Thorin évita les taquineries de son ami avec la force de l’habitude.
Si celui-ci avait bien compris que la photo ne rejoindrait jamais son livre de runes, il ne chercha pas pour autant à la récupérer ? Ni à rappeler au sixième année qu’il aurait pu en faire une copie pour effacer le moindre doute sur ses attentions.
Non, à la place, il lui lançait de nombreuses piques moqueuses pour l’énerver juste suffisamment pour qu’il réagisse impulsivement au lieu de rester froid et distant.
Dís et Frerin s’en étaient bien évidemment rendu compte mais avaient décidé de ne pas interférer, préférant jouer les spectateurs.
Donc, quand l’élève voulait qu’on le laisse tranquille… le mieux était encore la bibliothèque sauf qu’il en avait été radié durant sa troisième année, suite à une dispute avec Thranduil alors élève de septième année à Serpentard. Il pouvait juste emprunter des livres et filer doux sous le regard perçant d’Irmo, le mari de l’infirmière, qui ne le lâchait pas des yeux du moment où il passait les portes jusqu’à celui où il les reprenait dans l’autre sens.
Donc, le mieux était encore le parc, avec l’espoir d’y trouver un coin tranquille et personne pour venir lui chercher des noises.
Mais comme le destin était franchement contre lui, il y dénicha plutôt la bande au grand complet avec des sourires complices et poches rebondies. Du moins celles sur lesquelles des sorts d’extensions illimitées n’avaient pas été posées.
– Qu’est-ce que vous avez encore fait ? Soupira-t-il en s’installant auprès d’eux.
– Même pas de présomption d’innocence ? Tu me déçois…
– Nori, t’es le pire…
Ses tendances pickpocket étaient bien connues. Ça et son incapacité à rester discret suite à ses méfaits, comme en attestait les trésors sucrés qu’il puisait constamment de ses poches.
– Dwalin, t’es le pire préfet de l’histoire de Poudlard.
Celui-ci ne répondit que d’un haussement d’épaules. Sa nomination avait été vue comme une plaisanterie. Il avait l’apparence d’un voyou avec son iroquoise et ses tatouages, mais ne digne futur auror, il était droit et du bon côté de la loi.
Mais, parfois, il fermait les yeux sur certains délits. Ici, la mise à sac de Honeydukes par son petit-ami.
– Vous avez pris les passages secrets ?
Allongeant le bras, Thorin piqua quelques suçacides à Bombur.
– Faut bien les utiliser tant qu’on est là ! Après, ce sera trop tard !
Le ricanement de Nori ponctua sa déclaration alors qu’il mordait à pleines dents une souris glacée.
– Je suis persuadé que cette défense tiendrait face au Magenmagot.
Cette fois, les rires éclatèrent de partout.
Tant pis pour la tranquillité, être avec des amis aurait aussi ses bons côtés.
– Au fait, Thorin, je me suis laissé entendre dire que tu avais fait un esclandre dans la salle commune.
– Ça, le jour où tu ignoreras un commérage, Bofur, soupira-t-il.
– À la place de faire ton vieux croûton, raconte ! l’encouragea-t-il. Il paraît que les jeunots pensent que tu es fou.
– Vous êtes bien placés pour connaître la vérité.
– Exact ! Tu l’es totalement, j’avais oublié, se moqua Nori.
Pour la peine, une patacitrouille s’écrasa sur son front, en représailles.
– Gandalf t’a encore joué un tour ? Proposa Dwalin.
Le mentionner rappela à Thorin la photographie cachée dans ses affaires.
– C’est une manière de voir les choses.
– J’en étais sûr !
Le groupe d’amis éclata en imprécations, se remémorant les mauvaises habitudes du septième année qui illustrait à merveille le proverbe « qui aime bien, châtie bien ». Et il les aimait beaucoup trop, à leur avis.
– Que t’a-t-il fait, cette fois ? L’interrogea Bofur.
– Il m’a piégé, grogna-t-il.
Vu comment il se renfrognait, ils comprirent qu’ils n’en tireraient rien. Quand il le voulait, Thorin pouvait être encore plus fermé qu’un coffre-fort de gobelins. Et tout aussi va-t’en-guerre que ces derniers.
Le sujet fut changé au profit des prochaines vacances.
– L’état de papa a empiré, déclara Dís.
Elle replia la lettre de leur mère alors que ses frères ne pipaient mot, plongés dans leurs pensées. Thorin avait un air sombre, Frerin était plutôt triste.
Thrain était dévoré par une folie fiévreuse, conséquence d’un titre trop lourd pour des épaules trop faibles.
