« Tu es un Kingsman, Eggsy » [Harry Potter + Kingsman]

« Tu es un Kingsman, Eggsy » – 4/?

Son chauffeur le déposa devant la porte du milliardaire et s’en alla sans un bruit.

Harry se retrouva seul sous le porche, dans son costume en velours, avec la désagréable impression d’avoir réalisé un faux départ.

Le principe d’un gala, c’est de réunir une foule importante, surtout dans un but aussi lucratif !

Mais il n’y avait aucune voiture et nul bruit de fête ne s’échappait de la villa…

Après, peut-être le voiturier était très efficace et que l’isolation sonore était à la pointe ?

Ne pouvant se départir de ce frisson glacé qui lui parcourait le dos avec une déplaisante habitude, il fit face à la porte d’entrée, frappant au heurtoir qui y était accroché.

L’huis s’ouvrit sur M. Valentine lui-même.

– Monsieur De Verre ! C’est un plaisir pour moi de vous rencontrer ! Le salua-t-il.

– Je suis affreusement navré, j’ai dû me tromper de jour, il semblerait… déclara Harry.

Sauf que c’était Merlin qui s’était chargé de l’ensemble. Et que Merlin ne réalisait jamais d’erreur.

– Oh non non non, j’ai annulé ce gala à cause de bous.

L’index pointé en sa direction était beaucoup trop accusateur pour qu’il se sente confortable.

– Celui qui désire faire un don de ce montant mérite d’être le seul invité. Mais entrez !

Le pas légèrement hésitant, Harry passa le pas de la porte alors que celle-ci se fermant derrière lui.

– Je dois admettre que j’étais impatient de vous rencontrer. Il y a peu de milliardaires que je ne connais pas.

– Je n’en doute pas…

Juste toutes les fortunes magiques qui se planquent dans les coffres de Gringott’s…

– Et bien sûr, j’ai demandé à mes employés de mettre le nez dans vos affaires. Votre fortune ne s’est pas faite en un jour. Comment vos ancêtres l’ont constitués ?

En écoulant des potions dont vous n’avez même pas idée…

Cette simple pensée fit naître un sourire qu’il tenta de réprimer. Lui et les potions…

– L’immobilier, principalement. L’immobilier et la bourse.

Il fixa la demoiselle qui traversa le couloir devant eux, à la recherche de cette petite cicatrice derrière l’oreille.

– Rien de douteux, en tout cas, si cela vous inquiète.

– J’essaye seulement de savoir de quel calibre vous êtes, s’esclaffa son interlocuteur. Je suis sûr que vous comprenez ça.

– Je comprends totalement.

– Vous avez faim ?

Leurs pas les avaient mené à travers la villa jusqu’à la salle de réception où une table était dressée.

– Je meurs de faim !

– Oh ! Prenez place ! L’invita-t-il en tirant sa chaise.

Sa garde du corps surgit à cet instant, poussant un chariot de service lourdement chargé d’argenterie.

Il n’y eut pas un bruit pendant son avancée, si ce n’était celui provoqué par les spatules qui remplaçaient ses jambes à partir des genoux, d’après son dossier.

Richmond accrocha sa serviette à son col, ce qui était contraire aux bonnes manières, mais Harry se contenta de plisser les lèvres, plus préoccupé par ce que cachait la cloche. Il ne dînait pas avec n’importe qui et il ne serait donc pas surpris de découvrir des morceaux de ses proches.

Enfin, s’il en avait encore.

Mais le couvercle ne cachait que des frites et des burgers, plats bien inoffensifs quand la santé le permettait.

Très fier de son effet, le milliardaire souriait de toutes ses dents à un Harry désabusé. Cultiver son côté décalé était bon pour son image et il ne s’en lassait pas, quelques soient les circonstances.

– Je prendrai un big mac, merci.

– Excellent choix ! Mais il n’y a rien de meilleur que deux cheeseburgers à la sauce secrète qui vont bien avec ce Laffitte 1945.

– Un tandem classique. Et puis-je suggérer un sundae et un Château d’Yquem 1937 pour le dessert ?

– Excellente idée ! Alors ! Vous voulez faire un don à ma fondation.

L’ambiance redevint sérieux pendant que Gazelle préparait les assiettes derrière eux, en silence.

– Vous êtes conscient que je suis en perte de vitesse dans le secteur, n’est-ce pas ?

– Le changement climatique est une menace qui nous affecte tous, Monsieur Valentine. Et vous faîtes partie de quelques hommes de pouvoir qui partagent mes inquiétudes.

