-Déjà là le piaf ? Grommela un Ikki mal réveillé.
Il laissa passer l’animal puis referma la fenêtre en baillant.
La moitié des cheveux aplatis par l’oreiller, l’autre hirsutes, les yeux embués de sommeil, les réflexes lents, le chevalier Phœnix faisait peine à voir.
Il s’était couché tard (ou tôt, selon le point de vue) et avait fort peu apprécié de se faire sortir du lit par un messager à plumes. Le facteur, lui au moins, restait silencieux, zut à la fin !
-C’que t’as à m’regarder, toi ?
Le hibou tourna la tête vers le bas, comme eux seuls savaient faire, achevant le jeune homme.
-J’retourne me coucher… Soupira-t-il, vaincu.
Il fut salué par un hululement aux allures moqueurs.
-Et en plus il se fout de moi…
S’enfouissant avec force dans son oreiller, il se mît en quête de ce sommeil qui l’avait lâché sans mot d’excuse. Il aurait quand même pu prévenir ! Ce n’était pas des manières de faire, voyons !
-Bon, vas-y, aboule-la ta lettre, qu’on en finisse.
Se permettant un hululement moqueur, l’oiseau de nuit se posa sur le bras qu’il lui tendait, sa patte mise en évidence, un papier sale s’y tenant.
Se redressant, Ikki chassa le hibou d’un geste machinal. Qu’est-ce qu’il ne ferait pas pour avoir la paix ! … Et satisfaire sa curiosité, accessoirement.
Un faible sourire flotta sur ses lèvres tout le long de sa lecture, Jabu n’avait pas lésiné sur les détails au point que ça en devenait comique.
Ikki glissa sa lettre sous son oreiller en soupirant. Il ne savait si c’était la joie de recevoir des nouvelles, le dépit de devoir se lever, ou encore la lassitude. Peut-être un peu de nostalgie, aussi ? Toujours est-il qu’il devait se lever et avaler un morceau avant de pouvoir commencer ses katas et ainsi s’entraîner convenablement.
Ah, et il devait aussi aller faire son compte-rendu à la directrice. Ça allait être encore toute une affaire…
-Bon, commençons par une douche, se reprit-il. Le reste viendra après.
-J’ai eu vent de votre manière d’enseigner, monsieur, et je trouve cela parfaitement inconvenable !
Stoïque, Ikki se tenait bien droit, affrontant le remontage de bretelles de pleine face. ce n’était pas une petite brise qui allait faire ployer le roseau !
Image mentale aussi bizarre que dérangeante.
-C’est parfaitement inqualifiable ! Je devrais vous virer sur le champs !
Ikki sourit en coin.
-Ce n’est pas moi que ça gênerait, après si vous êtes capable de donner votre décision à mon supérieur…
Il laissa volontairement le fin de sa phrase en suspens afin que la menace reste sous-jacente.
McGonagall déglutit discrètement en prenant conscience de qui elle engueulait. Ce n’était pas un simple élève ou un professeur, non. C’était un chevalier au service d’une déesse des temps anciens, un homme plus vieux par son expérience que par sa vie. Quelqu’un qui pourrait l’encastrer dans le mur d’une simple pichenette.
Bref, ressusciter Voldemort pour le déguiser en Bob l’éponge serait plus sain pour la santé.
Reprenant place sur son fauteuil directorial, elle lui fit signe de s’installer à son tour et ôta ses lunettes afin de se frotter les ailes du nez.
-Comprenez ma position, M. Kido…
-Ikki, la coupa-t-il.
-Pardon ?
-Moi, c’est Ikki. Kido, c’est le nom de l’enfoiré qui a engrossé ma mère et une centaine d’autres femmes avant de les laisser se démerder avec leurs gamins, puis de récupérer lesdits gamins suite aux morts mystérieuses de leurs mères.
Son ton amer aurait fait fondre le bureau.
-Je le note, M. Ikki, reprit la directrice. Je disais donc, comprenez ma position. Les élèves se plaignent de ce que vous leur faites subir, et je suis submergée par les menaces des parents qui veulent enlever leurs enfants de Poudlard !
Ikki roula des yeux en entendant ça. Mieux valait être sourd, sérieux.
-Vous venez de sortir d’une guerre durant plus de vingt ans, et vous me refusez le droit d’apprendre à ces jeunes de se défendre ? Siffla-t-il entre ces dents. Si vous voulez leur faire croire à un monde merveilleux, essayez avec les prochaines générations, ceux-là ont la mort dans les yeux et du sang sur les mains. Pour tout vous dire, c’est étonnant qu’il n’y ait pas eut de règlement de compte au détour d’un couloir pour la mort d’un proche ou pour une cicatrice douloureuse.
Le regard déjà sombre du phénix semblait absorber la lumière pour ne plus la relâcher. Une chaleur dérangeante s’élevait dans le bureau, comme si un brasier avait été allumé.
McGonagall déglutit de nouveau, mais ne chercha pas à le cacher, cette fois.
Elle avait peur.
-Vous… Vous pouvez y aller, couina-t-elle.
-Je vous remercie.
Faisant volte-face, il tordit sa bouche en un sourire effrayant. On ne pouvait gagner contre le phénix.
Shun est hors catégorie, d’accord ?
Aujourd’hui, Ikki ne donnait pas de cours. Après tout, nous étions dimanche.
Alors, pour cette fois, il décida de s’entraîner convenablement et pour cela il choisit la Forêt Interdite comme terrain, unique endroit où les élèves ne le gêneraient pas.
De plus, sa rencontre avec la faune et la flore donna à sa course un réel motif.
Ikki, mon gars, quand tu parleras de la taille de ces araignées à Seiya…
Éviter les flèches des centaures, les plantes carnivores et celles éparpillant des spores mortels… C’était un vrai parcours du combattant !
Ainsi, avec un sourire de fou lui dévorant la moitié du visage, Ikki jaillit d’un bosquet et poursuivit sa foulée jusqu’aux portes imposantes du château, ne faisant pas attention aux élèves qui murmuraient sur son passage. Il y avait les commentaires sur son corps musculeux, obtenu par tout ces combats et ces entraînements. Il y avait des remarques de dédain sur ses habitudes de moldu. Et il y avait des silences de stupeur.
Il fut interpellé par le trio des Gryffondors mais ne s’arrêta pas pour autant, sautillant sur place.
-Je peux vous aider ? Demanda-t-il.
-Le professeur de vol voudrait vous parler, le renseigna Hermione. Sinon, il y a eut des mouvements étranges dans la forêt, faites attention, Hagrid ignore encore la raison d’une telle agitation.
Ikki reprit sa course en étouffant un rire moqueur. C’était lui l’agitation suspecte, à coup sûr !
Bon, maintenant, il devait prendre une décision particulière. Devrait-il se changer -et prendre une douche- avant d’aller Bibine ou y allait-il tout de suite ?
Nul besoin de tergiverser, la professeure en question venait de l’apercevoir et se dirigeait vers lui en faisant de grands gestes de la main.
Bon, bah, le choix n’était pas pour lui, donc !
-Vous me cherchiez ?
