« Tu es un Kingsman, Eggsy » [Harry Potter + Kingsman]

« Tu es un Kingsman, Eggsy » – 3/?

Chargé d’enquête sur la mort de Lancelot, Harry patientait, scrutant le tableau chargé de formules mathématiques qui lui étaient incompréhensibles.

Il se retourna lorsque la porte de l’amphithéâtre s’ouvrit sur le professeur Arnold.

– Bonjour, euh, je peux vous renseigner ? Demanda celui-ci.

– Oui ! J’ai une question à vous poser sur la force anthropogénique.

Il faudra remercier Merlin qui lui avait écrit son petit dialogue.

– Oh ! s’exclama, ravi, l’enseignant. C’est vrai, c’est bien ça, c’est tout simplement fascinant, à vrai dire !

Mais il ne lui laissa pas développer, l’attrapant par l’épaule puis l’oreille, le forçant à lui faire face.

– Mon collègue est mort en essayant de vous sauver et vous avez dû voir qu’il était très bien entraîné, je vous suggère donc de me dire qui vous a enlevé et pourquoi on vous a laissé partir !

La prise sur son bras était ridicule.

– Je ne vois pas du tout de quoi… Aïe !

Sans aucune hésitation, il lui avait asséné une claque bruyante et relâché par la même occasion, avant de le reprendre.

– Je n’ai pas le droit de le dire ! Mais c’est… c’était…

Il gémit sa douleur.

– Pour l’amour du ciel, je vous ai à peine touché ! Non mais arrêtez…

Et sa tête éclata, le sonnant sous la surprise. Mécaniquement, il arma son briquet et eut le temps de sauter par la fenêtre, poussé par le souffle de l’explosion.

Puis, plus rien. Le néant.


C’était bien, l’inconscience.

C’est ce que se dit Harry Hart lorsqu’il ouvrit enfin les yeux, sa barbe le démangeant et le matériel médical le gênant.

Mais en tant que bon petit soldat bien entraîné, il appuya sur le bouton d’appel, signalant son réveil.

Il se reposera lorsqu’il sera mort. S’il y parvenait un jour…


Une fois assuré de son rétablissement complet, Merlin l’avait autorisé à raser cette atroce barbe qu’il haïssait, surveillant qu’il ne se coupe pas au passage.

– Comment se passent les sélections ?

– Je ne suis pas habilité à te partager l’information.

– Mais bien sûr, à d’autres, se moqua-t-il. Tu es une commère, Hamish. La pire de l’institution.

Loin de prendre la mouche, son ami afficha un sourire en coin et remonta ses lunettes.

– Alors ? Les résultats ?

– Il s’accroche, c’est le moins que l’on puisse dire. Par contre, il aura du mal à s’intégrer, s’il finit sélectionné. Ses manières laissent à désirer et c’est un électron libre. Il me fait penser à toi, à tes débuts. Mais en plus énergique.

– J’ai toujours été énergique, grommela-t-il.

Ils échangèrent encore quelques piques puis Merlin partit reprendre son poste de superviseur. Le travail était loin de lui manquer !


Lorsqu’Harry eut droit à une nouvelle visite, il était à nouveau devant le lave-main à s’appliquer de l’after-shave, les cheveux peignés en arrière et habillé d’un pyjama blanc ainsi que de sa robe de chambre en velours matelassée.

C’était agréable, parfois, d’avoir son petit confort.

Et, surtout, ça lui évitait de réfléchir à la pièce étouffante où il était enfermé.

La porte s’ouvrit sans prévenir, et pourtant l’identité de son visiteur n’aurait pu être mieux clamé.

– On t’a jamais dit de frapper ?

– Seulement quand je repère pour un cambriolage.

Quelques semaines seulement étaient passées, mais la différence était là : Eggsy se tenait plus droit, il avait l’air plus sûr de moi et presque… heureux. Il commençait à se retrouver.

Le carlin qu’il tenait en laisse et qui furetait partout ne devait pas y être étranger non plus.

Le pouvoir qu’avaient les animaux… Fascinant.

– Merlin m’a dit que vous vouliez me voir ?

Le chiot aboya à ce moment, patinant sur le lino brillant.

– J’espère que son dressage se passe aussi bien que le tien, commenta Harry en se retournant, les mains dans les poches.

– Assis, ordonna l’adolescent.

Il lui adressa son petit sourire insolent lorsqu’il fut obéi immédiatement.

– Félicitations, tu fais parti des six finalistes, déclara l’agent en s’approchant de lui. Les résultats de tes tests sont meilleurs que je ne l’espérais.

Sur le mur, l’écran affichait les six profils des recrues restantes, dont celui de son protégé. Il y avait là un rien d’orgueil mal placé mais il n’en avait cure. Certains vices avaient du bon, parfois.

Mais on toqua à la porte, coupant aux compliments.

Harry ne put s’empêcher de montrer ladite porte de l’index, souriant moqueusement, rappelant ce qu’il avait dit plus tôt.

– Entrez ! Invita-t-il.

– Ah, Eggsy… Je voudrais avoir une conversation en tête à tête. Tu peux disposer, le salua-t-il.

– Pas question, répliqua Harry. Laissons-le observer. Qu’il apprenne un truc ou deux.

Il avait développé un sourire agaçant, calqué sur son ancien professeur de potions et celui-ci avait tendance à ressurgir lorsqu’il voulait jouer un tour pendable à quelqu’un ou qu’il était simplement d’humeur joueuse.