– Non, je vais tout arrêter parce qu’en fait ça me conduirait nulle part. La moindre petite recherche me menait à la même conclusion.

– Que les émissions de carbone sont une discussion et qu’on a passé le point de non-retour malgré toutes les mesures qu’on a envisagé ?

Il rit suite à cette déclaration, appuyant son bras au dossier de sa chaise.

– Vous connaissez votre sujet.

– Oh, parfois, j’envie la totale ignorance de ceux qui connaissent moins bien leur… sujet… avoua Harry. Le professeur Arnold l’a toujours dit : « l’humanité est le seul virus condamné à vivre avec la connaissance terrifiante de fragile mortalité de son hôte. »

C’était un pari risqué de citer ce pauvre homme, mais il avait dû s’enquiller des heures de conférences et toutes ses thèses, alors s’il pouvait au moins répéter une de ses plus grandes croyances…

Il devait rentabiliser toutes ces heures supplémentaires…

– Vous savez que nous sommes peu nombreux à le connaître ?

Harry remua inconfortablement dans son siège. Il avait perdu son pari.

– Est-ce que vous aimez les films d’espionnage, Monsieur De Verre ?

Il tourna la tête sur la droite. Gazelle était assise là, attentive, et elle leva sa jambe droite, sa prothèse acérée menaçant sa gorge.

– Aujourd’hui, ils sont tous un peu sérieux à mon goût. Mais les vieux films… étaient merveilleux. J’adore un bon film avec une intrigue compliquée et théâtrale.

L’ambiance avait l’air de s’être réchauffée alors qu’ils s’échangeaient des regards entendus.

– Un bon vieux James Bond, ho, bon sang ! S’enthousiasma Valentine. Ah, quand, j’étais gosse, pour moi c’était un métier formidable… Espion et gentleman…

Mais c’était évident que ce n’était qu’une facette…

– J’ai toujours pensé que les méchants étaient les plus importants dans les James Bond. Étant gosse, je me voyais devenir un flamboyant mégalomane.

Afin de racheter la Grunnings, de virer les Dursley de leur pavillon et de les réduire à de pauvres miettes ils l’avaient fait pour lui… Une simple vengeance.

– Quel dommage que vous et mois ayons dû grandir, reprit le milliardaire après un court silence où ils ne s’étaient pas lâchés du regard.

Un léger sourire détendit leurs visages nostalgiques, puis l’hôte attrapa son cheeseburger qu’il éleva.

– Bon appétit !


Faisant une fois de plus fi de toutes convenances, Richmond Valentine raccompagna son invité à la porte alors qu’ils devisaient toujours.

– Donnez-moi quelques jours pour réfléchir à votre proposition. Mes collaborateurs contacteront les vôtres et… ça ira tout seul.

– Et… encore une fois, merci pour ce moment, le salua Harry.

Celui-ci monta dans sa voiture où il put ouvrir légèrement son col et souffler.

Il avait joué avec le feu une fois de plus et il allait se faire taper sur les doigts.


Arthur avait convié Galahad à déjeuner pour qu’il puisse relater sa soirée, malgré le rapport qui lui aura été adressé plus tôt.

– Valentine ne m’a pas quitté des yeux, déclara-t-il alors que le serviteur repartait avec la soupière. Je n’ai pu obtenir que ça, juste en arrivant.

Cliquant sur le bouton adéquat sur la monture de ses lunettes, il afficha sur l’écran la vidéo où passait l’employée qui avait attiré son attention, de la documentation sous le bras. Un zoom fut appliqué dessus, dévoilant la couverture du flyer.

– L’église missionnaire de South Glade est un groupe de propagande haineuse du Kentucky. Le FBI les surveille depuis des années.

Le genre où les Dursley s’épanouiraient avec délectation.

– Mais vous pensez que Valentine est un sympathisant.

– Je n’ai pas encore de preuves d’une connexion directe, mas je vais trouver, assura-t-il en se servant à boire.

– Oh, mais j’y pense, reprit son supérieur. Notre liste de personnes disparues qui augmente sans cesse comprend à présent un membre d’une famille royale scandinave. La princesse royale Tilde.

L’identité de la jeune femme apparut à son tour sur la surface du miroir.

S’attaquer à la royauté, quelqu’en soit sa nationalité, était très dangereux, même à cette époque. Le peuple chérissait ces reliquats d’une autre époque, de manière ouverte ou camouflée, selon l’Histoire de son pays.