Son agonie était prolongée par des potions et des sorts, plus pour les apparences que par un réel espoir de le voir reprendre ses esprits.
Le temps que son fils aîné reprenne les rênes de la famille.
À ce moment, seulement, aura-t-il le droit de mourir.
– On rentre cette année ? Poursuivit Dís.
En tant que troisième année, elle avait eu peu de contact avec son père, et encore moins de souvenir. La maladie s’était déclarée aux alentours de son premier anniversaire.
– Bof.
Le manoir était plein d’ombre et froid. Domestiques et proches rasaient les murs. L’air semblait rempli de détraqueurs.
Si Thrain se contentait de se laisser dépérir, encore… Mais non, à de rares périodes la folie lui donnait de la force et sa magie explosait ou lui-même causait quelques catastrophes.
Son dernier fait fut de mettre le feu à la demeure ancestrale.
Les lois ayant été cré par des vieillards patriarcaux et avares, personne n’était habilité pour commander la réparation de la bâtisse, les autorisations de débits étant réglementés pour les femmes et les mineurs.
Les Durin étant une vieille famille noble sorcière, ils étaient trop respectés pour que leur situation soit un sujet de moquerie. Du moins, pas trop fort ni ouvertement.
Leur fils aîné avait prouvé à maintes reprises être tout à fait capable de nager en eaux troubles et au besoin, ses sorts n’avaient rien à envier à ses poings.
– On approche de nos dernières années à Poudlard, on va trop le regretter après, râla Frerin. Moi, je reste !
Son frère haussa les épaules, peu concerné. Avec un peu de chance, il pourra passer quelques-unes de ses retenues, lui libérant ainsi des soirées après.
– Je n’ai pas non plus envie d’y aller, soupira Dís. Mère va encore me tenir la jambe sur mes devoirs et me mettre en garde contre Vili. Je reste.
– Tiens, d’ailleurs, il rentre chez lui ? La taquina son frère.
– Oui, hélas…
Ils se chamaillèrent sur leurs conquêtes respectives, sous le regard peu concerné de leur aîné.
– Nous restons donc tous les trois ici, statua-t-il finalement. Je vais l’annoncer au vice-directeur. Dís, tu répondras à mère.
Il quitta la salle de classe inutilisée, fermant la porte sur les taquineries de sa fratrie, un petit sourire aux lèvres.
Le bureau du vice-directeur Manwé étant au même niveau, il n’eut pas trop à crapahuter pour toquer à sa porte.
– Bonjour professeur, je viens pour la liste des élèves.
L’adulte leva à peine des parchemins étalés sur son bureau et la lui indiqua du revers de sa plume.
S’emparant de l’encrier et d’une plume à sa disposition, Thorin eut tôt fait de coucher le nom des trois héritiers Durin à la suite des autres.
Machinalement, il releva les yeux, passant sur les différentes calligraphies surplombant la sienne.
Il trouva celle un peu maladroite de Dwalin qui n’avait jamais trouvé d’instruments résistants à sa force, les pattes de mouche de quelques premières années de sa maison, l’écriture élégante de Smaug, un Serdaigle de septième année et bien d’autres.
Pour le moment, Gandalf n’avait pas l’air de vouloir s’éterniser.
Cette pensée le fit sourire alors qu’il découvrait un style d’écriture quelque peu original avec des fioritures. Par Mandos, qui mettrait des points partout ? (*)
Il se rendit compte qu’il n’y avait pas un nom mais bien cinq, ce qui attisa sa curiosité. Ce n’était plus une originalité, là, c’était une tradition, presque !
« Meriadoc Brandebouc, première année, Poufsouffle. »
« Peregrïn Touque, première année, Poufsouffle. »
« Samsagace Gamegie, deuxième année, Poufsouffle. »
« Frodon Sacquet, deuxième année, Serpentard. »
« Bilbon Sacquet, cinquième année, Poufsouffle. »
Arrivé au dernier, Thorin sentit presque son cœur doubler son battement.
Il avait un peu mis de côté son coup de foudre, perdu au milieu des cours et des révisions, les responsabilités familiales et ses amis.
Mais le cliché était toujours là, glissé entre les pages d’un cahier.
– M. Durin, tout va bien ?
La voix du professeur Manwé le sortit de sa contemplation et il balbutia une excuse avant de quitter son bureau, troublé.
Bilbon Sacquet fera partit des élèves restant pour les vacances.
Il ne pouvait rêver mieux !
(*) Il s’agit de la façon d’écrire des Hobbits. J’aurais voulu vous la montrer, mais j’ai perdu le lien…
