– Je connais des passages secrets, si tu veux, proposa-t-il finalement.

Il hésitait, ça se voyait.

Mais il n’eut ni le temps de refuser ni d’accepter.

– DIS OUI COUSIN BILBON ! Brailla-t-on.

C’était tellement inattendu qu’ils sursautèrent tous les deux puis se retournèrent vers le coin de couloir où les quatre jeunes étudiants les espionnaient sans doute depuis le début.

Ils affichaient de larges sourires ravis et entendus et pressaient leur aîné à accepter l’invitation.

– Retournez à vos salles communes, tout de suite ! s’énerva-t-il. Vous n’avez rien de mieux à faire qu’espionner les gens ?! Attendez que j’écrive à vos parents !

Ils s’enfuirent en riant alors que le Poufsouffle s’égosillait en menaces diverses, s’agitant.

– Donc, c’est un oui ? s’amusa Thorin, profitant d’une accalmie.

– OUI !

Le cri les surprit tous les deux et Bilbon se confondit rapidement en excuses qu’il balaya d’un geste.

– Je dois remonter récupérer ma bourse. On se dit dans une heure près de la statue de la sorcière borgne ?

Il opina du chef et fit demi-tour pour cacher ses joues rouges.

Thorin se découvrit à chantonner alors qu’il grimpait les escaliers magiques.


Il y avait plus romantique comme lieu de rendez-vous que les Trois Balais en fin d’après-midi en-dehors des périodes de sorties scolaires. Ça tombait donc bien que ça ne soit pas vraiment un rencard…

– Ton chocolat.

Thorin s’installa en face, prenant une gorgée de sa Bièraubeurre.

– Merci.

Engoncé dans son écharpe, ses gants, son bonnet et sa cape chaude, Bilbon était ridiculement craquant.

Il s’en fit la rapide réflexion avant de reprendre la parole.

– C’était tes cousins, tout à l’heure ?

– Merry, Pippin et Frodon, oui. Sam est leur ami d’enfance. Encore désolé pour tout à l’heure. Ce n’est pas dans leurs habitudes. Ils sont bien élevés, d’habitude.

Pas une seule fois leurs regards ne se croisèrent. Bilbon gardait ostensiblement la tête basse, les yeux fixés sur sa tasse ou sur ses doigts, les triturant.

– Pas de problème.

Un autre silence s’éternisa entre eux, pendant que Rosie les surveillait du coin de l’œil. Elle ne remonterait leur présence à la direction qu’en cas de problème. Et Thorin comptait bien ne pas faire de vagues.

Les sorciers aimaient beaucoup trop les ragots pour qu’ils s’en sortent indemnes tous les deux si leur tête à tête venait à se savoir.

Thorin n’avait préparé aucun sujet. Le rendes-vous avait été lancé sur un coup de tête et il ne s’attendait même pas à obtenir une réponse positive, à vrai dire.

Donc, ils en étaient là, laissant filer les secondes, le nez dans leurs verres.

= Je, commencèrent-ils en même temps.

Thorin reprit la parole après un geste de Bilbon qui l’y invitait.

– Merci d’avoir accepté de venir, déclara-t-il après s’être râclé la gorge.

– C’est la moindre des choses, assura son interlocuteur. Mais je compte sur vous pour que cette petite virée ne finisse pas en retenue, ce serait regrettable.

Le regard entendu qu’il lança par-dessus sa tasse fut correctement interprété par le Gryffondor qui se renfrogna.

– Vous faîtes souvent ça, sinon ? Utiliser des passages secrets et faire des virées dans le village de Pré-au-Lard ?

– Ce sont surtout mes amis qui font ça. Je suis plus… sérieux.

Les autres auraient été plus vulgaires dans le choix de leurs mots, mais l’idée était là.

Bilbon eut un sourire. Petit, certes, mais il était bien là.

– C’est bien, parfois, d’être sérieux.

« Quand c’est par choix, sans doute » faillit-il lui répondre, mais il se retint à temps.

Faire pitié n’était pas vraiment une bonne technique de séduction.

Un déclic finit par se réaliser et la conversation prit un tournant plus agréable et plus léger, ce qui permit à leur petit rendez-vous de bien finir.

Thorin parvint même à faire rire Bilbon sur le chemin du retour ! Bon, il se moqua de lui, mais c’était toujours ça…

Il fallait le vouloir, quand même, pour se perdre dans une ligne droite…

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