Et encore plus au Royaume-Unis.

Malgré que les sorciers étaient sous les ordres du Ministère de la Magie et qu’il n’y avait personne au-dessus du ministre, Harry restait un citoyen de la Couronne dans son cœur.

Il avait eu droit à sa place réservée pour le mariage de Kate et William, quand même !


Les informations allaient lui provoquer un décollement de la rétine, à force de lui faire lever les yeux au ciel.

Heureusement qu’aujourd’hui se passait une des dernières épreuves d’Eggsy, Harry put donc couper la présentatrice sans aucun remord. Comme si la philanthropie pouvait exister dans ce monde.

Toute action nécessitait une récompense.

Tout comme les trois finalistes s’en rendront compte d’ici ce soir…

– Comment fonctionne ce truc, déjà ?

– Harry, je te l’ai déjà expliqué une bonne vingtaine de fois. C’est hors de ta portée, alors abandonne, soupira Merlin. Pour la paix de mes pauvres neurones.

– Mais pourquoi ne pas utiliser un sort ? Ou la potion de polynectar ? Elle est très efficace…

– Parce que Perceval et Arthur ne possèdent pas de magie. Et que c’est enregistré. Je ne sais pas combien de fois je vais devoir te le répéter, ça aussi…

Harry fit la moue. Ce n’était pas de sa faute s’il avait autant de mal à comprendre tout ce qui dépassait le niveau technologique d’une voiture télécommandée ! Il avait dû s’y mettre sur le tard, une fois après avoir quitté l’armée.

– Bon, va te préparer loin de moi, je t’en supplie… soupira finalement le superviseur. Ou il va falloir embaucher une personne de plus.

– Ce n’est pas Kingsman qui va s’en plaindre ! Plaisanta-t-il en s’éloignant.

– Non, c’est sûr, commenta Merlin, enfin seul.

Après tout, les sphères de pouvoir voyait toujours d’un mauvais œil les électrons libres. Surtout quand ceux-ci faisaient partie des dix premiers milliardaires britanniques, et possédaient suffisamment de pouvoir pour le prendre, s’il le voulait.

Harry Hart ou Harry Potter, c’était le même danger.


Eggsy était attaché aux rails escamotables, portant une de ses tenues surprenantes – des baskets avec des ailes, sérieusement ? – se débattant pour se libérer des grosses cordes qui le maintenaient au sol, s’égosillant d’insultes à l’encontre de la face de rat qui lui proposait de le libérer contre des informations sur l’institution.

Mais le jeune homme connaissait la valeur des renseignements, le sort des balances. Et il était pourvu d’une loyauté qui forçait au respect.

Si seulement Ron avait pu être de ce bois là…

Le passage du train coupa leur échange passionné, révélant la trappe et la mise en scène orchestrée ;

– Toutes mes félicitations. Vachement bien joué, le félicita-t-il.

– Ils ont fait quoi les autres ?

Son ton était surprenamment calme, mais quand on le connaissait, on savait qu’il cachait sa rancœur et était à deux doigts de bouder.

– Roxy a réussi l’épreuve haut la main. Charlie est le prochain. Tu veux regarder ?

Cette question était purement rhétorique, la réponse était si évidente…

En fait, leur relation ressemblerait à celle qu’il avait avec Drago Malefoy, par bien des aspects.

– Ouais, j’veux bien.


Assister à la fausse trahison de la recrue avait une saveur douce-amère.

Arthur avait mis tant d’espoir dans son candidat, prendre en pleine face ses défauts avait de l’ébranler dans ses principes. Surtout qu’une fille et un roturier avaient été plus droit dans leurs bottes que cet aristo raté.

Harry avait toujours eu un rien de fierté mal placée…

– Galahad, Perceval, toutes nos félicitations. Vos candidats ont atteint le processus final de mise à l’essai, déclara pompeusement Merlin. Selon la tradition, vous avez vingt-quatre heures à passer en leur compagnie. Eggsy… soyez conscient que votre père avait atteint ce stade. À partir de maintenant, vous travaillez sans filet, entendu ?

Les deux aspirants échangèrent un regard, encore un peu sonnés par l’expérience précédente. Ce n’était pas tous les jours qu’on risquait de se faire écraser par un train ! Mais ça risquait de devenir leur quotidien, très prochainement…

Ils hochèrent la tête.

– Bien… Rompez.

Les quatre adultes quittèrent la salle des commandes dans le silence, abandonnant Charlie aux moqueries de leur superviseur.

Laisser un commentaire