Et il avait depuis longtemps perdu tout instinct de survie élémentaire.

Ils firent tous trois face à l’écran.

– Comme vous voulez. Jetez un œil là-dessus.

Les profils disparurent au profit du court extrait provenant de lunettes d’Harry.

Eggsy fut le seul à réagir à l’éclatement de la boîte crânienne du professeur Arnold. Mais il fallait dire que Galahad l’avait vécu et que Merlin avait dû visionner le passage en boucle, le connaissant.

– Putain la vache ! Ça c’est grave Harry ! Vous lui avez explosé la tête ! C’est un peu beaucoup, non ?

– En réalité, l’explosion a été causé par un implant derrière l’oreille. Ici, indiqua le superviseur après avoir pianoté sur sa tablette. Sous la cicatrice.

Un gros plan se fit sous l’oreille du professeur, une cicatrice irradiait de lumière orange.

– Mon matériel a-t’il capté le signal qui l’a déclenché ?

– Fort heureusement, oui. Et malheureusement, l’adresse IP que j’ai relevé est enregistré chez Valentine Corporation.

– Ce n’est pas vraiment une piste, il a des millions d’employés à travers le monde.

Le profil du milliardaire excentrique apparut.

– C’gars-là, Richmond Valentine, c’est un génie ! Déclara Eggsy avec admiration.

Ses deux voisins se tournèrent vers lui, intrigué et légèrement inquiet.

– Vous avez pas vu son discours, aujourd’hui ?

Merlin regarda Harry mais celui-ci n’avait pas bougé d’un pouce, le haut du corps légèrement penché en avant, attentif aux propos de son protégé. Alors il pianota une fois de plus.

– Non.

– Le jeune homme sourit, fier de cette attention, et s’empara de la tablette de commande pour afficher la rediffusion dudit discours.

« – Nous dépensons, chacun, une moyenne de deux mille dollars par an pour nos téléphones mobiles et l’utilisation d’Internet. Ce qui me donne le grand plaisir d’annoncer que ce temps est révolu. À partir de demain, chaque homme, chaque femme, chaque enfant, pourra exiger une carte SIM gratuite compatible avec tous les téléphones mobiles, tous les ordinateurs et il utiliser mon réseau, gratuitement. Appels gratuits, internet gratuit, pour tous les abonnés. Pour toutes leurs vies… »

Des applaudissements retentirent alors que le public à l’écran se levait pour saluer la philanthropie du milliardaire.

Mais ce fut l’assistante qui les fit réagir, Merlin arrachant sa télécommande des mains d’Eggsy mais il n’eut pas le temps de taper sa commande qu’Harry s’en empara à son tour, les yeux rivés sur l’image, le poids des années plus visible que jamais.

Quelques touches sélectionnées et un zoom fut réalisé sur la cicatrice rougeâtre se situant derrière l’oreille de la jeune femme.

– L’assistante de Valentine a la même cicatrice due à l’implant. Je crois que Monsieur Valentine et moi devrions nous voir en tête à tête.

Merlin put enfin récupérer son faux bloc et ainsi afficher l’agenda du visionnaire.

– Il a un dîner de gala dans le courant de la semaine prochaine. Je vous aurai une invitation. Il faudra être prudent. Depuis votre malaise, des centaines de VIPs ont disparut sans aucune demande de rançon, comme pour le professeur Arnold.

– Dans ce cas, il faut que mon personnage soir digne d’être kidnappé.

Mis de côté, le novice rata le regard de connivence que partagea les deux hommes.

Le portefeuille Potter et Black était très étoffé et permettait ce genre de fantaisies sans sourciller. Tout était véridique. À Merlin de sélectionner le meilleur !


Harry croisa les candidats alors qu’il quittait enfin le QG. Si la plupart des émotions qu’il pouvait lire lui était familière – déception, fierté, résignation – celle de son protégé le surprit. Pourquoi cet air renfrogné ?

Il attrapa son vieil ami par la manche de son Barbour pour lui soutirer des informations.

– Et là, j’ai tiré sur l’extracteur, ce qui a permis à son parachute de se déployer et il est partie en arrière !

– Je n’arrive pas à croire que tu ais utilisé la technique du murmure… Essaierais-tu de te venger ? Le gourmanda faussement Harry.

– Il faut bien s’amuser ! Et puis, c’est une forte tête ce gamin, il a très bien compris la leçon !

– Voyez qui parle !

À leur époque, c’était Merlin qui jouait ce rôle, Harry étant encore trop brisé et trop formaté pour s’insurger des ordres. Par contre, ils finirent par se rentrer dedans assez rapidement, à l’image de Charlie et d’Eggsy. Mais si eux s’en sortirent bons camarades, il était évident que pour cette génération-là, le sang allait finir par couler.

– Tu as lu le dossier, au fait ?

– Tout est là-dedans, le rassura-t-il en tapotant sa tempe de l’index. Fais confiance à mes neurones.

– Ne sont-ils pas actuellement ministre de la magie ? Le taquina Merlin.

– Va caresser un dragon, Hamish.

Et pour faire bonne figure, il jeta un sort aux souliers impeccablement cirés de son vieil ami afin que les lacets se nouent entre eux, puis l’abandonna à son triste et ridicule sort, rejoignant sa maison afin de sélectionner sa meilleure armure.

Laisser un commentaire