-Allez ! Encore un tour ! Ordonna Ikki en regardant du coin de l’œil le chronomètre.
De l’autre côté du terrain, de jeunes sorciers tenaient plus des zombies que des vivants, crachant leurs poumons, collectionnant les points de côté au petit bonheur.
Ikki laissa transparaitre un petit sourire narquois en voyant quelques « Sangs Purs » marmonner que c’était intolérable de se démener comme de vulgaires cracmols -allez savoir le sens du mot- et qu’ils s’en plaindront à leurs parents. Grand bien leur fasse, va !
Ikki se savait intouchable. Pas que la magie ne l’atteigne pas, il y était juste moins sensible que la moyenne, mais c’était surtout que leur soi-disant bras long, il l’utilisait comme gratte-fesse. Après tout, il avait deux « employeurs » : la déesse Athéna et le Grand Pope. Bonne chance.
-Allez, cinq minutes de pause ! Braya-t-il après avoir sifflé.
Cette décision fut accueillie par diverses manifestations de joie et dont le volume sonore dépassèrent tout juste le murmure.
-Et n’oubliez pas de vous étirer ! Ajouta-t-il en fusillant du regard ceux qui s’étaient affalés directement par terre.
Si ils voulaient avoir des crampes, grand bien leur fasse, après tout. Mais c’était exagéré que s’allonger ainsi suite à l’entraînement qu’ils venaient d’avoir.
-Bande de mollusques, maugréa-t-il.
Il se releva une fois ses pompes finies et alla les rejoindre, mains dans les poches. Ce fut difficile d’empêcher son sourire narquois de jaillir, mais pas impossible.
-Bon, suite du programme ! Ouvrez bien les oreilles, je ne répéterai pas !
Une fois sûr d’avoir capté l’attention de tout un chacun, le phœnix poursuivit :
-Maintenant que vous voilà échauffés, on va pouvoir passer aux choses sérieuses !
À ces mots, des visages pâlirent. Ikki ricana silencieusement. Lui, sadique ? Si peu…
-Par groupe de deux, vous allez devenir tour à tour le chat et la souris. Cet exercice vous fera travailler votre vitesse, votre capacité de raisonnement, et votre agilité. Je vous laisse décider qui sera votre partenaire. Tout les coups sont permis, tant qu’ils ne sont pas mortels. Rappelez-vous que la souris deviendra chat, et inversement ! Lorsque vous avez attrapé la souris, venez me voir, que je le compte. À ce moment, vous échangerez vos rôles. Tous les quarts d’heure, je sifflerai, ce qui signifiera que vous devez échanger, quel que soit votre score. Bon ! Tout le monde a compris ? Pas de questions ? Bien ! En place !
Ce fut un fourmillement dans tout les sens qui s’offrit au regard amusé du Phœnix.
Ah, vraiment, rien ne vaut le sadisme pur et dur !
-J’ai l’étrange impression que nos rangs sont clarsemés, observa Horace.
À ses côtés, Ikki arborait un air innocent qu’il avait piqué à son petit-frère lorsque ses spectres le rattrapaient enfin.
-Oui, je n’ai jamais vu ça… Ajouta rêveusement Mme Chourave. Une épidémie se serait-elle déclarée, Pomfresh ?
Celle-ci fusillait allègrement du regard le jeune professeur.
-Aujourd’hui, ça fait cinquante élèves, murmura-t-elle entre les dents en sa direction.
-C’est des chochottes, vos gamins, répliqua Ikki de la même manière.
Ils étaient isolés du reste du corps professoral, ignorant complètement les différents propos en leurs encontres. Deux camps s’affrontaient, pour l’heure.
-Ce sont des enfants.
-Ce sont des chochottes, répéta-t-il.
-Vous êtes un monstre !
-Je vais finir par croire que je les ai tués, ricana-t-il.
-C’est tout comme !
Ils s’ignorèrent durant le reste du repas, chacun regardant dans une direction différente.
Ikki avait un peu de remords à l’idée que les jeunots occupaient un lit à l’infirmerie, c’est vrai, il restait humain malgré ce qu’on pourrait penser. Mais d’un autre côté, ça commençait à le gonfler doucement qu’on lui rabatte les oreilles avec leurs âges. Les plus vieux avaient dix-sept ans ? Grand bien leur fasse ! À leurs âges, ils avaient tous les cinq du sang sur les mains. Leurs tuteurs, leurs aînés ou encore leurs frères d’armes. Même Shun avait dû se résoudre à porter le dernier coup.
Ikki déchiqueta méthodiquement une aile de poulet, se remémorant son entrainement. Il tentait de le reproduire à la manière de jeux quasi inoffensif.
L’état des élèves n’étaient pas si catastrophiques, sachant que lui était plus proche de l’agonie, à deux doigts de la mort, avec juste sa chère Esmeralda pour le soigner. Mais qui le croirait ? De toutes façons, il n’était pas du genre à se poser en victime ou à se plaindre des traitements passés.
Journée de merde.
-Hey Jabu, tu vas où ?
-Mon tour de garde, les gars.
Avec empressement, le chevalier de la licorne fila sur la plage, un morceau de parchemin froissé dans son poing.
Sauf que personne n’était dupe, et ses collègues arboraient des sourires moqueurs.
-Il a quoi Jabu ? S’enquit Dimitri.
-Il est amoureux, lui répondit Ban. Retourne à ton entrainement, j’ai pas envie de voir June débarquer ici !
Il avait suffit de prononcer ces mots pour que tout un chacun se raidisse. Le fouet de la blonde était connu, pire que le loup blanc ou la tendance au naturisme de Saga (au grand plaisir de certains de ses collègues or). Ceux qui ne l’avaient pas tâtés, le craignaient d’autant plus.
Elle était redoutable, que ce soit l’aspect physique comme son agilité dans le maniement de son arme.
Et elle était le maître de Dimitri, ce qui les obligeait à la côtoyer plus souvent que leur instinct de survie ne leur dictait.
